Migrants : faut-il leur apprendre la langue du pays d'accueil à marche forcée ?

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(Crédits : DR)
Comment intégrer les migrants? En leur apprenant la langue du pays d'accueil, par exemple. Mais cette fin ne justifie pas tous les moyens, comme le montre l'exemple d'initiatives suisses pour le moins contestables. par François Garçon, maître de conférences à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Le million de migrants qui débarquent actuellement en Europe suite aux famines, aux tyrannies et aux guerres d'Afrique et du Proche-Orient pose de gigantesques problèmes, comme l'ont notamment illustrées les violences faites aux femmes, en Allemagne, lors des fêtes de Nouvel an, et antérieurement en Suède. Les cinématographies égyptienne, marocaine ou iranienne, pour s'en tenir à cette source documentaire, montre l'ampleur du travail d'acculturation que devront faire ces populations masculines déracinées, forcées de s'adapter au monde dans lequel elles s'installent. Monde qui, comme l'a montrée les réactions des femmes allemandes, n'envisage pas de transiger avec l'égalité des sexes, la liberté d'opinion et d'expression, la tolérance religieuse.

Cameron veut en finir avec les ghettos

 L'intégration des migrants est donc un enjeu majeur sitôt qu'on souhaite autre chose que la guerre civile pour son pays.

  En matière d'accueil des étrangers, il existe le modèle anglo-saxon. L'intégration n'y est pas un objectif prioritaire. D'où la juxtaposition des ghettos où se concentrent, en fonction de leurs pays d'origine, les ethnies les plus bigarrées. Ce multiculturalisme, pittoresque dans les films de fiction, semble avoir cependant atteint ses limites avec l'apparition de zones qui sont parfois en sécession avec les gouvernements centraux. D'où la volonté récente d'en finir avec les cultures du renfermement. Constatant cette faillite, le gouvernement de David Cameron vient de conditionner les aides sociales aux femmes étrangères, installées pour certaines depuis de dix ans en Angleterre, à la maîtrise de rudiments d'anglais, aides sociales qui leur étaient données jusqu'à présent sans contrepartie.

La maîtrise de la langue du pays d'accueil ne semble donc désormais plus négociable. Ne pas la maîtriser vous condamne à un statut inférieur vous obligeant, par exemple, à recourir à un interprète pour toute formalité, depuis l'encaissement d'un chèque à un examen médical. Sachant que les enfants sont les plus plastiques en matière linguistique, c'est sur eux que doivent se concentrer les efforts.

"L'exemple" d'Egerkingen, en Suisse

            C'est dans ce contexte que surgit la commune d'Egerkingen, en Suisse[1]. Dans cette commune d'un peu moins de 4000 habitants du canton de Soleure, le conseil communal a voté un règlement scolaire imposant l'allemand (ou le suisse-allemand) comme seule langue autorisée à être parlée au jardin d'enfants et à l'école primaire. Considérant que certaines classes étaient composées à 70% d'enfants étrangers, et pour ne pas stigmatiser les enfants suisses pouvant se sentir exclus, l'allemand est donc devenue l'unique langue dont peuvent se servir les bambins. Et pour se faire mieux comprendre, les élus communaux ont instauré un système d'amendes. A la première infraction, les petits reçoivent un avertissement oral. S'ils récidivent, l'avertissement est écrit, destiné donc aux parents. Et si les bambins persistent, l'établissement les astreints à dix leçons d'allemand.

500 euros les dix leçons

Là où les Suisses montrent qu'ils ne rigolent pas, c'est que les dix leçons infligées aux récalcitrants, qui seront donc des leçons particulières, seront facturées 550 francs suisses (500€). L'objectif est d'éviter que se forment dans la cour de l'école des groupes de gamins ne parlant pas l'allemand, et finalement peu incités à l'apprendre. Les parents sont doublement attentifs à ce code de bonne conduite que lorsqu'ils doivent intercéder auprès d'une administration, le recours à l'interprète leur est systématiquement facturé selon la durée de la prestation. « La meilleure des pédagogies passe encore par le portefeuille » a déclaré la présidente de la commune, Johanna Bartholdi[2]. Et les parents qui, convoqués par l'autorité scolaire, négligent de se conformer à  l'appel, encourent une amende de 1000 francs suisses (900€).

L'intégration, un impératif de survie

 A situation d'urgence, mesures d'urgence. L'intégration est un impératif de survie, tant pour les migrants que pour la société qui les reçoit. Si le dividende des mesurettes soleuroises est un apprentissage accéléré de la langue du pays d'accueil, et donc une promesse d'intégration, qui réprouvera cet apprentissage linguistique au forceps ? Rien n'est pire que l'exclusion. Exclusion par lâcheté des adultes, en réalité moins soucieux de préserver la liberté d'apprentissage de l'enfant qu'aveugles face au problème de sa future marginalisation dans la société. Politique de l'autruche dont les enfants paieront l'addition tout au long d'une scolarité ratée pour la majorité d'entre eux et débouchant, une fois adulte, sur des parcours professionnels chaotiques et misérables.

            Avant de rejeter par dogmatisme borné les expériences faites ici et là pour accélérer l'intégration des étrangers, sachons nous montrer curieux et observer comment elles se déroulent. Puis en tirer profit.

[1] « Neuer Regeln : Wer kein Deutsch spricht, wird bestraft », Olter Tagblatt, 28 janvier 2016.

[2] La Tribune de Genève, 28 janvier 2016.

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Commentaires
a écrit le 02/02/2016 à 14:02 :
C'est une frénésie de leçons de choses qui parcourt l'Europe à l'heure des mouvements migratoires dus aux guerres ou à la misère David Cameron a annoncé par exemple que les musulmanes devraient se contraindre à apprendre l'anglais et s'attendre à être expulsées si elles ne respectaient pas cette requête pour s'intégrer. Une menace destinée, selon lui, à lutter contre la ségrégation sexuelle. "Cela aidera ces hommes, qui empêchent leurs partenaires de s’intégrer, à comprendre qu’il y a des conséquences", "Nous devons affronter la minorité d’hommes qui perpétuent ces comportements rétrogrades et qui exercent des contrôles préjudiciables sur leurs épouses, leurs soeurs et leurs filles" On serait est tenté d'approuver un tel déferlement de bonnes intentions : pouvoir s'exprimer, se faire comprendre et posséder les codes culturels d'un pays permet certainement de mieux s'y intégrer. La question est alors comment, pour qui et pourquoi… Soyons claire, il n'y a rien de choquant à affirmer que la misogynie islamique est un problème particulier et important. L'Islam est un système patriarcal. Les féministes musulmanes affirment que leur religion ne doit pas être pratiquée dans un sens oppressif pour les femmes Mais on rappellera à David Cameron qu'il a soudainement changé d'avis sur ce sujet, après avoir réduit drastiquement les financements de ces programmes, il trouve 20 millions de livres, pour selon ses chiffres, 190 000 femmes musulmanes. Ce qui revient à environ 100 livres par femme. Parler ne coûte rien, éduquer est certainement beaucoup plus cher. Et ne parlons même pas des Suisses qui en font profit, alors que l’intégration touche d’abord les plus précaires,,,
a écrit le 02/02/2016 à 10:14 :
Seul les plus motivés s'adaptent et sont reconnu de confiance! La langue intègre et communautarise!
a écrit le 01/02/2016 à 19:21 :
normal d'apprendre la langue du pays dans lequel on vit, indispensable même par contre 500 euros les dix leçons c'est à la limite du cynisme.

"La meilleure des pédagogies passe encore par le portefeuille"

N'importe quoi. La meilleure des pédagogie n'existe pas, elle s'adapte à l'individu concernée, les dogmes préétablis de ce genre sont peu rassurants quand à la capacité de pensée de la personne qui les prononcent.

Bref toujours ce besoin de culpabiliser l'étranger et non de le soutenir, faut pas s'étonner ensuite si ça ne fonctionne pas "malgré tout ce qu'on fait pour eux" diront les "braves gens", on n'en doute pas.
Réponse de le 01/02/2016 à 20:39 :
Encore un bobo....NON Monsieur les émigrés doivent, se doivent d'apprendre la langue du pays. Aucune intégration ne peut être réussie sans partager une langue commune, qui véhicule la culture permettant à leurs enfants de réussir. C'est vrai que frapper au portefeuille peut être perçu comme injuste, mais voyez où nous en sommes en France avec nos relation 'tout le monde il sestgentil'
Réponse de le 02/02/2016 à 9:10 :
"encore un bobo"

Sacré argument dites moi me voilà impressionné...

"NON Monsieur les émigrés doivent, se doivent d'apprendre la langue du pays"

c'est ce que je dis, merci de lire mon commentaire avant de vous précipiter à raconter n'importe quoi.
a écrit le 01/02/2016 à 18:14 :
Pour comprendre un peuple, il faut maîtriser sa langue, il me semble absolument impératif d'imposer l'usage de la langue du pays d'accueil. Selon les pays d'origine, il n'y a même pas besoin de l'imposer, les parents l'imposent d'eux-mêmes à leurs enfants. D'autre ne font pas cet effort et se permettent même de dénigrer le pays d'accueil.
a écrit le 01/02/2016 à 18:13 :
pour moi c'est un préalable à un droit d'installation , ne pas connaître la langue du pays dans lequel on est installé depuis des années s'assimile à un refus d'intégration ; ceci dit l'exemple suisse est pas mal !
a écrit le 01/02/2016 à 16:30 :
Non qu ils partes chez aux c est plus facile nous sommes plus tranquille ?
a écrit le 01/02/2016 à 16:12 :
Apprendre la langue pour les femmes est aussi un bon moyen d'émancipation vis à vis du male dominant. Sans parler de la culture et du respect des coutumes locales (ça c'est valable pour tout le monde).
Ils ont bien raison nos voisins suisses.
a écrit le 01/02/2016 à 16:10 :
" imposant l'allemand" oui
(ou le suisse-allemand)" aïe aïe, le Schwisch Dutch, ça ne sert que localement, parlé nulle part ailleurs, à éviter (et pas agréable à entendre, pire que le néerlandais :-) ).
Réponse de le 01/02/2016 à 19:12 :
J'ai eu l'occasion de travailler avec ce pays européen ( 4 langues parlées - français ,allemand ,italien et romand - et un système démocratique le plus vieux d'Europe ...).
Leur allemand est tout a fait compréhensible et on peut même goûter cette langue avec parfois l'accent suisse italien ( un pur délice ...).

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