Le Premier ministre face à la « frustration démocratique » des Français
Véronique Reille-Soult

Photo d'illustration
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Véronique Reille-Soult

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Pour mener une politique cohérente, le nouveau Premier ministre, faute de pouvoir s'appuyer sur une véritable majorité parlementaire, va devoir aller chercher du soutien, de l'adhésion dans l'opinion. Pour cela, il va devoir rassurer - au-delà des partis, au-delà des factions, au-delà des communautés - l'ensemble des Françaises et des Français qui ont très souvent le sentiment amer qu'on leur demande régulièrement leur voix sans jamais prêter attention à leur parole.
Cette sensation de « frustration démocratique », le Premier ministre l'a perçue, mais comment va-t-il s'y prendre pour l'apaiser ? Ses grands rivaux sont les réseaux sociaux, qui proposent à Monsieur et Madame Toulemonde d'exposer leurs idées, de crier leur désespoir et leur colère, de vomir leur haine, mais sans jamais être entendus au-delà de leur « village d'amis », et les chaînes d'« information continue », qui prennent leur téléspectateurs à témoins en recueillant leurs émotions, mais sans jamais leur demander leur avis.
Le Premier ministre et son administration vont devoir mettre en place des capteurs pour faire remonter jusqu'à lui ce qu'il appelle les « bonnes idées des gens d'en bas », qu'il entend prendre en compte. Il l'a dit sur le perron de Matignon, dès la cérémonie de passation de pouvoir, il le répétera dans son discours de politique générale devant la représentation nationale.
Ces capteurs ne peuvent pas être uniquement sous la forme de sondages, d'enquêtes ou de référendums. Se limiter à ces approches serait même dangereux car les Françaises et les Français ont beaucoup plus à dire que simplement répondre à des questions. Ces capteurs pourraient être plutôt d'une nature proche de ce que la République de Venise appelait les « Bocche di leone » - les bouches du lion, des boîtes dispersées à travers la ville, dans lesquelles les vénitiens déposaient leurs suggestions ou leurs doléances afin qu'elles soient instruites par le gouvernement en son sein, avec un ministère à part entière, reconnaissance de l'importance du sujet.
Plus que jamais, les Français demandent à être écoutés et à participer à la vie politique et démocratique. La mise en place d'une consultation permanente des citoyens, à l'aide d'outils et de process innovants, maîtrisés et efficaces, constituera la garantie d'une réelle expression de leurs opinions. Faisant ainsi remonter au Gouvernement les informations d'une aide précieuse et d'une puissante efficacité pour « construire la Loi » et répondre aux attentes citoyennes insoupçonnées de l'exécutif comme des parlementaires.
Le citoyen nouveau : le citoyen électeur - contribuable - contributeur (des réseaux sociaux) et usager (des services publics) pourra faire savoir sa rancœur ou exprimer sa colère tout en disposant des moyens des proposer ses idées.
La prise en compte de ces idées « d'en bas » dont parle Michel Barnier est certainement le levier le plus puissant pour ramener dans l'arc républicain celles et ceux qui l'ont quitté après avoir acquis l'impression que la démocratie était un leurre, les élections une mascarade et la souveraineté du peuple un simple mirage. C'est à dire les citoyens qui sont tombés dans les bras des extrêmes. Mais c'est aussi l'unique moyen de créer du consensus transpartisan et donc de refonder de la concorde dans notre pays, en proie aux pires convulsions politiques et institutionnelles depuis le début de la Ve République. Le Cinquième pouvoir, celui de l'opinion, deviendra un atout constructif.
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(*) Véronique Reille-Soult, Présidente de Backbone Consulting, Spécialiste de l'opinion, Maitre de conférences à SciencesPo sur la communication de crise. Elle est l'auteure de « L'ultime pouvoir, la vérité sur l'impact des réseaux sociaux » aux éditions du Cerf.
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