OPINION. « Présidentielle 2027 - retraites privées : illusion ou urgence ? »

Gabriel Gaspard
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Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière
Pendant ce temps, des milliards d’aides aux entreprises restent inopérants. Il faut recentrer ces fonds vers l’investissement productif pour relancer la croissance et financer la protection sociale.
Le rapport du COR relance le débat sur la capitalisation et suggère d’explorer davantage l’épargne retraite comme complément. Les projections du COR montrent un creusement du déficit à long terme, avec une détérioration marquée à partir de 2045. La baisse démographique change les termes du débat dès la période pré‑2027 : moins d’actifs pour financer plus de retraités. Des voix proposent de mobiliser l’épargne longue (PER, assurance‑vie) ou de créer un "livret retraite" fléché vers la dépendance et l’équilibre des régimes. D’autres évoquent des leviers classiques : hausse de la CSG, allongement de la durée de cotisation, ou transferts budgétaires. La présidentielle 2027 s’annonce comme l’occasion de trancher ces choix difficiles. Les candidats hésitent à s’en saisir pleinement, par crainte du coût politique. Les retraites : débat utile ou simple écran de fumée pour cacher les vrais soucis des Français ?
François Villeroy de Galhau, dans sa lettre au président du 4 mai 2026, alerte que "nos arbitrages collectifs ont été jusqu’à présent en faveur des seniors" et prévient que des choix gérontocratiques compromettraient l’avenir. Selon plusieurs études, près d’un tiers des pensions est financé par l’État, l’impôt et la dette. Le rendement implicite des cotisations s’effondre, etc. Il faut d’abord vérifier les chiffres et évaluer les impacts macroéconomiques et sociaux. Après cette vérification, cette tribune examinera des solutions alternatives. Elle montrera aussi que, souvent, le débat est politisé et sert de non-sujet face aux urgences des Français.
Prenons l'exemple de 2025. Le budget de l’État français n'incluait pas de dépenses directes pour soutenir "un régime de retraite privé". Les crédits budgétaires liés aux retraites concernent essentiellement les régimes publics et spéciaux (fonctionnaires, SNCF, RATP, etc.), via la mission "Régimes sociaux et de retraite" et le compte d’affectation spéciale "Pensions ". Les pensions concernent la fonction publique (État, militaires) pour un total d'environ 60 Md€. Les subventions d’équilibre versées par l’État en 2025 s’élèvent à environ 5,9 Md€, principalement pour couvrir les déficits des régimes spéciaux fermés (SNCF, RATP), mais il n’existe pas de ligne budgétaire dédiée au financement des retraites privées.
Dans le PLF 2025, l’État ne finance pas directement les retraites privées, il supporte un coût d'environ 4 Md€, via les "dépenses fiscales", principalement les avantages liés au Plan d’Épargne Retraite (PER) et à l’assurance‑vie, pour soutenir des placements bancaires et privés. Ces dispositifs figurent dans l’annexe "Voies et moyens – Tome II" du projet de loi de finances.
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La LFSS 2025 ne finance pas les retraites privées. La branche vieillesse CNAV affiche en 2025 : recettes 287,6 Md€, dépenses 293,6 Md€, solde ‑6 Md€. Le Fonds de solidarité vieillesse FSV présente : recettes 21,4 Md€, dépenses 20,6 Md€, solde +0,8 Md€. Le Fonds de réserve pour les retraites FRR n’a pas de recettes affectées en 2025 et aucune mobilisation d’emprunt supplémentaire n’est prévue. La caisse d'amortissement de la dette sociale CADES reprend de la dette sociale, mais n’emprunte pas pour financer la retraite privée.
La LFSS 2025 organise le financement des retraites obligatoires via la branche vieillesse. Elle recense les cotisations sociales comme première ressource. Les cotisations comprennent la part salariale et la part patronale prélevées sur les salaires. Elles alimentent la Caisse nationale d'assurance vieillesse CNAV, les régimes complémentaires et les régimes spéciaux. Les taux varient selon les statuts et les tranches de salaire. Les cotisations servent à payer les pensions courantes et à couvrir les prestations contributives. À côté, la CSG et d’autres recettes fiscales affectées complètent les ressources de la branche.
C'est la CSG qui complète en grande partie les ressources des retraites privées. D'après l'URSSAF "La contribution sociale généralisée (CSG) et la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) sont des prélèvements destinés au financement de la protection sociale. Elles sont dues par les salariés et prélevées par l’employeur sur les revenus d’activité puis sont ensuite reversées à l’Urssaf …il s’agit de toutes les sommes ou avantages, en nature ou en argent, dus en contrepartie ou à l'occasion d'un travail ou d'une activité, peu importe leur dénomination, et peu importe aussi par qui et comment ils sont attribués". Concernant les revenus d’activité, le taux est de 9,20%. Le taux normal pour les retraités est de 8,30%.
Pour 2025, selon la LFSS les recettes totales s'élevaient à 287,6 Md€. Parmi elles, la CSG représente environ 90 Md€, soit près d’un tiers des ressources qui ont été affectés à la branche vieillesse et aux régimes de retraite. Le solde étant des transferts d’équilibre pour les régimes spéciaux et pour la compensation démographique. Le système reste, au sens strict, un régime par répartition : cotisations + contributions dues par les salariés et les retraités etc.
Comme le rappelle M. Thierry Foucaud . – " La dette est une construction artificielle créée par les banques avec le consentement des États pour dépouiller les peuples et en faire des esclaves à leur solde " (Mouvements divers à droite) a dit un jour l'ancien Premier ministre Michel Rocard, créateur de la CSG. (Comptes rendus analytiques officiels du 7 juillet 2016)
Plusieurs Premiers ministres ont repris un récit qui circule dans certains milieux, selon lequel le déficit du budget de l’État serait dû aux retraites, récit repris par le Gouverneur de la Banque de France en mai 2026 avant son départ. Pour les retraites privées, 89 réformes sont intervenues depuis 1982 pour éviter un dérapage budgétaire. Le budget de l’État ne consacre aucune dépense directe aux retraites.
Concernant la retraite des fonctionnaires et des militaires, expliquer que les 60 Md€ pour 2025 contribuent à l'endettement de la France est imprécis, sauf si l’on considère que chaque centime versé par l’État dans ce cadre provient de l’emprunt. Pourtant, pour l’État, provisionner, même par endettement, peut représenter la solution.
L’idée est de créer un fonds souverain et de provisionner l’intégralité des retraites des employés publics, comme au Québec, chez nos sénateurs ou à la Banque de France. Il faut arrêter de dépendre des prêteurs financiers et redimensionner le Fonds de réserve pour les retraites (FRR) via des bons du Trésor à long terme à taux fixe et intérêt annuel avantageux, gérés par le Trésor public. Cet argent doit être placée à la Caisse des Dépôts et Consignations pour contribuer au développement économique. Le but est que, d’ici 2060, l’État puisse, petit à petit, accumuler des fonds et se libérer de cette dépense par la création d’une richesse nette (rendement financier - rémunération des bons du Trésor).
Les dirigeants parlent de "dette des retraites" parce que le système par répartition crée des engagements futurs non financés aujourd’hui, une dette implicite et que les projections montrent un creusement durable des déficits (≈6,6 Md€ en 2025, ~15 Md€ en 2035, ~30 Md€ en 2045), ce qui alerte sur la soutenabilité financière du système.
La dette publique "explicite" figure au bilan (emprunts, obligations). Les engagements de retraite sont souvent hors bilan (promesses futures). Le Gouvernement reprend les chiffres de la Cour des comptes et parle d’un besoin "d’éclairage" et de réformes pour assurer la soutenabilité : agir sur l'âge et les conditions de départ à la retraite, agir sur les ressources prélevées sur les actifs, agir sur les conditions d'indexation des pensions de retraites, etc. et agir sur l'épargne privé : retraite par capitalisation via des instruments tels que le PER ou assurance vie.
Le PER, créé par la loi PACTE en 2019, a remplacé les anciens produits et s’est imposé comme le produit phare de l’épargne retraite privée. En 2025, le PER a surtout servi à constituer une épargne longue et à financer l’économie française et européenne. L’encours a dépassé 150,4 Md€ et près de 12,9 millions de titulaires. Les versements visent capital ou rente et sont déductibles du revenu imposable. Plus de 60% des actifs du PER sont investis en entreprises (actions, obligations, infrastructures). Environ 5 Md€ ont été orientés vers le non coté : capital‑investissement, dette privée, PME/ETI, soutenus par la loi "Industrie verte". La gestion est pilotée par durée : plus dynamique pour les jeunes, plus sécurisée à l’approche de la retraite. Répartition fin 2025 : PER individuel 88,5 Md€ (+21%), PER collectif 33,9 Md€ (+22%), PER obligatoire 28,0 Md€ (+13%). Les versements annuels ont dépassé 20 Md€ en 2025, confirmant une dynamique soutenue.
L’État a créé le PER ; il peut donc en changer le cadre légal. En modifiant la loi, il pourrait imposer un fléchage obligatoire d’une part significative des encours. Par exemple, 90% des PER pourraient être affectés à des usages collectifs (dépendance, handicap, etc.). Le mécanisme serait comparable à celui du Livret A : un statut juridique révisé, une obligation d’affectation et des règles de centralisation et de gestion. Cela transformerait une épargne individuelle en outil partiellement collectif, tout en conservant des garanties pour les épargnants. Ces fonds seraient placés à la Caisse des Dépôts et Consignations pour contribuer aux investissements productifs. L’objectif serait que l’État accumule, année après année, des fonds pour équilibrer les régimes de retraite privés. Ce dispositif viserait à créer une richesse nette via des investissements. Un PER doit servir à la retraite des citoyens et non au financement des entreprises qui sont largement aidées par les gouvernements.
D’après le FMI, une hausse de l’investissement public de 1% du PIB relancerait l’activité : le PIB pourrait croître de 2,7%, l’investissement privé de 10% et l’emploi de 1,2%, à condition que les projets soient de haute qualité. La croissance ainsi crée et mieux redirigée stabilisera les régimes de retraites privées.
Les retraités ne sont pas qu'un poste de dépense publique. Ils rapportent plusieurs dizaines de milliards d'euros au budget de l'État et soutiennent activement le PIB par leur consommation, leur fiscalité, leur épargne et leur rôle social. Bien que les retraités ne produisent pas directement de biens ou services comme les actifs, leur rôle économique indirect est majeur. Même si aucune étude ne donne un chiffre officiel unique, les estimations tournent autour de 10 % du PIB pour leur contribution économique globale. Ce chiffre est à mettre en regard du poids de l'industrie manufacturière : à la fin de l'année 2025, l'industrie assurerait finalement 10,2% du PIB tricolore selon l'Insee.
Avec 82,52 Md€ en 2008, 156,88 Md€ versés en 2019, et 270 Md€ d'après Matthieu Aron et Caroline Michel-Aguirre – Le Grand Détournement, les subventions aux entreprises sont devenues le premier poste de dépenses de l'État français. Les aides publiques aux entreprises sont en principe interdites (sauf cas particuliers) par le droit européen car elles "faussent ou menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions » (article 107 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne).
Malgré toutes les aides, la productivité s'effondre. Pour la productivité du travail, avant la nouvelle crise sanitaire, de 2016 à 2019, les entreprises françaises accumulaient une productivité de +3,8%, 1,7% de cette productivité sera perdue en 2020. Depuis la crise sanitaire, d'après Dares, le niveau de productivité au travail continue de diminuer. En 2022 elle a baissé de 3% par rapport à 2019. In fine, de 1990 à 2022, la France a gagné en 33 ans en moyenne 0,85% par an. En 2023, la productivité du travail a reculé nettement -8,5%. En 2024, elle a amorcé un rebond de +1,3%. En 2025, elle retrouve son niveau d’avant Covid avec un léger gain de +0,8%.
Plusieurs rapports officiels montrent que les aides publiques aux entreprises sont massives, mal cartographiées et produisent des effets hétérogènes sur la productivité. Les dispositifs efficaces sont ceux qui conditionnent le soutien à des investissements productifs et à l’innovation. Il faut arrêter cette politique de l’offre et investir autrement cet argent pour créer de la croissance et de la productivité. Si la croissance est forte et la productivité élevée, les recettes fiscales et les cotisations augmentent et les tensions budgétaires sur les retraites, la santé, etc., s’atténuent. Une croissance soutenue crée des emplois, relève les salaires et renforce les recettes publiques, ce qui facilite le financement des prestations. Mais ce n’est pas une garantie automatique : la démographie, la répartition des revenus, les choix de dépenses publiques et l’efficacité des investissements déterminent l’impact réel. En clair, croissance et productivité réduisent fortement les risques financiers, mais elles doivent être accompagnées de politiques publiques ciblées pour transformer ces gains en financement durable des services sociaux.