Sommes-nous sortis du chômage de masse  ?

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Cécile Philippe.
Cécile Philippe. (Crédits : IEM)
La création nette d'emplois en 2016 s'explique avant tout par la conjoncture. Pour inverser durablement la tendance, il faudra mener des réformes qui vont bien au delà du simple code du travail. Par Cécile Philippe, économiste, directrice générale de l'Institut économique Molinari.

Les bonnes nouvelles s'accumulent, en particulier du côté de l'emploi avec 284.100 postes créés sur un an. L'économie française connaît une nouvelle création nette d'emplois dont on ne peut que se réjouir dans un pays durement frappé par le chômage de masse. La question est évidemment de savoir si les choses vont, et peuvent, durer et dans quelles conditions.

En effet, la création d'emplois est le résultat d'anticipations positives de la part d'entrepreneurs qui font le pari, d'une part, que la conjoncture est plutôt bonne et, d'autre part, que le cadre réglementaire et fiscal est propice ou le sera.

Conjoncture favorable

Du côté de la conjoncture, l'avenir reste incertain sur le plan politique avec le Brexit, une présidence américaine mouvementée, des attaques terroristes etc. Mais, par ailleurs, les marchés financiers sont stables avec des taux d'intérêt faibles, la politique monétaire européenne reste accommodante et du côté de l'énergie, les prix pourraient continuer leur stabilisation. Un bilan plutôt favorable donc.

Côté réglementaire et fiscal, il faut bien réaliser que s'il la création nette d'emplois en France est une bonne nouvelle, il ne faut sans doute pas surestimer le phénomène à ce stade. Si on veut que la chose se pérennise voire s'intensifie au point de faire baisser durablement le taux de chômage, il va falloir assouplir le cadre.

Car pour que des entrepreneurs embauchent massivement, il faut, d'une part, qu'ils voient les moyens de mettre en œuvre leur stratégie et, d'autre part, qu'ils puissent en tirer profit. D'un côté, il faut assouplir le cadre réglementaire et de l'autre, faire en sorte que leurs efforts soient récompensés. Réformes fiscales et réforme du marché du travail sont donc eu cœur du sujet.

Le problème de l'endettement de l'Etat

Ce qui rend sans doute la chose difficile à mettre en œuvre en France, c'est que l'Etat fait des déficits depuis des décennies et s'est donc fortement endetté. Il peut difficilement acheter à coup de deniers publics le soutien de ceux qui pourraient se sentir « perdants » dans le processus de réforme.

Nombre de commentateurs ont tendance à sous-estimer les effets pervers d'un déficit et d'une dette publics importants. Pourtant, ceux-ci nous rendent dépendants de taux d'intérêt faibles et réduisent les marges de manœuvre. Il va falloir réformer sans que cela coûte trop cher.

Un cas emblématique est celui du marché du travail. Des réformes bien plus ambitieuses que ce qui a déjà pu être fait sont nécessaires si on veut réduire de façon durable le chômage. Outre les 37 professions réglementées en France qui limitent la concurrence dans ces domaines, le travail en France est cloisonné entre ceux qui bénéficient d'un CDI (les insiders) et ceux qui sont au chômage (les outsiders). Les premiers sont extrêmement protégés par un système qui s'articule autour d'un Smic élevé, de charges sociales les plus élevées de l'Union européenne, de prestations sociales et allocations chômages très généreuses. Le tout crée un cadre très protégé autour du détenteur du CDI alors que celui qui en est dépourvu supporte toute l'insécurité du marché du travail.

Système injuste et inefficace

Il apparaît assez évident que ce système est injuste (outre d'être inefficace) et qu'il est crucial de rétablir un équilibre. Plus facile à dire qu'à faire dans un pays où les détenteurs de CDI constituent encore aujourd'hui la majorité des employés et pourraient sanctionner les velléités visant à réduire ses protections. Le Danemark a réussi à mettre en place des réformes visant les employés les plus protégés mais cela coûte cher à l'Etat (3% du PIB). L'Allemagne a, quant à elle, privilégié la flexibilité côté outsiders en limitant le montant et la durée des allocations-chômage, en assouplissant le recours au travail temporaire, en organisant des foires à l'emploi sans remettre sérieusement en cause les droits des insiders.

La France va devoir trouver son chemin au milieu de ce parcours difficile. Une chose est certaine, la poursuite de la création nette d'emplois dépend d'une plus grande flexibilité du marché du travail qu'il s'agisse des aspects réglementaires (durée du travail, conditions d'embauche et de licenciement, etc.) ou des aspects fiscaux.

Et c'est là l'un des plus grands défis de la réforme en profondeur du marché du travail, c'est que le système de financement de la protection sociale française (santé et retraite) repose en grande partie sur le travail d'où son coût élevé (87% de la pression fiscale et sociale pesant sur le salarié moyen) et prohibitif.

Il ne suffira donc pas de déréglementer pour libérer le travail. Il va surtout falloir penser les choses différemment pour économiser l'argent public. Travail, santé, retraites, voilà autant de sujets qu'il sera nécessaire de traiter, organiser et coordonner au milieu des résistances et de contraintes. De quoi satisfaire l'appétit d'un gouvernement ambitieux !

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Commentaires
a écrit le 18/06/2017 à 16:06 :
L'État détourne des sommes cumulées ahurissantes en faveur d'une armée gigantesque de fonctionnaires parfaitement inutiles pour ne pas dire nuisibles (sauf régaliens de base)


EN 1980 : 2 MILLIONS DE FONCTIONNAIRES, EN 2015 : 6,5 MILLIONS ! ! ! "ON" se moque de qui ?
a écrit le 16/06/2017 à 9:15 :
Merci pour cet article court et clair. Et courageux, puisqu'il dérange un peu, apparemment, les auteurs des commentaires précédents.
Des commentateurs qui n'ont peut-être jamais perdu leur boulot, et n'ont pas expérimenté à quel point c'est compliqué de retrouver un poste salarié.
Parce que, justement, les salariés sont très bien protégés en France.
Trop, peut-être : le risque du salarié, c'est de se faire virer. Il faut l'assumer.
Et assumer, c'est dur...
a écrit le 16/06/2017 à 9:00 :
"Le tout crée un cadre très protégé autour du détenteur du CDI alors que celui qui en est dépourvu supporte toute l'insécurité du marché du travail".

Au moins ,on sait que Cecile Philippe vote REM ou LR, c'est le discours typique de cette classe de CSP+ qui a pris le pouvoir.

Sinon, les salariés restent très majoritairement en CDI, mais les embauches ne se font quasiment plus qu’en CDD : comment expliquer ce constat apparemment contradictoire ? C’est d’abord parce que la montée en puissance des contrats à durée déterminée est malgré tout assez récente , ils concernaient moins de 5 % des salariés dans les années 80. Et surtout parce que, ces dernières années, on a vu se multiplier les contrats de très courte durée, qui «gonflent» les chiffres. Depuis le début du XXIe siècle, le nombre d’embauches en CDD de plus d’un mois est resté relativement stable ; en revanche, celui des CDD de moins d’un mois a explosé (+ 230 %), et plus précisément encore celui des CDD de moins d’une semaine. En partie en raison du développement des CDD d'usage, qui permet de faire échec à la limitation du nombre de renouvellement sur un même poste. Une bonne partie des embauches sont en fait des réembauches, parfois de mêmes salariés, sur le même poste, pour des courtes durées.
Donc ,l'argument qu'on entend régulièrement dans la bouche des partisans d'un assouplissement des règles de licenciement comme le patronat ,REM, LR etc.. . comme " Il est urgent d'agir, car à force de rigidité, les employeurs rechignent de plus en plus à signer des CDI, pénalisant in fine les salariés eux mêmes' .Se servir de cette statistique pour laisser à penser qu'une majorité des salariés français en poste sont aujourd'hui touchés par la précarité afin de justifier l'urgence d'une réforme du travail relève en revanche de la tromperie. Car l'écrasante majorité des salariés français sont bien en CDI. Environ 87 % sont en CDI, le reste se partageant entre CDD (10 %) et intérim (3 %).
a écrit le 16/06/2017 à 8:27 :
Il faut considérer le chomage comme du temps libéré par l'usage de l'énergie. C'est un progrès et il faut le rémunéré par une taxe su l'énergie. Voir la note n°6 du CAE. Mais les Français sont incapables de le comprendre!
Réponse de le 16/06/2017 à 9:08 :
Suite. Prenez le cas d'un jardinier qui bêche son jardin en 8heures. Avec un motoculteur, il mettra seulement 2heures. Devra t il prévoir le financement de sa retraite sur 2heures ou sur l'ensemble de sa prestation, travail et énergie consommée?
a écrit le 15/06/2017 à 20:15 :
La première réforme de Macron , c'est de taxer les retraités à partir d'une pension de 1200 euros de 1.7 % avec la CSG. Un impôt pour payer une réforme du chômage universelle mais certainement moins avantageuse. Concernant le chômage de masse , on va le diluer , précarité , travail partiel , Ubérisation etc... Macron va pouvoir faire baisser le chômage mais, les chômeurs et les salariés de la future économie numérique vont souffrir d'une mondialisation revisitée par une élite mondialiste qui ne pense que rentabilité et fric.
a écrit le 15/06/2017 à 19:11 :
C'est toujours dramatique de lire des "économistes" qui n'en sont pas exposer un point de vue très peu scientifique.

Je vais essayer de rectifier certains points.

La hausse de l'emploi est due à une augmentation du pouvoir d'achat (notamment grâce à la baisse du pétrole) et à la reprise de l'investissement. Les raisons avancées sont assez farfelues même si les anticipations ne sont jamais négligeables en l'espèce elles sont secondaires. Il y a encore deux mois la sortie de la France de l'Euro était imaginable, difficile de faire des anticipations positives dans ce contexte!

La flexibilité du travail n'est pas corrélée à l'emploi. L'Allemagne a un marché du travail plus rigide que le notre et un chômage bien plus faible. L'Espagne et l'Italie ont un marché du travail plus flexible et un chômage plus élevé que le notre.

La France a eu un chômage sous les 7% en 2007 avec un droit du travail plus rigide qu'aujourd'hui.

La flexibilisation du marché du travail peut permettre en théorie des ajustements quantitatifs et qualitatifs plus rapides (ce qui n'est pas rien) mais empiriquement (à partir des chiffres) il n'a jamais été démontré de lien entre flexibilité du marché du travail et emploi.

Difficile d'émettre des certitudes quand on est dans le domaine des modèles et des croyances.

Le seul argument recevable est celui de l'équité entre des CDD/intérims ultra précaires et des CDI ultra protégés.

Les injonctions à la flexibilisation de la BCE, de L'ocde, de la commission... ne sont donc que des injonctions politiques basées sur des croyances et des modèles partiellement faux.

Quant à la réforme de la protection sociale, le basculement vers la CSG et la TVA est déjà bien en route depuis des années (Hollande à financé son CICE par une hausse de la TVA il a donc fait une TVA sociale sans l'avouer).

Du coup l'auteur mélange budget, droit du travail, financement de la protection sociale dans un texte fort confus.
a écrit le 15/06/2017 à 18:34 :
Le nombre des inscrits est de 47.6 millions. Avec un gouvernement qui fait 11 % du nombre des votants, LREM est de 6.4 millions soit 13.4% et rapporté au collège électoral, total 11%. Quelle légitimité, quel plébiscite ... Et pourtant la France va être soumise au bon vouloir de ce qui n'est pas encore un "parti" et dont on ne connait pas le projet..
Et sans aucun doute aussi la France sera livrée aux grands capitalistes qui ont lancés et financés Macron. Où notre belle France, notre beau pays va-t-il ? C’est à un lendemain d’élection présidentielle que ressors cette expression "Il n'y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéienne"!
Autrement dit : un balai commence son travail au salon et finit aux latrines !

Pas de quoi avec ce plébiscite tordre le chômage quand l' Union propose des salaires à 400 euros et que nous regardons partir nos emplois via les délocalisations..

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