Revirement : pourquoi l'Allemagne va enfin soutenir la demande en Europe

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, pourquoi l'Allemagne va enfin soutenir la demande en Europe

Cette fois c'est différent... on connaît le fort risque d'erreur qui entache ce type de prophétie. Et c'est pourtant celle à laquelle je vais me risquer concernant la posture allemande en Europe. La question est la suivante : dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale, l'Allemagne restera-t-elle campée sur son option rigoriste et non coopérative.

Ma réponse est non. L'Allemagne a intérêt à appuyer une relance de la demande européenne et ça change tout.

Pourquoi ce changement de cap

D'abord, parce que la ligne dure adoptée par l'Allemagne à partir de 2010, avec son paradoxisme grec de l'été, n'est pas seulement le fruit d'une théologie ordo-libérale pure et dure. Elle correspondait d'abord aux intérêts du pays.

Si l'Allemagne a marqué sa préférence pour la convergence des coûts unitaires en Europe, et pour une réduction rapide des déséquilibres financiers, quitte à sacrifier la demande intérieure intra-zone, c'est qu'elle y trouvait son compte.

Elle savait qu'elle protégeait de la sorte

- 1/ les intérêts de ses épargnants à court terme ;

- 2/ que son économie de bazar internaliserait la chute des prix et des coûts intra-zone pour renforcer sa compétitivité extra-zone ;

- 3/ que le déphasage des émergents pourrait compenser le ralentissement des marchés européens.

Des options radicales que facilitaient aussi  son moindre besoin de consolidation budgétaire.

Une logique qui a rencontré ses limites

Le risque aigu de spirale déflationniste qui s'est profilé en zone euro a déjà été à l'origine d'une inflexion majeure de la politique européenne l'an dernier : celle du QE et de la dévaluation de l'euro.

Même si ce fut en apparence à leur corps défendant, les autorités allemandes savaient bien que la déflation constituait une énorme menace pour les épargnants et que cette baisse faciliterait de surcroît un redéploiement des exportations du pays vers le marché américain au moment même où le ralentissement des émergents commençait à se préciser.

Et il existe maintenant de fortes raisons de penser que les autorités allemandes ne peuvent plus se désintéresser de la demande intérieure européenne.

Le ralentissement des émergents d'abord, aggravé par la chute de l'euro, qui a révélé les failles structurelles importantes des BRICs. Cette crise sera durable et l'Allemagne ne peut plus vivre sur l'idée qu'elle peut refaire ailleurs et se passer du marché européen.

Une invulnérabilité allemande perdue

L'affaire Volkswagen ensuite qui fragilise premièrement le redéploiement de l'industrie allemande vers les Etats-Unis ; qui lui interdit deuxièmement de prendre le risque de casser la reprise automobile en Europe.

Au-delà même, de l'affaire Volkswagen, il y a encore la prise de conscience par le pays que son industrie n'est pas invincible et que les filières qui font aujourd'hui la puissance de ses territoires reposent sur des modèles d'affaires qui peuvent être bouleversés dans les années qui viennent. La prise de conscience aussi que la course à la taille comporte des risques importants.

Enfin, l'Allemagne ne peut plus ignorer l'intensité des risques politiques qui menacent les démocraties européennes, sur fond de crise migratoire 
Pour la première fois depuis 2008, les intérêts européens pourraient converger. La reprise de la demande intérieure européenne repose aujourd'hui, on le sait, sur le moteur transitoire de la baisse des prix importés.

La question des relais de croissance va se poser inévitablement. Et en Allemagne, comme aux Etats-Unis, on sait que le seul relai qui existe est celui des salaires. Le seul qui pourra enclencher, enfin, un puissant cycle de demande et d'investissement susceptible de ranimer la croissance potentielle.

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Commentaires
a écrit le 03/11/2015 à 16:47 :
Ils sont bien sympas à LaTribune et à Xerfi, mais depuis quand la rationalité macro-économique est-elle à la gouverne dans la zone euro ? Les nations se sont dépassées, mais le XXe siècle et ses concurrences inter-étatiques, elles, ne sont pas encore terminées.
Réponse de le 06/11/2015 à 8:19 :
Les nations ne sont pas dépassées, comme vous dites, au contraire, on assiste à une explosion des nationalismes en Europe, car les Européens ont peur de la crise et du chomage...La crise économique de 2008 est passée par là.
a écrit le 03/11/2015 à 14:31 :
Ah ben ça, entre la baisse continue de la croissance de son principal partenaire, la Chine et les centaines de milliers de migrants qui sont en train de se ruer sur elle, c'est sûr que l'Allemagne va devoir réagir vite, très vite ...
Réponse de le 03/11/2015 à 16:54 :
Ce qui est tout de même difficile à accepter, c'est que ce sont nos appareils étatiques en concurrence qui sont à l'origine du creusement de la demande en Europe ; que la Chine approvisionnait ... et que l'Allemagne équipait.

L'Europe reste bien le premier hub commercial du monde et ce sont bien les derniers reliquats du XXe siècle (les multiples états entrées par réflexe dans une concurrence étrange) qui ont empêché le lancement du XXIe dès 2009 à travers une politique de croissance vertueuse pour l'Europe et ses partenaires commerciaux.
a écrit le 03/11/2015 à 10:42 :
EXAT?

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