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Pourquoi il faut consolider les relations économiques entre la France et l'Azerbaïdjan

Rahman Mustafayev

Publié le 10 janvier 2022 à 11:02 - Mis à jour le 10 janvier 2022 à 12:37

Rahman Mustafayev

Rahman Mustafayev, ambassadeur de la République d'Azerbaïdjan en France.

DR

Le Quotidien Numérique

04 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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OPINION. Il est temps pour la France et l'Azerbaïdjan de renouer des relations constructives en matière économique, commerciale, politique et diplomatique. C'est l'intérêt réciproque des deux pays dans de nombreux domaines. Par Rahman Mustafayev, ambassadeur de la République d'Azerbaïdjan en France.

Les relations commerciales, économiques et politiques entre l'Azerbaïdjan et la France traversent des moments difficiles. Les échanges mutuels ont tendance à baisser : de 790 millions de dollars en 2019 à 560 millions de dollars en 2020 et 200 millions en 2021 (10 mois). Selon les derniers résultats, la France est passée de la 9ᵉ place en 2020 à la 22ᵉ place en 2021 dans la liste des principaux partenaires commerciaux de l'Azerbaïdjan. Cette tendance négative ne s'explique que partiellement par la crise sanitaire mondiale et le ralentissement connexe de la croissance économique et du commerce mondial.

Les grands chiffres du commerce bilatéral de la période 2004-2016 étaient principalement associés au fait qu'au cours de cette période en Azerbaïdjan, 42 grands projets avaient été mis en œuvre avec la participation d'entreprises françaises, projets qui avaient été financés par le budget de l'État azerbaïdjanais pour un montant de 2,3 milliards. Depuis 2017, les entreprises françaises et les ministères concernés ont continué à démarcher de gros contrats par inertie, sans tenir compte du fait que le processus d'achat d'équipements lourds et de machines à la France par l'Azerbaïdjan ne pouvait se poursuivre indéfiniment et qu'il était de nature cyclique. Dans cette situation, il fallait rechercher de nouveaux secteurs, domaines et formes de coopération, impliquer plus activement les petites et moyennes entreprises. Malheureusement, ni les entreprises françaises, ni azerbaïdjanaises des secteurs du privé et du public ne s'y étaient ajustées dans la même mesure.

Des investissements concentrés sur le pétrole et le gaz

Dans ce contexte, les statistiques sur les investissements mutuels semblent bien meilleures. Pour la période 1995-2021, ils s'élevaient à 5,5 milliards de dollars. Cependant, le point faible de ces investissements est le fait qu'ils sont tous associés principalement au secteur pétrolier. Les investissements français « s'installent » essentiellement (3,5 sur 3,7 milliards de dollars) au fond de la mer Caspienne, ce qui est extrêmement important pour le développement des capacités d'exportation de pétrole et de gaz de l'Azerbaïdjan, mais contribue peu à diversifier l'économie azerbaïdjanaise et à développer de nouvelles industries. Quant aux investissements azerbaïdjanais, ils ne dépassent pas non plus un secteur financier étroit et sont fondamentalement liés à l'achat de titres français par le Fonds pétrolier d'État d'Azerbaïdjan (1,6 sur 1,8 milliard de dollars d'investissements azerbaïdjanais).

Toutefois, la principale raison du ralentissement de la coopération économique est liée à la détérioration du climat politique dans les relations bilatérales. Loin, pour le moins, de l'objectivité, la position française lors de la guerre arméno-azerbaïdjanaise à l'automne 2020, les déclarations et actions incendiaires de certaines personnalités politiques françaises dans la période post-conflit de 2021, leur mépris pour la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan ont rendu difficiles le dialogue et la coopération entre nos pays, ont réduit en cendres nombre des réalisations des années précédentes dans le domaine de la politique et de l'économie, de la culture et de l'éducation. Pour que la confiance et la coopération retrouvent ses anciens niveaux, il faut du temps, de la bonne volonté, de l'approche responsable de l'avenir de nos relations bilatérales et, surtout, des efforts concrets de part et d'autre.

Les nouvelles réalités de la situation post-conflit

L'Azerbaïdjan comprend parfaitement l'importance de la France dans la politique mondiale et européenne, son immense importance dans le rôle de centre économique, technologique et novateur de l'Europe. Mais nous attendons de la France qu'elle fasse également preuve de compréhension des nouvelles réalités de la situation post-conflit qui se sont formées dans la région du Caucase du Sud et qu'elle reconnaisse le fait que nos « lignes rouges » ne sont pas différentes de celles de la France. Le territoire de notre IIIᵉ République, à l'instar de celui de la Ve république Française, est uni et indivisible, et tous ses citoyens, quelle que soit leur ethnie et leur religion, sont égaux devant la loi.

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La guerre de 44 jours relève de l'Histoire, le conflit est résolu. Aujourd'hui, nos priorités dans la période post-conflit sont la reconstruction et le développement de la région azerbaïdjanaise du Karabakh, la paix et la sécurité dans notre région.

Il s'agit, tout d'abord, du déminage des territoires libérés, de la reconstruction des villages et de villes détruites pendant l'occupation, de la restauration des forêts incendiées, des sols contaminés, des rivières et des lacs pollués, de la restauration du patrimoine culturel et religieux.

Parallèlement, nous prévoyons la mise en œuvre de nouveaux grands projets d'infrastructure et de transport dans la région du Caucase du Sud, qui sont conçus pour connecter les économies des pays de la région (Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie) entre eux, et par ailleurs avec les pays voisins (Russie, Turquie, Iran) et les marchés mondiaux (Europe, Asie et Moyen-Orient).

Favoriser la réconciliation des voisins arméniens et azerbaïdjanais

Une priorité tout aussi déterminante dans la période post-conflit est également la réconciliation historique des voisins arméniens et azerbaïdjanais, l'intégration des Arméniens du Karabakh dans l'espace juridique, économique et culturel de l'Azerbaïdjan, et la préparation du traité de paix entre l'Arménie et notre pays.

Dans tous ces processus, la France peut et doit jouer un rôle majeur. À son avantage économique, puisque 70 grandes entreprises françaises, qui sont installées dans le marché azerbaïdjanais, pourraient devenir les locomotives de ces processus. Au profit de la crédibilité de grande puissance, car elle repose non seulement sur la taille du territoire et le nombre des missiles nucléaires, mais encore sur la capacité de mener une politique responsable et impartiale en respectant les principes fondamentaux du droit international, y compris le respect de la souveraineté, de l'intégrité territoriale et de l'inviolabilité des frontières des autres États. Et, bien évidemment, au bénéfice de la relance et du progrès des relations azerbaïdjano-françaises, qui, cette année, fêteront leur 30ᵉ anniversaire.

La thèse, que nous rappelons souvent en France, et qui ne perd pas de sa pertinence, porte sur le fait, que la responsabilité du développement des relations bilatérales incombe à parts égales aux deux parties, l'Azerbaïdjan et la France. L'Azerbaïdjan est conscient de ses responsabilités et est prêt à faire une partie du chemin. Nous invitons la France à en faire autant.

Rahman Mustafayev

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