Les entreprises qui enchainent les levées de fonds sont-elles les ETI de demain  ?

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Tristan Dessain-Gélinet, CEO de Travel Planet
Tristan Dessain-Gélinet, CEO de Travel Planet (Crédits : DR)
Plus de 3,5 milliards d'euros en 2017 et 358 millions supplémentaires pour le seul mois de janvier 2018... Ce sont les montants des levées de fonds cumulés sur ces 13 derniers mois. Ces chiffres sont en constante croissance avec une multiplication par 3 en 5 ans des montants investis et une hausse de près de 35% des Tickets moyens.

S'il est de bon ton de se réjouir de ce dynamisme des investisseurs, poussé par l'exécutif depuis l'élection en mai dernier d'Emmanuel Macron, cette embellie ne doit pas masquer la difficulté, voire l'incapacité de l'économie française à créer des Établissements de Taille Intermédiaire. Ces ETI qui, selon la définition de l'INSEE comptent plus de 250 salariés et réalisent moins d'1,5 milliard de chiffre d'affaires sont le chaînon manquant de notre tissu économique, que nous essayons en vain de promouvoir. Ces mêmes ETI, dont on a découvert qu'ils ont été les plus grands créateurs d'emploi dans le secteur marchand de 2009 à 2015, ne sont que peu mis en valeur tant sur le plan de la communication que de l'environnement législatif et social.

Je suis toujours frappé par les communiqués de presse annonçant 10, 20, voire 60 millions de levée de fonds comme une fin en soi, comme l'aboutissement d'un parcours, ou la promesse d'un succès annoncé. L'argent ne fait pas le bonheur, disait-on, mais il ne fait pas non plus le succès d'une entreprise ni sa pérennité. La théorisation de l'apport en capital qui a été mise en place ces dernières années a créé une nouvelle race d'entreprises qui basent leur croissance sur le montant reçu des investisseurs plutôt que sur le chiffre d'affaires, l'EBITDA ou encore le résultat...

Les investisseurs misent sur dix sociétés pour en voir réussir deux, en espérant ainsi que le retour sur investissement de ces deux succès couvrira les pertes des huit autres... Ce n'est plus de l'accompagnement, mais du casino amélioré ! L'apport de masses de liquidités a ainsi mis en place un système qui n'a plus le temps d'attendre la croissance des entreprises et les met sous stéroïdes pour en faire des géants avant même qu'elles aient le temps de se structurer et de maîtriser leur environnement.

Pourtant la France a plus que jamais besoin d'ETI pour stabiliser son économie et lui donner une croissance stable et continue. Ces entreprises sont celles qui, en Allemagne, assurent la souplesse et la puissance de la première économie exportatrice européenne, sinon mondiale. Pour faire émerger et se développer ces entreprises, il convient de leur offrir des débouchés commerciaux et un adossement à de grands groupes, privés ou publics.

Oui, l'accès au capital est primordial, mais l'accès à de grands contrats, de nouveaux marchés et un accompagnement stratégique, l'est encore plus. Au lieu d'accompagner pour la énième fois des représentants du CAC 40, pourquoi ne pas mobiliser nos dirigeants pour assoir la présence et l'assise d'ETI en plein développement ?

Le développement d'une entreprise prend du temps

De moins en moins avec l'accélération de l'accès aux marchés, la digitalisation et la forte diminution des contraintes géographiques, mais il faut tout de même que l'organisation humaine, les process de production, la visibilité sur leur marché s'établissent, ce qui ne se fait pas en un jour. A trop l'oublier, on risque de causer de graves déséquilibres au sein des entreprises, voire de les mettre en péril.

Si la vocation d'une startup est de grandir, se vendre ou mourir, celle d'une ETI est de croître sur le long terme et se développer sans avoir pour obligation d'intégrer un grand groupe. L'augmentation des défaillances des ETI en 2017 est un signal préoccupant dans un environnement économique porteur. Les solutions sont multiples et multiformes, mais la visibilité des acteurs et leur mise en avant est un point de passage obligé si nous souhaitons que ces sociétés, base de la stabilité économique française, puissent se développer et mieux résister aux mouvements de plus en plus rapides et de plus en plus violents d'une économie mondiale en perpétuelle transformation.

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