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Souriez, vous êtes traqués

Michel Santi (*)

Publié le 28 septembre 2020 à 07:42 - Mis à jour le 28 septembre 2020 à 08:14

Michel Santi, économiste,

Photo d'illustration

DR

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OPINION. Un monde sans espèces sonne-t-il vraiment la fin de nos libertés ? Cela serait oublier que l'on ne peut pas vraiment se cacher derrière du cash comme l'histoire a pu le montrer. D'une manière ou d'une autre - avec ou sans cash - nos vies, nos habitudes de consommation et nos mouvements sont tous répertoriés. Par Michel Santi, économiste (*).

Mes lecteurs savent que je suis un partisan de la disparition du cash, et ce pour des motifs macroéconomiques explicités à travers de multiples articles et livres. Pour résumer, les taux négatifs - que nous connaîtrons inévitablement - ne seront efficaces que si les espèces sont éradiquées car un monde sans cash sera également un monde sans récession. J'ai rencontré et discuté avec un nombre substantiel d'opposants - parfois des détracteurs - prétextant que la disparition de la monnaie fiduciaire sonnera la fin de leur liberté et le début d'une ère nouvelle où nous et nos dépenses serons
traqués par l'Etat.

Ces farouches, voire ces fanatiques, adeptes et soutiens des espèces semblent ignorer que les billets de banque ne sont jamais vraiment anonymes car ils sont tous affublés d'un numéro de série. Il va en effet de soi que, dans notre monde actuel, il serait techniquement aisé d'enregistrer les numéros de série des billets retirés par les usagers aux distributeurs de billets. Les autorités n'ont, du reste, pas attendu notre ère technologique pour exploiter les informations imprimées sur les billets de banque.

Souvenons-nous du scandale Watergate ayant vu cinq voleurs s'introduire le 17 juin 1972 dans l'immeuble éponyme abritant à l'époque à Washington le quartier général du Parti Démocrate américain. Bien qu'interpellés par la police, nul ne connaissait alors leurs motivations jusqu'à ce que la somme de 3.600 dollars trouvée sur eux constitue le fil d'Ariane menant à leurs commanditaires. Ces billets de banque contenaient en effet des séquences et numéros de série ayant - par le jeu des réquisitions de la police adressées aux organismes officiels et aux Réserves fédérales locales - permis de conclure, trois jours seulement après cette intrusion dans les locaux du Parti Démocrate, que ces billets avaient été crédités quelques mois auparavant sur des comptes auprès de la Girard Bank & Trust de Philadelphie et de la Republic National Bank de Miami. Comme ces billets avaient à l'époque été déposés sur ces comptes respectifs par le «Comité pour réélire le Président», le lien fut donc très facilement effectué avec les équipes de Nixon puis avec le Président lui-même...

Mais remontons encore plus loin dans le temps afin de prouver aux zélotes du cash qu'ils n'ont jamais pu se cacher derrière les espèces, ni derrière aucun titre censé être anonyme. Le fils de Charles Lindbergh enlevé en 1932 fut libéré par ses ravisseurs à la faveur d'une rançon payée sous la forme de certificats anonymes échangeables contre une certaine quantité d'or. Funeste coïncidence pour les kidnappeurs, l'étalon or fut abandonné aux Etats-Unis en 1933. Dès lors, un patron de station service alerta de suite les autorités lorsqu'un de ces certificats indexé sur l'or réapparut en 1934 afin de régler... un plein d'essence.

Dans notre époque contemporaine, un certain nombre de régimes autoritaires - que l'on appelait autrefois du terme plus réaliste de dictature - font la chasse aux mouvements pro démocratie et pro droits de l'Homme grâce au cheminement des espèces. Sous couvert de lutte contre les faux-monnayeurs, les numéros de série des billets distribués dans les machines ou aux guichets des banques permettent aux autorités de traquer les activistes, et surtout ceux qui les financent.

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En résumé, que les délinquants, les obsédés par l'anonymat et les libertaires se trouvent d'autres parades car d'une manière ou d'une autre - avec ou sans cash - nos vies, nos habitudes de consommation et nos mouvements sont tous répertoriés. Certes, la crise sanitaire a-t-elle provoqué au printemps de cette année une ruée - irrationnelle - vers les espèces, mais l'essor voire l'invasion de la digitalisation devenue aujourd'hui omnipotente et omniprésente précipitera encore davantage l'éradication du billet de banque amené à ne plus être qu'une relique.

Michel Santi (*)

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