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Smart city : la ville de demain devra être durable et désirable

Nicolas Cambolin (*)

Publié le 26 novembre 2020 à 08:23 - Mis à jour le 27 novembre 2020 à 08:55

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OPINION. Pour réduire leur empreinte carbone, les villes intelligentes font un large appel au numérique, de l'internet des objets à l'intelligence artificielle. Pour autant, le concept de smart city ne doit pas être envisagé sous le seul angle technologique. Par Nicolas Cambolin, global director data consulting & technology services chez Talan.

La crise sanitaire actuelle renvoie les villes à leur attractivité. Avec la généralisation du télétravail, leurs habitants ont pu éprouver la possibilité de travailler depuis n'importe où et donc de fuir les zones à forte densité urbaine. Cette hémorragie avait commencé avant la pandémie. Selon une récente étude de l'Insee, un nombre croissant de ménages français s'installe en périphérie des grandes villes. Paris intra-muros n'échappe pas à la règle, la capitale se vide progressivement de ses habitants au profit de sa banlieue.

Alors que l'exode des campagnes vers les villes a sévi durant tout le XXème siècle, le dérèglement climatique devrait conduire à un mouvement inverse à l'échelle mondiale. Selon l'ONU Habitat, 143 millions d'individus, principalement originaires d'Afrique, d'Asie du Sud et d'Amérique latine, pourraient être forcés à se déplacer. Autre chiffre qui pose le débat : les grandes villes seraient responsables de 70 % des émissions de CO2 à l'échelle mondiale (source National Geographic).

L'accumulation de crises, sanitaire, économique ou climatique, doit conduire les métropoles à se poser des questions quant à leur durabilité mais aussi leur désirabilité. Comment peuvent-elles continuer à être attractives en offrant de meilleures conditions de vie ? L'urgence passe inévitablement par une réduction de leur empreinte carbone. De grandes villes ont déjà défini des objectifs clairs. Copenhague entend devenir la première ville neutre en carbone à horizon 2025. Oslo veut, elle, réduire de 95 % ses émissions de CO2 d'ici 2030.

Le numérique au service de la décarbonation

Dans ce domaine comme dans d'autres, le numérique contribue à la décarbonation d'un territoire. Grâce à l'internet des objets (IoT), la smart city remonte un grand nombre de données, qu'elles proviennent des infrastructures connectées (mobilier urbain, éclairage public, déchets, bâtiments...), des régies de transports ou des distributeurs de réseaux (eau, électricité, gaz, télécoms). Une fois agrégées, leur analyse permet une gestion plus efficiente des ressources énergétiques.

Ces solutions sont complémentaires de solutions d'extraction du CO2 qui vont se déployer dans les grandes villes comme celle, par exemple, de Climeworks, startup suisse, qui, au travers d'un filtre, bloque les molécules de CO2 de l'air ambiant pour relâcher de l'air pur.

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Une stratégie de Mobility as a Service (MaaS) permet, elle, de proposer des alternatives à la voiture individuelle en privilégiant les transports publics et les nouvelles formes de mobilité, partagée ou douce. L'avènement des navettes puis des voitures autonomes répondra aussi aux problématiques de congestion urbaine.

Cet écosystème peut aussi s'étendre au-delà des limites géographiques comme dans le canton de Genève, frontalier de la France avec le lancement du Léman Express, plus grand réseau RER transfrontalier d'Europe inauguré en décembre 2019. Il permet une solution concrète de remplacement de la voiture dans un bassin de près d'un million d'habitants avec des flux quotidiens transfrontaliers significatifs.

L'intelligence artificielle (IA) sera utilisée pour recenser, à partir d'images capturées par des satellites et les drones, les toitures plates pouvant accueillir des panneaux photovoltaïques ou des fermes urbaines qui piégeront le CO2. Sous branche de l'IA, la computer vision mesure la surface des toitures éligibles et leur ensoleillement.

La plupart de ces services innovants naissent de la combinaison des données, publiques et privées, et la collectivité locale doit créer l'environnement de confiance à même de favoriser ce partage. Même si elle délègue une partie du traitement de ces données à un opérateur privé, la collectivité en reste responsable. Elle doit garantir aux citoyens, la sécurité et la confidentialité de leurs données personnelles.

Mobiliser l'intelligence collective

Pour autant, le concept de smart city ne doit pas être envisagé sous le seul angle technologique. La technologie n'est qu'un moyen pour servir des finalités. Un territoire intelligent gère un grand nombre de domaines - mobilité, énergie, santé, éducation, sécurité, économie... - dont les enjeux ne sont pas seulement techniques.

Par ailleurs, la réduction de l'empreinte carbone n'est pas la seule affaire des décideurs locaux et des opérateurs publics. Une ville socialement inclusive doit embarquer ses citoyens dans cet idéal. Des objectifs peuvent, par exemple, être fixés au niveau d'un immeuble collectif, d'une résidence ou d'un quartier. Dans une zone donnée, le volume moyen de déchets non recyclables est de X kilos par personne, comment le réduire de 25 % ?

Il s'agit plus largement de mobiliser l'intelligence collective en associant toutes les parties prenantes des distributeurs d'énergie aux opérateurs de mobilité (VTC, covoiturage, autopartage, vélos en libre-service) en passant par les gestionnaires d'infrastructures (bâtiments, parkings).

L'élaboration d'un programme de smart city ne peut, bien sûr, tenir du copier-coller interchangeable. Rio de Janeiro, Genève ou Luxembourg n'ont pas les mêmes contraintes et enjeux. Certaines métropoles privilégieront la lutte contre la pollution, d'autres la biodiversité, l'isolation thermique des bâtiments ou la gestion des déchets.

Dans sa stratégie de résilience, la ville de Paris prévoit de transformer les cours d'écoles en ilots de fraicheur et de cartographier ses sous-sols (mapping 3D) afin notamment de récupérer la chaleur des égouts en hiver. L'effort est planétaire. Paris fait partie, avec Quito ou Rotterdam, d'un réseau d'une centaine de villes résilientes à travers le monde.

Et à l'heure où près de 70% de la population mondiale sera dans les villes en 2050, l'enjeu de la smart city devient planétaire. Énergie, transports, santé, sécurité deviennent donc une préoccupation immédiate pour préparer le vivre-ensemble de demain et assurer les emplois d'aujourd'hui.

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Avec la crise sanitaire liée à la COVID-19 et au changement climatique, les villes sont particulièrement touchées et une partie de leur population les fuient pour un temps. Elles doivent accélérer leur digitalisation pour mieux s'adapter à un environnement de plus en plus incertain. Il s'agit là d'une contrainte mais surtout d'une formidable opportunité pour se réinventer.

Nicolas Cambolin (*)

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