Le coût de ces dix ans de croissance perdue

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi

Alexandre Mirlicourtois, Xerfi
Qu'ont perdu les Français depuis la grande récession ? Pour y répondre, il faut partir du PIB réel par tête : qui était de presque 32.000 euros par an peu avant sa chute. Dix ans plus tard, ou presque, il a à peine retrouvé ce niveau. Mais, pour bien prendre la pleine mesure de la perte réelle, il faut projeter la courbe là où elle se serait située avec un rythme de progression depuis 2008 similaire à celui de la période 2000-2007.
Sur la base de cette hypothèse, le PIB par tête serait supérieur à 35.000 euros, en hausse de 9,5%, l'équivalent de 3.333 euros supplémentaires. Si on pousse l'analyse plus loin encore pour chiffrer la perte de revenus cumulée depuis 2008 et ainsi bien évaluer l'ampleur des dégâts : la facture grimpe alors à plus de 18.700 euros par habitant. Compte tenu de la population et de son évolution, c'est une perte sèche de richesse de 1.200 milliards d'euros environ pour la France.
Alors bien sûr, il s'agit d'une estimation haute, vu la violence du choc, un décrochage non réversible du PIB était anticipé et un scénario type « rattrapage » aurait demandé une accélération héroïque et peu probable de la croissance. Mais on aurait pu, ou on aurait dû, au moins retrouver le rythme de croissance d'avant la crise. Si tel avait été le cas depuis le point bas du 2ème trimestre 2009, le PIB par tête serait alors supérieur d'environ 4%, soit presque 1.250 euros de plus que son niveau actuel. C'est d'ailleurs la trajectoire prise jusqu'en 2011 avant une nouvelle rupture. Le rythme de croissance s'est affaissé et la progression se fait à un train de sénateur. Bilan, la perte cumulée voisine les 3 315 euros par habitant, ce qui représente l'équivalent de 220 milliards pour la France. D'une manière ou d'une autre, nous sommes loin du compte et on a l'impression que rien ne permet d'anticiper un retour à la situation antérieure.
Il ne s'agit pas ici de discuter de leur validité mais simplement de les exposer.
Quelle que soit l'explication, avec la crise, la machine à créer des richesses s'est mise hors service et les classes moyennes trinquent. Et à défaut de la relancer, c'est aussi la démocratie que l'on met en danger.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique
Alexandre Mirlicourtois, Xerfi