Le privilège allemand exorbitant

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L'immigration massive en Allemagne va tôt ou tard contribuer à remettre en cause le salaire minimum allemand et à peser sur les salaires en Europe. Par Michel Santi, économiste

L'Allemagne a un gros problème démographique, toutfois pas nécessairement celui que l'on croit. Si sa population est en effet stable à un peu plus de 80 millions d'habitants, c'est l'âge de sa masse salariale qui menace de faire dérailler son économie car elle augmente dangereusement le ratio de dépendance, c'est-à-dire la proportion de ceux qui travaillent et qui contribuent à soutenir les sans emplois. Son Office fédéral des statistiques n'avait-il pas calculé (en avril 2015) que le nombre des 20-65 ans diminuerait de 49.2 millions à 48.8 millions en 2020, sur la base d'une immigration qui s'effondrerait de 500.000 annuellement à 100.000 à l'horizon de la fin de la décennie ? Selon ces barèmes de calcul, la masse salariale dans ce pays ne se maintiendrait au niveau actuel des 49.2 millions de travailleurs âgés entre 20 et 65 ans qu'à la condition expresse d'une immigration annuelle d'au moins 200.000 personnes.

L'immigration massive remet en cause le salaire minimum


Dès lors, ce problème semble aujourd'hui réglé grâce à l'afflux massif de réfugiés, à condition toutefois que celui-ci se maintienne dans la durée...Pas vraiment en fait, car cette ruée sur l'Allemagne comme cet afflux irrésistible de main d'œuvre ne fait que déplacer le problème. En l'occurrence, de le reléguer vers le reste de l'Europe qui se voit une fois de plus sommée de gérer tant bien que mal les décisions unilatérales de la maîtresse des lieux européens. D'une manière ou d'une autre, c'est effectivement le salaire minimum (de 8.50 euros par heure) qui sera remis en question par cette arrivée massive de travailleurs syriens et levantins.

Une concurrence loyale déguisée

Si ce salaire minimum ne pourra être réduit dans l'immédiat pour des motifs légaux ou simplement éthiques, l'augmentation du nombre de salariés agira insidieusement en comprimant le revenu réel et, ce, de manière indirecte. Cet afflux d'hommes et de femmes disposés à accepter un emploi au salaire minimum brouillera logiquement l'ensemble du spectre de l'emploi et entraînera à la baisse le niveau d'exigence des travailleurs situés dans cette fourchette de salaires. Au final, ce plancher de verre du salaire minimum finira par céder, ou sera à tout le moins contourné par le travail gris et par d'autres moyens plus ingénieux. A l'évidence, c'est l'ensemble de l'Union qui en souffrira d'autant plus que les pays du Sud pâtissaient sérieusement de salaires allemands systématiquement à la traîne, qui étaient en fait une concurrence déloyale déguisée.

Les salaires européens condamnés à baisser

En conséquence, n'attendons rien de bon de la part des allemands à présent qu'ils ont ouvert les bras à cette masse de réfugiés car c'est à un authentique choc de l'offre de la masse salariale qu'ils vont désormais confronter les autres membres de l'Union. Dans tous les cas de figure, les salaires européens sont condamnés à baisser et la crise européenne à s'aggraver, laquelle crise fut précisément sous tendue par les écarts du coût du travail entre les différents pays européens. L'afflux de réfugiés en Allemagne exacerbera donc les déséquilibres qui ne pourront être compensés que par des dévaluations intérieures supplémentaires (c'est-à-dire encore et toujours de l'austérité) dans les nations du centre et du sud, faute de réajustements monétaires au sein d'une zone partageant la même monnaie.

Bref, la situation du premier exportateur mondial ira en s'améliorant pendant que le reste de ses consœurs européennes peineront à survivre non sans subir des taux de chômage à deux chiffres.

Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique" et de "Misère et opulence", préface rédigée par Romaric Godin.

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Commentaires
a écrit le 09/11/2015 à 21:55 :
Le processus de "quartmondisation" du salariat européen était déjà engagé bien avant la guerre en Syrie, rien de nouveau sous le soleil.

Question "idiote" : d'où viendra la sacro-sainte croissance quand 99 % de l'humanité vivra avec moins de $ 1 par jour ?
a écrit le 05/11/2015 à 8:58 :
@jaime romaric 03/11/2015 13:29
Je suis d'accord avec vous. L'immigration acceptée par l'Allemagne est une tentative pour tenter de résoudre le problème démographique. Quant au possible problème de la qualification, c'est une question de temps, une génération peut-être.
Quant au salaire minimum (coût du travail serait un terme plus approprié), il devra de toute façon évoluer. C'est le cas en France avec le CICE et toutes les discussions sur le Code du Travail.
Cordialement
a écrit le 04/11/2015 à 21:41 :
Le même Michel Santi nous expliquait dans un article précédent d'un ton assuré "Pourquoi l'Allemagne est moribonde". Alors elle ne l'est plus ? L'article sentencieux et professoral disait faux ? Voilà qu'aujourdh'ui, l'Allemagne n'est plus "moribonde", pire encore, "la situation du premier exportateur mondial ira en s'améliorant pendant que le reste de ses consoeurs européennes peineront à survivre".
Mon prof de philo disait non sans humour "je ne me considère pas tenu de résoudre mes propres contradictions".
a écrit le 03/11/2015 à 14:32 :
je doute que l'ensemble des migrants soient adaptes aux entreprises allemandes, tant en terme de competences que de mentalite!! ( ceux qui ont travaille avec des allemands comprennent...)
probleme numero deux, les allemands qualifies ne vont pas baisser leur culotte, discutez avec eux, vous serez convaincu
et si merkel, apres avoir ete piegee par l'aile gauche de la coalition, ne comprend pas, c'est pas grave, hitler aussi est arrive au pouvoir sur une allemagne au tas...
a écrit le 03/11/2015 à 13:50 :
La France, avec son système social, est inadaptée au monde. La gauche veut le conserver car elle en vit mais la messe est dite: personne ne veut investir dans ce pays archaïque et corrompu. L'état ne pourra bientôt plus faire vivre ses obligés car sa ponction détruit l'économie. Les Allemands ont compris. Ils domineront l'Europe de manière irréversible avant 10 ans. Les bas salaires sont aussi les bas coûts. Allez faire vos courses chez eux !!
a écrit le 03/11/2015 à 13:29 :
UN copain a romaric qui débite les mêmes genres de fadaise eurosceptique, l arrivée des touts ces émigrants constitue d abords une énorme charges , les allemands on besoin de personnels qualifiés et non pas d une main d œuvres bon marché en sous payé .
C est donc avant de parlé de salaire bas une masse de dépense pour mettre a niveaux ces émigrés qui vont peser lourd dans le budget allemand
Mais les allemands voie plus loin que vos supputations a court terme, et savent que l avenir et a ceux qui sont ouvert et courageux en idéologie, le contraire de vos petits camarades
Merkel a touts compris, pas vous , dommage
Réponse de le 03/11/2015 à 13:54 :
@jaime romaric : Merkel agit avant tout à l'émotion, pas à la réflexion comme devrait le faire tout bon dirigeant (très rare hélas de nos jours) ! Je ne suis pas sûr qu'elle ait tout compris ... ou si c'est le cas, trop tard !
Réponse de le 09/11/2015 à 23:29 :
Barriere de la langue, attentes trop importantes de la part des migrants (cf le papier ou un Syrien se voyait déjà chef d'atelier chez Mercedes), difficultés d'intégration, en ce qui concerne les syriens au moins, dès que la situation se calmera dans leur pays, ils rentreront tout simplement chez eux.
a écrit le 03/11/2015 à 11:54 :
Quand il n'y a pas d'état de droit, le plus fort impose ses volontés.
a écrit le 03/11/2015 à 10:47 :
Avec plus de 80% d'immigrants ne disposant d'aucune compétence professionnelle (statistiques publiées par la Bundesagentur für Arbeit), qui plus est confrontés à la barrière de la langue, l'Allemagne devra avant tout fournir un effort financier considérable pour les accueillir (de l'ordre de 10 milliards d'euro pour la seule année 2015 d'après le Frankfurter Allgemeine Zeitung). La réussite du projet de Mme Merkel sur le plan économique est loin d'être assurée.
a écrit le 03/11/2015 à 10:15 :
S'il n'y avait que le salaire minimum qui allait morfler ! Les migrants importent aussi leurs us et coutumes et peuvent les imposer quand ils deviennent une composante importante d'une communauté :-)
a écrit le 03/11/2015 à 9:36 :
C'est vrai, l'Allemagne joue et continuera de jouer sur de bas salaires (les prix sont aussi les plus bas d'Europe de l'ouest). L'industrie allemande profite aussi d'un Euro qui est trop bas pour sa situation économique. La productivité ne progresse pas depuis des années. Cette situation offre un confort aux entreprises allemandes qui peut être mortel pour l'innovation, pour les investissements dans la productivité, pour la compétitivité. Toute entreprise doit, pour pouvoir s'améliorer, être constamment exposée à des challenges. La mentalité entrepreneuriale allemande est devenue grasse et lourde. Elle se replie sur elle-même et ne veut plus partager.
a écrit le 03/11/2015 à 9:15 :
Conséquence, l'Allemagne qui est déjà mal perçue dans l'opinion publique le sera encore plus et ce ne sont pas les affaires de type Volkswagen, Siemens, BMW... qui vont améliorer l'image de ce pays. La Deutsch Qualität est écornée, si tant est qu'il y ait eu un jour une Deutsch Qualität. Ailleurs en Europe il est fait aussi bien, parfois mieux, et c'est toujours moins cher, l'arrogance en moins quand il y a un problème de SAV.
a écrit le 03/11/2015 à 7:48 :
Bien vu M. Santi. La France va donc continuer à devenir un pays du tiers-monde…
a écrit le 03/11/2015 à 7:35 :
Que préconisez vous donc ?

Pour ma part une solution serait de faire baisser le coût du travail en France et d augmenter les salaires (tout simplement)

Il suffit juste d arrêter de faire payer les charges sociales par ceux qui travaillent mais les faire porter par les propriétaires de l immobilier ancien (>10ans)
(Actif parfait pour être taxe : non delocalisable, impossible de le cacher, touche tout ceux qui ont un bien immobilier y compris les étrangers)

Un peu de chiffre :
Impôt sur revenu + CSG + charge => remplace par un impôt sur le revenu de 20% jusqu a 100k€ par an (c est une flat taxe pour 99% de la population) puis taux marginaux de 30% jusqu a 200k, 40% jusqu a 300k, 50% au dessus de 400k et 60% au dessus d 1 M€. Plus aucune niche fiscale
Taxe sur l immobilier ancien (>10ans) 3% de la valeur du bien (et loyers plafonnés a 5% de la valeur du bien)
Cette taxe est déductible des impôts payés sur le revenu => qqn qui déclare ses revenus en France ne paiera pas plus d impôt sauf s il possède un bien disproportionné par rapport a son salaire


Bref arrêt de la bulle immobilière, construction nouvelle importante (car exonère de taxe pendant 10 ans), salaire en hausse

2ème temps : continuer a augmenter la taxe immobilière si l immobilier baisse beaucoup (l immobilier a fait x3 en 20 ans, s il est divisé par plus de 3 il ne faut pas soutenir mais au contraire augmenter la taxe. Au final les français arrêteront de s endetter pour de l immobilier qui n apporte rien a la société (au contraire du neuf qui fournit des jobs)

Puis pour continuer dans cette veine simplification / efficacité / mise en avant du travail, instauration d un revenu pour tous de 600€ par mois qui remplace toutes les aides sociales et qui est a intégré aux revenus taxables
=> plus besoin d administration pléthorique, plus d effet Seuil, le smic baisse de 300€ pour compenser cet apport de 600€
=> le smic est vraiment bas en terme de coût pour l employeur, aucune raison de ne pas avoir le plein emploi

Réponse de le 03/11/2015 à 8:11 :
oula oula, bonnes idées,
mais il faudrait plus de 20 ans pour que nos gouverneurs l'appliquent. le temps d'y apposer 10000 amendements qui leurs permettent d'etre exonérés de ces taxes, environ 20000 pour leurs copains lobbistes et ensuite la nouvelle règle sera aussi floue que l'ancienne.

le probleme n'est malheureusement pas de trouver la solution, mais d'y avoir la chance de la proposer en loi, de la voter et de l'appliquer sans qu'elle soit corrompue à la moelle..
Réponse de le 03/11/2015 à 11:19 :
Vos solutions sont trop intelligentes et simples pour être mises en oeuvre. Hélas.
Réponse de le 03/11/2015 à 12:51 :
Vous avez oublié de supprimer l'impôt foncier
Est-ce un oubli ou une augmentation déguisée des impôts ? parce que pour cette panacée on a déjà donné, et pas qu'une fois !
Réponse de le 03/11/2015 à 12:56 :
Si, après cela, vous trouvez un appartement à louer, vous aurez de la chance. Le propriétaire aujourd'hui ne reçoit que 50% du loyer (évaluation du CAE) . Compte tenu du risque il n'y en aura plus beaucoup
Réponse de le 03/11/2015 à 13:45 :
Je parie que vous ne possédez pas d'immobilier et que ça vous dérange.
Réponse de le 03/11/2015 à 15:35 :
Belle usine à gaz que vous proposez là. N'auriez-vous pas fait l'ENA, "par hasard" ?
Les Français n nombre de plus en plus grand ont, en ce qui le concerne, une solution bien plus simple, bien plus efficace et bien plu efficiente que celle que vous proposez : sortir de cette pétaudière appelée "Europe" et faire de l'euro une monnaie commune (au lieu de rester la sale monnaie unique qu'elle est depuis 2012 pour le malheur des pays européens ... à l'exception bien entendu de l'Allemagne).
Réponse de le 04/11/2015 à 0:30 :
100% d'accord avec toutes vos propositions.
Je rajouterai réforme des retraites avec système à la carte pour tous (c'est à dire retraite par points calculés sur les cotisations versées)

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