Le vrai poids de l'économie collaborative sur les emplois et les revenus

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le poids de l'économie collaborative sur les emplois et les revenus: la révolution est bien en marche, même si elle demeure invisible pour la statistique usuelle

Que sait-on aujourd'hui du poids de l'économie collaborative ? Pas grand-chose puisque cette dernière est un concept aux contours très flous. Puisque, surtout, un pan entier de l'activité dite collaborative est soit non marchande, sortant des radars de la comptabilité nationale, soit marchande, sans être nécessairement déclarée, ce qui trouble son suivi.

Plusieurs visages pour l'économie collaborative

Derrière l'économie collaborative, il y a en fait plusieurs notions distinctes :
Une première couche, liée à nos actes de consomm'acteurs comme on dit. Autrement dit, tout ce que nous co-produisons, co-concevons, plus ou moins consciemment, par transfert de données aux acteurs du net, ou de façon plus tangible, lorsque nous assemblons un meuble IKEA, ou que nous nous substituons à une agence de voyage pour bâtir un séjour.

Il y a ensuite toute la dimension collaborative au sens plus commun du terme, qui recouvre la mutualisation de biens, d'espaces et d'outils, de ressources financières, par l'intermède de plateformes internet. Une économie qui prend aussi différents visages :

  • 1/ La construction de communautés de partage, de troc, sans but lucratif à l'instar de LINUX, Wikipédia etc.
  • 2/ Des plateformes qui peuvent monnayer un service d'intermédiation, comme pour la plupart des plateformes d'échanges de logement ou de covoiturage.
  • 3/ Des formes plus abouties d'extraction et d'exploitation de la valeur. C'est le cas notamment de tout ce qui relève de l'ubérisation. Mais il y a aussi, tout l'essor de l'auto-entrepreneuriat, et de l'entrepreneuriat tout court sur des espaces de co-working, qui consiste à s'insérer dans une activité via une relation de collaboration plutôt que par une relation salariale de subordination.

Bref, on le voit, le concept est très vaste. Très flou. C'est un concept valise comme on dit qui n'a pas valeur de catégorie statistique pour les instituts officiels.

Attention à l'effet loupe des freelancers

Prenons l'économie américaine par exemple, plus avancée que les économies européennes dans le processus. Les enquêtes sur le freelance nous disent que 53 millions d'américains ont une activité en freelance, principale ou secondaire, soit 34% des actifs environ. Cela recouvre du pur freelance, mais aussi du travail bénévole, des personnes en multi-activité, du travail de mission temporaire, et d'indépendants qui peuvent s'entourer de quelques salariés.

Que nous disent dans le même temps les enquêtes du très officiel BLS ?

  • 1/ Que la part des indépendants ne cesse de décroître dans l'emploi
  • 2/ que la part des personnes en multi-activité est également au plus bas.

Deux constats totalement contrintuitifs au regard des ordres de grandeurs fournis par les enquêtes sur le freelance ou de l'idée plus générale d'une explosion du collaboratif.

Mais cette enquête du BLS nous livre aussi une deuxième information clé. Celle de l'effondrement du taux d'activité depuis 15 ans, phénomène particulièrement marqué chez les plus jeunes. Et même lorsque l'on réintègre tous les découragés, tous ceux qui désirent travailler sans rechercher activement un emploi, cela n'y change rien. Non la baisse de l'activité n'est pas liée à un phénomène massif de découragement contrairement à ce qui est dit.

Quelle explication alors ?

Très probablement que le gros des bataillons des jeunes américains qui dopaient le taux d'emploi dans le commerce, l'hôtellerie, la restauration ou autre en finançant leurs études par des petits jobs, ou y faisaient leurs premiers pas dans l'emploi, disposent aujourd'hui d'autres alternatives.

Un hôte newyorkais AirBnB se fait en moyenne 7.530 $ de revenus par an. Un chauffeur UberX, équivalent à Uberpop en Europe, peut se faire potentiellement plusieurs dizaines de milliers d'euros par an. S'investir dans une start-up ou une activité collaborative apparaît aussi comme un nouveau tremplin vers l'emploi.

Bref la révolution est bien en marche, même si elle demeure invisible pour la statistique usuelle.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 22/12/2015 à 22:21 :
La confiance des citoyens en les banques ne règne pas... Ni en les partis politiques droite et gauche...
C'est un peu compréhensible, car depuis 1974 la vie économique va mal ! Le social n'est pas au beau fixe... beaucoup de déceptions... un avenir moins que rose...
Il est même question de l’économie du partage… Le partage de la pauvreté ?
L’économie était florissante pendant les Trente glorieuses (1945-1974) en France, car l’état français empruntait à taux presque zéro à la banque de France : la banque nationale était au service du pays , et tout allait bien !
Un plan sournois de fragilisation économique du pays a débuté avec un président de la république juste après la mort du général de Gaulle, président qui lui succéda, et qui était issu d’une banque internationale bien connue ; il a préparé le terrain, puis décéda, laissant à son successeur (toujours vivant et sans scrupule) le soin de parachever son travail ; il a fait emprunter l’État français pour la première fois sur les marchés financiers en 1974 : le pays ne s’en ai jamais remis, et ne s’en remettra jamais s’il ne revient pas au système monétaire et financier en cours avant 1970 !

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