Nouvel exportateur d'uranium, la Mongolie est-elle fiable ?
Samuel Furfari

Photo d'illustration
DR
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L'annonce récente d'Orano concernant l'exploitation d'une mine d'uranium en Mongolie s'inscrit dans une stratégie de diversification des sources d'approvisionnement, un principe fondamental énoncé dans le Livre vert de la Commission européenne il y a plus de deux décennies. Si cet accord participe pleinement de cet effort de diversification, de récents projets de modification de la loi mongole laissent planer le doute sur la fiabilité du pays comme source d'approvisionnement du précieux métal.
En octobre 2000, la Commission européenne publiait un livre vert intitulé « Vers une stratégie européenne de sécurité d'approvisionnement énergétique ». Ce document visionnaire soulignait déjà l'importance cruciale de la diversification pour garantir la sécurité énergétique de l'UE. La diversification des sources d'uranium est cruciale pour plusieurs raisons. Elle assure une stabilité géopolitique en réduisant les risques liés à l'instabilité politique d'un pays ou d'une région. Elle garantit la sécurité d'approvisionnement en cas de problèmes dans une mine ou chez un pays producteur. De plus, elle contribue à stabiliser les prix en évitant une dépendance excessive envers un seul fournisseur. Enfin, elle permet de s'adapter aux évolutions technologiques, différents types de réacteurs pouvant nécessiter diverses qualités d'uranium.
L'expérience récente de la France au Niger illustre parfaitement les risques liés à une dépendance excessive. A la suite du coup d'État militaire de juillet 2023, la position de la France au Niger s'est considérablement fragilisée. Un coup dur, alors qu'entre 2005 et 2020, le Niger a fourni 19 % de l'uranium naturel à la France, derrière le Kazakhstan (27 %) et l'Australie (20 %).
Dans ce contexte, l'accord signé en octobre 2023 entre Orano (anciennement Areva), le géant français de l'industrie nucléaire, et la Mongolie pour l'exploitation d'une mine d'uranium représente une avancée significative. Il prévoit l'exploitation du gisement de Zuuvch-Ovoo, situé dans le désert de Gobi, au sud de la Mongolie, ainsi que le traitement de l'uranium qu'il contient. Ce gisement est considéré comme l'un des plus importants au monde, avec des réserves estimées à plus de 150 000 tonnes d'uranium.
Et ce n'est peut-être qu'un début : la Mongolie possède des ressources uranifères substantielles, ce qui en fait un acteur potentiellement majeur sur le marché mondial de l'uranium. Selon les estimations de l'autorité des ressources minérales et pétrolières de Mongolie (MRPAM), le pays disposerait d'environ 170.000 tonnes d'uranium. Cependant, les données géologiques suggèrent que les ressources pourraient atteindre 1,32 million de tonnes d'uranium. En 2020, dix entreprises nationales et étrangères menaient des activités d'exploration intensive à travers le pays.
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Le développement de cette industrie s'inscrit dans le contexte plus large du développement économique du pays grâce à ses ressources minérales. La Mongolie cherche à diversifier son économie au-delà de sa dépendance actuelle à l'exportation de charbon vers la Chine, qui représente une part significative de son économie : le charbon à coke constituait 52,2 % des exportations totales du pays en 2023, et l'industrie extractive dans son ensemble contribuait à 28,2 % du PIB mongol la même année.
Comment, dès lors, interpréter les récents durcissements législatifs engagés par la Mongolie ? Oulan-Bator vient en effet de proposer un amendement à la loi sur les minéraux qui entrainerait, s'il était adopté, l'expropriation de l'essentiel des actifs miniers étrangers sur place - les entreprises étrangères ne pourraient détenir qu'un maximum de 34 % des actions des projets miniers. En parallèle, un amendement au projet de loi sur l'énergie nucléaire prévoit une forte augmentation des redevances perçues sur l'exploitation de l'uranium en Mongolie. Autant de taxes et restrictions qui suscitent l'inquiétude des investisseurs étrangers, et pourraient sérieusement entraver la volonté de diversification économique de la Mongolie.
Au-delà de l'accord avec la Mongolie, la diversification des sources d'approvisionnement en uranium doit rester une priorité stratégique pour la France et les autres pays dotés de l'énergie nucléaire. Cela implique l'exploration de nouveaux gisements, le renforcement des partenariats avec des pays producteurs fiables et stables, ainsi que le développement de technologies permettant une meilleure exploitation des ressources existantes.
Cette stratégie s'inscrit dans un contexte plus large de croissance économique mondiale. Face aux défis de la fourniture d'une énergie abondante et bon marché pour tous, l'énergie nucléaire est appelée à jouer un rôle croissant dans la production énergétique mondiale. Et cela d'autant plus que de nouveaux types de réacteurs sont en développement dans de nombreux pays, y compris au Danemark, pourtant souvent présenté comme un pays à l'avant-garde des énergies renouvelables.
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(*) Samuel Furfari, professeur en géopolitique de l'énergie, haut fonctionnaire de la Commission européenne en retraite, docteur en Sciences appliquées, ingénieur polytechnicien. Dernier livre « Énergie, mensonges d'état. La destruction organisée de la compétitivité de l'UE » | L'artilleur
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