Les Rencontres économiques d'Aix-en-Provence 2024 se trouvent confrontées à deux défis de taille. En premier lieu, l'absolue nécessité de restaurer un débat éclairé et apaisé. Ensuite, l'impératif de répondre à la question qui taraude nos sociétés contemporaines : l'idée même de progrès est-elle en crise ? Nous avons vécu pendant près d'un demi-siècle en étant convaincus que la science, la technologie, les savoirs et le développement des classes moyennes créeraient les conditions d'un monde aux avancées ininterrompues. Certains mettaient en avant le poids des évolutions matérielles.
D'autres se félicitaient des révolutions d'une médecine permettant de vivre mieux et plus longtemps. L'école s'ouvrait à tous et l'Europe compensait son retard sur les États-Unis. L'époque était aux illusions d'un Occident triomphant, utilisant la Chine comme usine du monde pour se réserver les seules fonctions nobles. La chute du mur de Berlin actée, on alla jusqu'à croire que l'Histoire était « finie ». Que le triomphe des démocraties libérales et de l'économie de marché était acquis.
Cette euphorie fut de courte durée. Le 11-Septembre, les invasions de l'Irak et de l'Afghanistan puis la crise des subprimes amorcèrent un premier désenchantement. Le retour de la guerre en Europe, la nouvelle phase du conflit israélo-palestinien et l'opposition croissante entre Chine et États-Unis entérinent la disparition de la vision héritée de l'après-guerre. Multidimensionnelle, cette crise n'est pas seulement géopolitique. Elle est aussi identitaire. Les tensions sur la scène internationale favorisent le repli, la défiance et plus récemment une course aux armements. Partout, on observe un retour du cadre national, conséquence d'une construction européenne trop longtemps focalisée sur la seule intégration économique. Les espérances d'un Francis Fukuyama paraissent abstraites à l'heure où un immense choc menace, dans quelques jours, d'ébranler notre République.