Macron face aux dures réalités budgétaires

Olivier Passet, Xerfi

Olivier Passet, Xerfi
Avec un déficit budgétaire de 3,4% en 2016 et une croissance revigorée, on pourrait penser que l'équation budgétaire se présente plutôt sous de bons auspices pour le nouveau gouvernement. Si la reprise se confirme, et que le PIB se place sur une orbite de croissance de 2% l'an - ce qui parait le cas au premier semestre -, cette accélération de près de un point sur un an serait susceptible à elle seule d'induire une réduction conjoncturelle de ½ point de PIB du déficit pour 2017.
Sur le papier, le gouvernement pourrait donc partir d'un déficit inférieur à 3%, tel qu'il a été programmé par la loi de finance 2017. Autrement dit, sans rien faire, la conjoncture pourrait offrir sur un plateau la cible des 3%. Mais les choses se corsent ensuite, pour trois raisons au moins.
D'abord, la France reste sur le papier contrainte par ses engagements européens. Et tant que sa dette demeure supérieure à 60% et que son déficit structurel est supérieur à 0,5% du PIB, elle est supposée réduire chaque année son solde structurel de l'ordre d'un demi-point par an. Elle se doit par ailleurs deréduire tous les ans le ratio dette/PIB d'un vingtième de la part au-dessus de 60 points de PIB. C'est-à-dire de l'ordre de 4-5 points tous les ans. Et il sera difficile d'évoquer des circonstances exceptionnelles l'an prochain pour se dédouaner de cette obligation.
Il y a ensuite les opérations cosmétiques dont hérite tout gouvernement. Le 2,7% de déficit programmé pour 2017 doit beaucoup à l'art consommé de Bercy de reporter le plein effet des mesures sur l'année suivante... De bonne guerre en phase préélectorale.
Ces bombes à retardement, on les connaît : c'est la création d'un crédit d'impôt sur l'emploi à domicile qui pèsera pour 1 milliards sur les finances de 2018. Il y a aussi l'extension du CICE au secteur de l'économie sociale et solidaire, pour 600 millions, et le reste à payer de toute une série de crédits d'impôt dont la Cour des comptes a souligné la dérive récemment.
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Enfin, il y a le coût du programme présidentiel. Lorsque l'on met bout à bout les annonces, il est clair que tout ne pourra pas être fait tout de suite.
La flexisécurité a un coût. Celui de l'élargissement de la couverture chômage aux démissionnaires et aux indépendants ; celui peut-être aussi de la fiscalisation du financement de la Sécurité Sociale. Car le basculement des cotisations maladie et chômage payées par les salariés sur la CSG n'est peut-être pas à somme nulle, dans la mesure où les revenus du patrimoine seront sanctuarisés par laflat tax de 30% sur les revenus du capital, ce qui devrait en partie neutraliser les effets de la hausse de la CSG sur toute une partie de son assiette.
Ce à quoi il faut ajouter d'autres dépenses : le renforcement des moyens pour la sécurité, la défense, l'éducation, qui alourdissent encore l'ardoise, pour près de 1,5 milliard. Et la promesse d'une relance de l'investissement, pour 5 milliards.
Faisons encore un petit tour du côté des annonces fiscales du candidat Macron :
Mis bout à bout, cela ferait plus de 30 milliards d'euros à financer pour 2018... une mission difficile, pour ne pas dire impossible.
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Olivier Passet, Xerfi