Le coronavirus va-t-il remettre en cause les sièges sociaux ?

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Sylvain Hasse, directeur exécutif des services corporate de BNP Paribas Real Estate
Sylvain Hasse, directeur exécutif des services corporate de BNP Paribas Real Estate (Crédits : DR)
OPINION. Si la crise sanitaire a pu montrer des façons de travailler autrement, grâce à la mobilisation des outils informatiques et numériques, elle a également posé la question du siège social et de son symbolisme comme centre décisionnel et gravitationnel. Par le directeur exécutif des services corporate de BNP Paribas Real Estate, Sylvain Hasse.

La crise sanitaire comme accélérateur des nouvelles pratiques

Le télétravail connaît un succès croissant et mitigé depuis ces dernières années. Si on lui prête de nombreuses vertus, il a pu laisser perplexe certains managers et salariés, soucieux de préserver un contact quotidien avec leurs équipes. Cependant, comme toute nouvelle pratique, son acceptation a dû se faire progressivement et à mesure que les outils technologiques évoluaient. La crise sanitaire est venue bousculer nos habitudes, sans possible transition et il a fallu réagir dans l'urgence. L'heure n'était plus à la réflexion, mais à une mise en pratique immédiate, et ce à grande échelle.

Les conditions inédites du confinement ont contraint les entreprises à s'adapter et à déployer des moyens conséquents pour surmonter les difficultés lors des premières semaines. Je pense que cet épisode n'a fait que confirmer une propension à la dématérialisation de nos postes de travail. Bien entendu, on ne saurait parler aujourd'hui de télétravail apaisé et organisé, mais plutôt de téléconfinement.

Nous avons été contraints de rester chez nous, parfois dans de petites surfaces ou avec des enfants dont il a fallu assumer la scolarisation à distance et pas nécessairement avec les outils les plus adaptés. Si toutes les entreprises ne disposaient pas nécessairement des configurations idéales, il est clair qu'il en était de même pour certains logements. Cette expérience ne saurait donc être représentative. Toutefois, nous avons pu poursuivre notre activité, maintenir nos réunions et trouver un rythme malgré tout. Nous sommes arrivés à un point de basculement qui a prouvé la résilience d'un système.

C'est à partir du 11 mai, dans le cadre d'un déconfinement progressif que nous serons à même d'expérimenter réellement le télétravail à grande échelle et dans des conditions empiriques. Dans le cadre du respect des mesures de distanciation sociale, certains retourneront au bureau et d'autres devront patienter encore un peu. La perception du bureau, du logement, des transports et du siège social en seront impactés ainsi que leurs usages.

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Vers une généralisation du travail à distance après le confinement ?

Si les grandes entreprises disposaient déjà des ressources nécessaires, les plus petites ont dû s'adapter et trouver des solutions malgré tout. Aujourd'hui les installations sont là ou en cours d'acquisition. Un cap a été franchi. La digitalisation des outils de travail dans un tel contexte a permis une formation express pour celles et ceux qui n'étaient pas forcément à l'aise avec ce type de pratique.

Je pense que toutes les conditions sont désormais réunies et que cette tendance va se poursuivre et s'enraciner. Les crises récentes ont montré la nécessité de pouvoir travailler de chez soi, d'anticiper certaines problématiques liées au climat, aux mouvements sociaux ou aux problèmes de transport. Le confort inhérent au home office n'est également plus à prouver.

On pense au temps en moins passé dans les transports, ce qui apporte un réel confort et un gain de temps considérable. Les entreprises vont devoir réinventer leurs espaces de bureau et de nouvelles formes de communication devraient s'inscrire durablement. Les managers vont devoir également gérer leurs équipes à distance, aménager de nouveaux modes d'organisation... tout cela apporte de nombreuses opportunités.

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Tiers-Lieux et hybridation des espaces

Avant la crise sanitaire, la stratégie était de maximiser les surfaces et d'inciter à la collaboration de façon flexible. L'immeuble d'entreprise s'apparentait alors comme le centre gravitationnel où convergeaient les individus, créant ainsi des flux de passage importants avec toutes les conséquences que nous connaissons. Le Flex Office est alors apparu comme la réponse idéale et a commencé à estomper la notion de bureau individualisé. La question de l'interchangeabilité des espaces de travail va se reposer de la même manière que l'optimisation des open space déjà densément occupés.

Va-t-on revenir à des espaces dédiés et un aménagement plus traditionnel ? Bien au contraire ! Si nous travaillons deux à trois jours par semaine depuis chez nous, nous verrons fleurir de nouveaux espaces hybrides, qu'il reste encore à inventer. Il ne s'agira ni d'espaces résidentiels, ni de bureaux, ni d'hôtels... mais un peu tout cela à la fois, des tiers-lieux en somme. Les espaces de coworking en partenariat avec les sièges sociaux devront eux aussi s'adapter, ils auront un rôle important à jouer et devront proposer de nouvelles formes en phase avec les enjeux sanitaires et les nouveaux besoins des salariés.

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Les nouvelles fonctions de l'immeuble d'entreprise

Le télétravail est une évidence, mais à condition qu'il soit encadré et structuré. C'est ici que l'immeuble d'entreprise joue un rôle majeur et incontournable. Il reste un lieu de sociabilisation, de formation, de repères, d'identité et offre une augmentation technologique considérable. L'immeuble de bureau - et d'autant plus le siège social - est en quelque sorte la vitrine de l'entreprise, c'est un lieu où se croisent les collaborateurs, les prestataires, les clients, les alternants, les stagiaires, les nouvelles recrues... Il est un lieu d'attractivité pour les talents et les investisseurs ; un carrefour d'opportunités. Cela ne veut pas dire que les bureaux offriront moins de mètres carrés, mais, si j'ose dire, « mieux de mètres carrés ».

Il faudra profiter de ces espaces renouvelés pour une démarche servicielle plus qualitative et inspirante. Rien ne remplace le contact, le non-verbal, tous ces comportements spontanés qui permettent d'obtenir une information, de relancer un collègue, d'organiser une courte réunion improvisée, de répondre à une problématique et d'avancer concrètement sur un dossier. C'est ce qu'il convient d'appeler la communication informelle. Le travail c'est aussi un lieu d'échange, de ressenti et d'expérience que seul l'immeuble d'entreprise pourra continuer d'offrir.

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Commentaires
a écrit le 12/05/2020 à 11:59 :
poussons le bouchon un peu plus loin . le télétravail va accélérer le recours à l'intelligence artificielle et petit à petit , on va s'apercevoir que l'on aura de moins en moins besoin de collaborateurs humains pour des taches et résolutions de problèmes le plus souvent répétitives et parfaitement maitrisables par des robots intelligents .
ça va faire très mal pour l'emploi des personnes de qualifications intermédiaires du secteur tertiaire privé , et ça sera terrible dans les administrations lorsqu'elles seront obligées de digitaliser la quasi totalité des fonctions administratives .
la prochaine décennie s'annonce périlleuse .
Réponse de le 12/05/2020 à 12:39 :
vous pensez qu'on peut imaginer une IA qui fait tout ? Souvent c'est sur un sujet (l'IA qui joue au Go ou aux échecs est plus que nulle aux dames ou à la réussite, n'ayant pas été instruite pour ça, et ne peut gérer deux choses, il faut une autre IA spécifique à chaque besoin).
Quand l'IA restera figée sur son apprentissage, inflexible, inadaptable (sauf à tout réapprendre) on fera revenir l'IH (Humaine). L'IA se base sur le big data pour se "former", c'est pas spontané.
Il ne faut peut-être pas tout attendre de l'IA.
Réponse de le 12/05/2020 à 15:03 :
Réponse à Photo73 : malheureusement, kakesh a entièrement raison. Et ça arrive beaucoup plus vite que prévu grâce à cette pandémie. Niveau timing national ou international, il tombe quand même sacrément bien ce virus.
a écrit le 12/05/2020 à 10:06 :
L'open space en entreprise ne mourra jamais. La synergie qui en decoule est trop vitale pour que l'employe reste peinard a la maison.
Le rendement a domicile est derisoire en comparaison, inutile de se voiler les yeux, de plus un boss a besoin de briefer de visu ses ouailles.
Réponse de le 12/05/2020 à 11:30 :
Au contraire, la divine surprise pour les entreprises a été de découvrir que les travailleurs à domicile sont beaucoup plus productifs qu'attendu, alors que la plupart ont été confinés avec leur famille, donc pas dans les meilleures conditions.
La réunionite a beaucoup baissé, et les pauses cafés réduites à zéro.

Ca carbure beaucoup dans les boites face à cette nouvelle donnée.

Les entreprises font énormément d'économies avec le télétravail. Pas de cantine, pas de bureau, pas de siège, pas d'installation téléphonique, pas de pass navigo, pas de problèmes de gestion des épidémies, pas de salle de pause, pas de machine à café...

C'est UBER en mieux puisque le lien de sujétion légal entre le salarié et l'entreprise donne à l'employeur un contrôle supplémentaire sur son activité.

Pour les entreprises qui estiment que les horaires légaux c'est pour les autres, un travailleur à domicile peut être facilement réquisitionné, c'est moins facile (et plus couteux) s'il faut lui envoyer un taxi.

Je rappelle que les problème de droit à la déconnexion et d'épuisement professionnel n'ont pas disparu avec le virus et qu'ils vont exploser avec la généralisation du télétravail.

Pour terminer, et dans votre sens cette fois ci, les interactions sociales sont fondamentales dans la constitution des équipes et dans la motivation. Trop de télétravail va accentuer la tendance, déjà bien ancrée chez les jeunes, à pratiquer une forme de mercenariat professionnel dont les entreprises vont subir les effets très rapidement.

Recruter n'est pas aisé, mais si en plus on ne fidélise pas etq eu quitter une boite c'est simple comme un clic, c'est mortel.
Réponse de le 12/05/2020 à 12:17 :
vive le télétravail par la même vive l'espionnage
et travailler chez soit pour deux voir trois concurrents
a écrit le 12/05/2020 à 9:20 :
" nous verrons fleurir de nouveaux espaces hybrides, qu'il reste encore à inventer."

Ah parce qu'avec tout ce qui existe déjà en matière de locaux professionnels vous n'êtes pas capable de faire quelque chose ?

Ça ne m'étonne pas.

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