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Sauver la planète : il n'y a pas de « plan B »

Nicolas Hazard, Inco

Publié le 06 avril 2018 à 04:15 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:07

Nicolas Hazard

Nicolas Hazard

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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L'humanité va à sa perte en épuisant ses ressources naturelles. Il est urgent de transformer notre modèle de production et de consommation et d'orienter la recherche vers la durabilité. Par Nicolas Hazard, président et fondateur d'INCO.

D'ici à 2050, 10 milliards d'individus peupleront notre planète. Chaque seconde, nous accueillons 2,7 habitants supplémentaires. Or, comme chacun le sait - mais semble souvent l'oublier -, nos ressources naturelles sont loin d'être inépuisables. Nous vivons désormais à crédit. Chaque année, le jour du « dépassement de la Terre » a lieu de plus en plus tôt. C'est le jour de l'année où l'humanité a consommé la totalité des ressources que la Terre peut renouveler en un an, du fait de la surpêche, de la déforestation ou des gaz à effet de serre. Si tous les habitants du monde vivaient comme le font les Américains, il nous faudrait plus de cinq planètes pour maintenir ce train de vie ("seulement" trois si l'on prend en compte celui des Français).

Notre système capitaliste, reposant sur un modèle de croissance perpétuelle, a besoin pour perdurer de consommer toujours plus de matières premières et d'énergie. Pas seulement pour que nous, Occidentaux, puissions maintenir notre train de vie, mais surtout pour que notre pacte social puisse opérer. En effet, les inégalités grandissantes ne sont acceptées qu'à partir du moment où le niveau de vie des personnes les plus pauvres augmente, malgré tout. Et pour cela, il faut de la croissance... Or notre planète est dans une telle situation de fragilité que l'on ne saurait, dans l'état actuel des choses, garantir cette croissance sur le long terme. En perspective, on pourrait donc même redouter la fin de l'humanité.

Apres tout, de grandes civilisations comme les Huns, les Mayas ou les Romains ont déjà toutes succombé du fait d'une pression sur les ressources naturelles trop importante, combinée à la création de fortes inégalités en leur sein.

Des défis colossaux

Notre démographie galopante nous oblige à accélérer la cadence, comme Charlot dans Les Temps modernes. Aujourd'hui, ce sont déjà les plus fragiles qui en pâtissent : il n'y a qu'à voir les 250 millions de réfugiés climatiques que prévoit l'ONU d'ici 2050, et les centaines de millions d'individus qui basculent déjà dans la pauvreté du fait des phénomènes météorologiques extrêmes et de la flambée des prix alimentaires...

Il existe sans doute mille raisons qui peuvent expliquer pourquoi nous sommes si inconscients et inconsistants face à ces énormes défis. Il est pourtant flagrant de constater, particulièrement outre-Atlantique, à quel point sont nombreux ceux qui croient en un Christ Sauveur, qui viendra nous secourir de l'apocalypse annoncée. À notre époque, ce Christ, cette croyance, s'appelle la technologie. On se raccroche aujourd'hui à elle, à sa puissance créatrice, elle qui nous accompagne tous les jours et qui a profondément transformé nos vies. Pourtant, il n'y a aucune certitude qu'elle réussisse à nous sauver, mais on aime à croire en une main invisible, qui saura efficacement orienter le progrès technique vers notre salut.

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Certes, les avancées en matière de nouvelles technologies sont exponentielles, la troisième révolution industrielle ouvre une perspective sans précédent pour l'évolution de notre civilisation. Le développement des NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l'information et sciences cognitives) trouve des applications dans tous les secteurs d'activités économiques. Elles transforment en profondeur l'ensemble de la société.

Les deux seules issues : la connaissance et l'économie circulaire

Reste pourtant à savoir vers quel objectif, et à quelles fins. Un monde inclusif et durable, où chacun des 10 milliards d'individus auraient les moyens de vivre dignement? Ou au contraire, une société à deux vitesses, constituée d'une caste privilégiée qui détiendrait l'ensemble du savoir et des outils technologiques, au détriment d'une masse dépendante et ignorante ? Si, demain, la Terre venait à ne plus pouvoir nous offrir à tous un destin collectif, est-ce sur Mars que nous devrions migrer ? Or, si se créait demain une arche de Noé des temps modernes, elle ne pourrait bien évidemment pas accueillir tout le monde. Il est d'ailleurs fort probable que seuls les plus riches ou les plus savants pourraient y accéder... Mais attention, pour le moment, il n'y a pas de « plan B ». Il est de notre devoir de sérieusement nous atteler à trouver des solutions pour la survie de notre planète et de ses habitants.

Deux voies semblent aujourd'hui rigoureusement nécessaires à emprunter, afin d'entrevoir une issue heureuse à ce colossal défi.

La première est incontestablement une transformation drastique de nos modèles de production et de consommation. Ces dernières années, le concept d'économie circulaire a (re)émergé, en somme une évidence absolue sur une planète de 7 milliards d'individus. Il s'agit de réutiliser les matières premières pour en faire des ressources, utiliser nos déchets pour notre production industrielle. Force est de constater que les modèles d'économie circulaire se développent de plus en plus dans les grandes entreprises, notamment du fait de l'augmentation du coût des matières premières. Mais le chemin est encore long, car en dehors de l'incitation en matière de prix, il est indispensable de développer des stratégies au niveau mondial pour généraliser une telle révolution de nos processus de production. Plus globalement, l'économie circulaire fait partie d'un mouvement appelé entrepreneuriat social. L'idée est qu'une entreprise n'a pas pour seul objectif la rentabilité financière, mais cherche, à travers son activité, à répondre aux grandes problématiques sociales et/ou environnementales auxquelles nous sommes confrontés. Il paraît en effet urgent de prendre en considération l'ensemble des externalités négatives issues de la production de biens. Il nous faut créer de nouveaux modèles qui permettent de produire de manière vertueuse, sans pour autant exclure les plus fragiles.

La deuxième voie qui semble indispensable est celle de l'éducation et de la recherche. Si nos ressources naturelles sont bel et bien finies, il est une ressource qui ne l'est pas : celle de la connaissance. Tout ce que notre intelligence peut créer de savoir et d'innovation. Or il ne fait nul doute que celle-ci doit être aujourd'hui quasi exclusivement orientée vers les enjeux de durabilité et d'inclusion qui nous attendent. La recherche et l'investissement doivent davantage être encouragés lorsqu'ils vont vers ceux qui ont à coeur de répondre à ces défis. Parallèlement, l'éducation, notamment des jeunes générations, reste bien évidemment la mère des réformes ! Car ce ne sont pas les technologies qui changeront le monde, mais bien les humains qui auront compris l'impérieuse nécessité de les utiliser à cette fin.

Nicolas Hazard, Inco

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