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Quel futur pour Air France après le Covid-19?

Gilles Bordes-Pagès (*)

Publié le 05 mai 2020 à 17:11 - Mis à jour le 06 mai 2020 à 08:04

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OPINION. Après l'annonce de Bruno Le Maire d'interdire les vols intérieurs dès lors qu'une alternative ferroviaire existe en moins de 2h30 (hors vols vers hubs), (*) Gilles Bordes-Pagès, ancien directeur du développement d'Air France (1996-2009 et ancien directeur des relations stratégiques d'Air France (2009-2014) réagit à cette annonce.

Michel Houellebecq a semble-t-il déclaré que l'après covid ne changerait rien : ce serait pareil qu'avant mais en pire...Cette prédiction risque de se vérifier très vite quand on observe les mesures prises pour « aider » Air France. A savoir une garantie à 90 % par l'état des prêts que contracterait Air France pour un montant maximal de 4 milliards d'euros et pour une durée de 12 mois (avec possibilité de deux extensions d'un an) ainsi que l'octroi d'un prêt de l'état actionnaire de 3 milliards d'euros pour une durée de quatre ans (avec là aussi deux possibilités d'extension d'un an). En échange de cette autorisation donnée à Air France d'emprunter pour partie sur le marché et pour l'autre partie auprès de son actionnaire, Air France devrait, selon le ministre des finances, renoncer à transporter en France des passagers là où le train le permet en moins de 2h30.

Le risque d'un coup de grâce

Cette exigence qui conditionne l'autorisation de s'endetter pour Air France risque de se transformer en coup de grâce si elle ne s'accompagne pas d'autres mesures de régulation s'adressant à l'ensemble du secteur. Si l'on voulait que l'après covid soit mieux que l'avant, il ne faudrait pas demander à Air France d'arrêter son activité domestique sans l'interdire aussi aux autres compagnies. L'écologie n'y gagnerait rien, mais Air France serait affaiblie au seul profit des compagnies européennes qui ont le libre droit de s'installer sur n'importe quelle ligne européenne, donc sur n'importe quelle ligne domestique.

Remplacer l'avion par le train pour les pré acheminements est illusoire

Si l'on voulait que l'après covid soit mieux que l'avant, il ne suffirait pas de façon utopique de croire que le train pourrait remplacer l'avion. lmaginer que l'intermodal (rail-air) permettrait de se substituer au pré acheminement aérien est illusoire car, durant les trente dernières années, tout a été fait par la SNCF pour rendre l'intermodal ni pratique, ni compétitif. Orly n'est desservi que par la gare de Massy sans autre connexion que le taxi ou le bus, et la très mauvaise desserte ferroviaire de Roissy (faibles fréquences, horaires inadaptés et nombre de quais insuffisant) ainsi que la lenteur du contournement de Paris disqualifient le pré acheminement vers Roissy par le TGV tant il s'avère inefficace, long et mal commode pour ceux qui voyagent avec des bagages.

Il reste que les flux de trafic domestique de point à point contribuent à l'équilibre économique de l'ensemble. Y renoncer sur CDG modifiera fortement le modèle actuel ce qui ne sera pas sans conséquences. Quant à Orly dont l'essentiel des flux est du point à point, l'intention du gouvernement serait-elle de ne pas rouvrir cette plate-forme ?

Si l'on voulait que l'après covid soit mieux que l'avant, on prendrait la mesure de ce qui est utile versus futile.

"Comment peut-on promouvoir des tarifs à 1 euro?"

Qui ne se souvient pas de ces publicités pour les compagnies low cost dans les couloirs du métro où l'on mettait en balance un vol vers n'importe quelle destination soleil en Europe avec une place de cinéma ? A qui peut-on faire croire qu'un business model qui propose des vols moins chers qu'un masque FFP2 est un modèle sain ?

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Comment imaginer qu'on puisse continuer à promouvoir des tarifs irréalistes à 1 euro (oui 1 euro !) de ces compagnies qui font payer le billet non par le passager mais par l'argent public des subventions qui leur sont offertes tandis qu'on exigera d'Air France de rembourser ses prêts en lui ayant rogné les ailes... mais pas les charges ? Comment ne pas creuser des fossés et des fractures sociales quand dans certains pays les taxes pèsent 12 % versus plus de 50 % pour d'autres pays au sein d'une même Europe ?

Comment continuer à subventionner les ouvertures de lignes via les départements ou les régions par des compagnies qui ne cotisent même pas en France et qui ont bâti l'essentiel de leur réussite sur le contournement des lois sociales élémentaires ? Avec plus de 100 aéroports susceptibles d'accueillir les compagnies low cost, ces dernières font monter les enchères entre les aéroports et c'est celui qui donnera le plus de subventions qui obtiendra l'ouverture de ligne dont les élus se féliciteront.

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Je ne peux me résigner à croire qu'un état responsable n'envisage pas un après covid différent et propose un prêt assorti de conditions sans envisager une régulation sérieuse et équitable du secteur. Faute de cette régulation, l'après covid sera pire que l'avant et Air France continuera la course avec des semelles de plomb.

Gilles Bordes-Pagès (*)

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