OPINION. « Un cycle d'assouplissement monétaire généralisé et... "l'anachronisme" nippon »
Xavier Chapard

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D'importants facteurs d'incertitude jalonnent l'environnement macroéconomique, marqué par des perspectives de croissance modérée et contrastée. Les sources d'instabilité ne manquent pas, qu'il s'agisse des mesures protectionnistes et isolationnistes des États-Unis - dont la marque de fabrique Trumpiste est à la fois le rapport de force permanent et l'imprévisibilité des décisions politiques -, des conflits en Ukraine et au Proche-Orient ou des fragilités politiques en Europe.
Si une amélioration des indicateurs conjoncturels a été observée récemment parmi les pays développés, la croissance est toujours aussi disparate. Non seulement géographiquement, puisqu'en relatif les États-Unis continuent de participer significativement à la croissance mondiale quand la Chine et la zone euro ont subi un ralentissement marqué de l'activité ; mais aussi sur le plan sectoriel, les services ayant soutenu la croissance en 2024 quand l'industrie a pesé sur celle-ci, à l'échelle de l'ensemble des régions économiques.
Ce contexte et la normalisation graduelle des pressions inflationnistes incitent les banques centrales des pays développés à entretenir un cycle désormais généralisé d'assouplissement monétaire, qui se caractérise par des trajectoires baissières des taux directeurs. Ainsi, comme l'ont fait la BCE, la banque d'Angleterre (BoE) ou la Fed bien avant elle, la banque centrale d'Australie vient de commencer à abaisser ses taux d'intérêt (-25 points de base, à 4,1%). Et le consensus de marché anticipe de nouvelles baisses de la part de quasiment toutes les grandes banques centrales d'ici la fin d'année, en soutien à l'économie.
Une orientation convergente donc, même si le rythme est différencié. Outre la pause actuelle de la Fed, la BoE devraient se démarquer par des baisses plus modérées que la BCE. La position plus graduelle de la Fed s'explique par un taux d'inflation cœur encore bien au-dessus de la cible et des indicateurs conjoncturels, en particulier sur l'emploi, assez dynamiques. De façon comparable, la BoE envisage une réduction « progressive et prudente » de ses taux, compte tenu de la résilience plutôt inattendue du PIB au T4 2024 (+0,1%) (1), de la tenue du marché de l'emploi, couplée à des pressions salariales à la hausse encore trop fortes dans le secteur privé. Ces évolutions ont apaisé l'urgence d'assouplir rapidement les conditions monétaires, au Royaume-Uni.
L'unisson des banques centrales comporte toutefois une exception, le cas japonais. Forme d'anachronisme, la BoJ est la seule banque centrale du G10 actuellement engagée dans un resserrement de la politique monétaire, avec un relèvement des taux à l'œuvre depuis un an et qui devrait se poursuivre encore en 2025. La hausse des prix - une tendance inédite depuis des décennies - paraît soutenable et permet au PIB nippon de dépasser, en valeur, la cible de 600 000 milliards de yens, fixée par l'ancien premier ministre Shinzo Abe en 2015 pour 2020.
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Ce resserrement monétaire ne remet pas en cause le rebond économique, qui s'est accentué aux T3 et T4 2024 avec une croissance à respectivement 1,7 et 2,8% en rythme annualisé (1). La progression est soutenue conjointement par la normalisation du commerce extérieur, la résilience de la consommation domestique, dynamisée par l'abaissement de taxes, et la reprise de l'investissement des entreprises.
Le cavalier seul de la BoJ semble bien traduire l'expression d'un « petit miracle » quand on mesure à quel point l'économie nippone a été frappée d'atonie au cours des quatre dernières décennies, entre spirale déflationniste et déficit de productivité structurels. Oui, le Japon est en passe de s'offrir de nouvelles perspectives, plus prospères.
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(1) Sources : LBP AM, Bloomberg.
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(*) Xavier Chapard compte plus de 15 ans d'expérience dans le secteur des marchés financiers, essentiellement en tant que macroéconomiste et stratégiste. Il a débuté sa carrière à la Société Générale au sein de l'Inspection Générale, en 2008. En 2010, il rejoint « Les Cahiers Verts de l'Economie » - société de recherche indépendante basée à Paris - en qualité d'économiste-stratégiste, avant d'être nommé macro-stratégiste du Crédit Agricole CIB en 2015. Xavier Chapard est stratégiste chez LBP AM depuis 2022.
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