OPINION. « Pourquoi la CSRD n'est pas un fardeau, mais un outil de résilience des entreprises ! » (Louis Raynaud de Lage Bartle)
Louis Raynaud de Lage

Photo d'illustration
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Dans son interview du 20 janvier, Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne, a, en quelques mots, semé le trouble sur l'avenir de la CSRD, directive européenne sur le rapport de durabilité, critiquée pour ses attendus déraisonnables.
En évoquant une « suppression du reporting », le commissaire européen a mis en balance l'enjeu de compétitivité des entreprises européenne et la lourdeur des exigences réglementaires, notamment en matière de durabilité.
La question que pose cette intervention, au-delà de la formule, est de savoir si les réglementations ESG nuisent effectivement à la performance économique des entreprises.
Cette idée portée par les lobbies anti-ESG outre-Atlantique est de plus en plus relayée par certains dirigeants européens et a notamment été développée par Mario Draghi dans son rapport sur la compétitivité des entreprises européennes.
Mais cette idée repose-t-elle sur des fondements tangibles ?
Pas du tout, nous dit la recherche académique. Loin d'être une contrainte, les réglementations ESG constituent une opportunité majeure pour améliorer la résilience des entreprises sur le long terme.
Depuis plus de vingt ans, les chercheurs se penchent sur les liens entre critères ESG et performance économique des entreprises. Une étude récente, publiée en 2023 dans le Journal of Sustainable Finance & Investment, a analysé 2 200 travaux sur le sujet. Résultat : dans près de 90% des cas, les critères ESG ne pénalisent pas la performance financière et, dans la plupart des situations, ils l'améliorent.
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Une autre recherche, conduite par des chercheurs d'Harvard Business School, montre que les entreprises adoptant une démarche ESG réduisent leurs risques financiers et améliorent leur accès au capital. En effet, les investisseurs institutionnels considèrent désormais la durabilité des modèles économiques comme un critère clé dans leurs choix d'investissement.
Plus encore, les réglementations ESG, comme la CSRD, ne sont pas un frein pour les entreprises, mais un moteur d'innovation. Dès 1991, Michael Porter soulignait que des règles environnementales strictes pouvaient stimuler l'efficacité et la recherche. Cette théorie se vérifie dans tous les secteurs reposant sur une utilisation intensive de l'énergie. Les réglementations environnementales ont conduit à des efforts de R&D colossaux permettant notamment une meilleure efficience énergétique des transports, des infrastructures ou des outils industriels.
Surtout, le Pacte Vert vise précisément à refonder l'économie européenne sur le principe de durabilité, en faisant de celle-ci la première économie décarbonée, et en réorientant les flux financiers vers la transition écologique et sociale. Cette dynamique, portée par la réglementation ESG européenne, favorise les secteurs et entreprises durables, au détriment des modèles moins vertueux. En France, l'essor des greentechs illustre cette mutation : elles représentent 33 % des levées de fond réalisées en 2023, soit le premier secteur d'investissement d'après Bpifrance.
Les critiques vis-à-vis de la CSRD soulèvent des enjeux réels, on ne doit pas le nier. Il faut notamment que le régulateur accompagne les PME en développant des exigences raisonnables et des aides appropriées. Mais cela ne doit pas faire oublier la finalité de la réglementation : préparer les entreprises à un monde à +3°C, confronté à l'effondrement du vivant, aux pénuries de ressources, à une désinformation et une conflictualité croissante.
C'est en réponse à ces enjeux que le Pacte Vert a été pensé. Il esquisse un début de réponse nécessaire, même s'il reste à inventer d'autres outils pour réorienter l'économie au service de l'humain et de la nature.
Croire que la CSRD est un levier plutôt qu'un fardeau relève d'un choix de raison : c'est aider les entreprises à se protéger d'elles-mêmes en les amenant à considérer les risques environnementaux et sociaux comme condition de leur pérennité.
C'est aussi un choix de civilisation. L'Europe se trouve à la croisée des chemins. Les États-Unis ont, semble-t-il, fait le leur. Nos dirigeants ont la possibilité, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale peut-être, de dessiner une voie différente pour les 25 ans à venir : celui d'une économie résiliente, capable d'absorber les chocs.
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(*) Louis Raynaud de Lage est diplômé de l'ESSEC avec une spécialisation en innovation sociale. Il a plus de 10 ans d'expérience professionnelle dans l'accompagnement des organisations sur leurs enjeux de durabilité, en cabinet de conseil et en laboratoire de recherche. Il possède une expertise particulière sur les sujets d'évaluation d'impact social et environnemental. Il est actuellement Senior manager chez Bartle où il contribue au développement de l'offre RSE du cabinet.
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