Sortons l'Europe de ses dépendances énergétiques toxiques
Marie Toussaint et Yannick Jadot

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... et ancien tête de liste Écologiste aux élections européennes de 2019
Il y a le discours et il y a les actes. Quand le Président de la République affirme sans rougir dans son discours de la Sorbonne du 25 avril que nous avions su nous « défaire de notre dépendance aux hydrocarbures russes », il occulte une partie de la réalité : celle qui le gêne manifestement. Car dans les faits, force est de constater que l'Europe finance encore largement la barbarie poutinienne. En 2023, l'UE a importé près de 30 milliards d'euros d'énergies fossiles et d'uranium de Russie. C'est deux fois plus que le soutien financier apporté à l'Ukraine.
En France, le montant du chèque versé à Moscou pour ses seules importations de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) s'élève à 600 millions d'euros pour le premier trimestre 2024*. Des importations en hausse qui placent la France en tête du peloton européen. Il est des victoires dont on se passerait bien. Des centaines de millions d'euros, des milliards à l'échelle de l'Union - une étude finlandaise de janvier 2024 estime que les Européens ont déboursé 13 milliards d'euros en GNL russe depuis que l'embargo sur le pétrole est en vigueur - qui financent la guerre perpétrée par Poutine. Autrement dit, nous soutenons militairement l'Ukraine d'un côté et finançons l'effort de guerre russe de l'autre. C'est un non-sens à la fois géopolitique et économique.
Le GNL ne représente que 5% des importations européennes de gaz mais nos achats ont augmenté de 40% depuis l'invasion de l'Ukraine. À l'inverse, l'UE représente près de la moitié des exportations russes. Autant dire que nous pouvons nous en passer, et que cette décision aurait un impact négatif infiniment supérieur sur l'économie russe.
C'est d'ailleurs l'évaluation des gestionnaires des réseaux européens d'énergie, ENTSO-E pour l'électricité et ENTSO-G pour le gaz, qui confirme que nous pouvons nous passer du gaz russe sans remettre en cause notre sécurité d'approvisionnement. Un argument de plus pour boycotter ce dernier, avec effet immédiat pour le GNL.
S'il était évidemment absurde de s'imaginer que nous allions « provoquer l'effondrement de l'économie russe » en quelques semaines comme le prétendait le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, les sanctions économiques engagées depuis 2022 contre le régime de Vladimir Poutine fonctionnent.
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Car contrairement à ce qu'affirment les critiques des pro-kremlins, ces sanctions, en particulier l'embargo sur le charbon et le pétrole brut, ont provoqué une chute des exportations de marchandises russes de l'ordre de 30% entre 2022 et 2023. L'UE a ainsi réduit sa dépendance gazière vis-à-vis de la Russie, passant de 46% de ses importations en 2021 à 16% en 2023.
L'avantage avec une dictature pétro-gazière - car il faut bien appeler pas son nom le type de régime dans lequel Vladimir Poutine a enfermé la Fédération de Russie - c'est que ses points faibles sont facilement identifiables. Se libérer de notre dépendance aux hydrocarbures russes est notre meilleure chance de mettre l'économie de guerre du Kremlin à l'arrêt. Il n'y a aucune raison pour que le GNL fasse exception.
Le Parlement européen vient d'ouvrir la possibilité pour les États membres d'interdire tout bonnement les importations de GNL russe. Si une interdiction globale au niveau de l'Union aurait été préférable, ce vote ouvre néanmoins une perspective susceptible d'infléchir le cours de la guerre : une demi-mesure vaut mieux qu'une absence de mesure.
Nous attendons maintenant une réaction forte de la part du gouvernement français, bien loin des postures va-t'en guerre et des déclarations à l'emporte-pièce qui ne font qu'affaiblir notre diplomatie et fragiliser un consensus européen. Mais nous savons désormais que le Président de la République continue de soutenir les activités de TotalEnergies en Russie, quitte à retarder la victoire ukrainienne.
TotalEnergies, seule major occidentale du pétrole à être restée en Russie, est ainsi actionnaire à hauteur de 20% du champ sibérien de Yamal dont 80% du GNL extrait est envoyé vers l'Europe. Le patriotisme économique a manifestement ses limites.
Monsieur le Président de la République, ce vote du Parlement européen vous oblige, si vous avez le souci de joindre les actes à la parole. Les objectifs de souveraineté et de transition énergétique, le respect de nos engagements envers nos alliés et des droits humains sont ici parfaitement alignés. Il n'est même pas besoin d'être écologiste pour s'en rendre compte. Alors, avant de songer à envoyer des troupes en Ukraine, commencez par cesser d'envoyer notre argent en Russie.
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(*) Selon le CREA, Centre for Research on Energy and Clean Air, April 2024.
Marie Toussaint et Yannick Jadot