Le devoir d’ingérence financière

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OPINION. Dans la finance internationale, la tentation du profit l'emporte sur la morale. Afin que le capital devienne enfin responsable, la création d'une institution neutre permettrait de moraliser les pratiques bancaires internationales. Ces missions seraient notamment de déterminer si l'aggravation des dettes publiques dans un pays provient de pratiques frauduleuses, ou à cause de la mauvaise gestion de ses dirigeants et d'empêcher les créanciers d'accepter des restructurations de dettes de nations gouvernées par des dirigeants non élus démocratiquement. (*) Par Michel Santi, économiste.

La finance internationale soutiendrait-elle et faciliterait-elle la tâche des dictateurs et des autocrates ? Ce n'est en effet pas le manque de financements qui permit, par exemple, de renvoyer Jacob Zuma en Afrique du Sud, mais son propre parti mis sous pression intense par une population excédée de la corruption à grande échelle orchestrée par ce dirigeant.

Pendant ce temps, de 2009 à 2018, les marchés étaient trop heureux de déverser leurs milliards afin de tirer un maximum de profits sur le dos d'un développement économique ne profitant qu'à une infime minorité. Le Premier Ministre malaisien, Najib Razak, n'est-il pas actuellement sous enquête d'une «task force» le soupçonnant d'avoir détourné sur ses comptes personnels des centaines de millions de dollars destinés en réalité à assurer le train de vie de son pays ?

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La finance, qui se targue d'être neutre voire amorale, se lave bien les mains des cliques au pouvoir qui sapent les institutions de leur pays tout en exacerbant la misère de leur peuple. Il semblerait même que les marchés encouragent ouvertement en certaines circonstances la corruption et même les activités délictueuses dans certains pays émergents. Mais pourquoi être surpris, aujourd'hui en 2020, que le grand capital cherche à démultiplier ses bénéfices en consentant des avances juteuses aux dictateurs, aidant au maquillage des comptes, exploitant les failles des régimes fiscaux ? Les possibilités de profits s'avèrent, du reste, pharaoniques et les tentations quasi infinies puisque les nations émergentes doivent 7.5 trillions de dollars à leurs créanciers !

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Dans l'intérêt des peuples spoliés par leurs autocrates, pourquoi les démocraties ne mettraient-elles pas en place un système capable de court-circuiter les régimes corrompus en les ciblant là où cela fait le plus mal, c'est-à-dire dans leurs capacités à se financer ? Le statut quo insupportable, cet éternel recommencement où une poignée vit dans le luxe aux dépens de toute une masse d'opprimés, devraient être stoppés net par un organisme qui serait doté d'un pouvoir de contrôle étendu sur la restructuration des dettes, et donc sur la générosité intéressée, voire complice, de la finance internationale.

La moralisation des pratiques bancaires internationales ne pourra effectivement être imposée que par une institution neutre ayant un champ d'action global dont une des missions essentielles sera de déterminer si l'aggravation des dettes publiques dans un pays provient de pratiques frauduleuses, ou à cause de la mauvaise gestion de ses dirigeants. En vertu de quelle règle et de quel droit des populations opprimées devraient-elles subir le joug de la charge d'une dette contractée par des dictateurs ? Cet organisme à créer aurait également pour feuille de route d'empêcher les créanciers d'accepter des restructurations de dettes de nations gouvernées par des dirigeants non élus démocratiquement.

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Par la suite, il va de soi que ces «dettes odieuses», expression employée par le Professeur de droit Robert Howse, seraient renégociées ou même épongées en cas de retour à un régime démocratique, car les peuples n'ont pas à supporter les conséquences des agissements répréhensibles de dirigeants les ayant spoliés. Dans la même logique, les investisseurs ayant pactisé avec le diable n'auraient évidemment droit à aucune protection de la part de cette institution. À l'inverse, l'effacement par cet organisme des dettes de certains pays dès lors qu'ils renouent avec des pratiques démocratiques aura pour effet direct de faire longuement hésiter la finance internationale à consentir des prêts aux régimes corrompus... Une impulsion décisive doit donc aujourd'hui être donnée afin que le capital devienne enfin responsable, qu'il accomplisse certes sa raison d'être à savoir le profit, mais pas aux dépens de populations honteusement exploitées.

Que la finance subisse les conséquences de financer les dettes odieuses des régimes autoritaires et qu'elle canalise ses ressources vers toutes les autres nations de ce monde menées par des dirigeants ayant à cœur les intérêts vitaux de leur pays. La malfaisance financière, quant à elle, se doit d'être sanctionnée avec détermination, et en asséchant les liquidités à destination des dictatures, et en coupant l'herbe sous les pieds des investisseurs les ayant financées.

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Commentaires
a écrit le 16/07/2020 à 19:21 :
Cet article est complètement nul et hors sujet. Ce monsieur,economiste de surcroît, vit dans un autre univers. M'etonne pas qu'on n'arrive plus à s'en sortir, avec des raisonnements pareils.
a écrit le 16/07/2020 à 18:03 :
Une fois de plus vous censurez mon propos mais la connerie n'est pas censurée mais donne une piètre image car certains commentateurs semblent ne pas passer sous les fourches caudines de l'analyse censée......
a écrit le 16/07/2020 à 10:09 :
faut arreter d'etre naif!
si les pays qui ont besoin d'argent ne sont pas finances par des institutions, ils le sont par d'autres pays! l'ami de melenchon ( celui qui massacre les indiens pemons pour exploiter les ressources minieres de maniere ' pas liberale et pas ultracapitaliste') fait financer son pays en se vendant a la chine, a la russie et a quelues boites ' triees sur le volet ( oui, les autres ne viennent plus elles se souviennent de chavez)
c'est mieux dans les pays democratiques? haha!
la france fait financer son systeme social et ses fonctionnaires depuis 50 ans par de la dette payee par personne ( donc par les enfants et petits enfants); c'est pour ca qu'elle a besoin de prets que la bce pourrait annuler, vu que ca va coincer
tout ca pour des cadeaux avant reelection
chriac avait dit ' lemaire, la baisse du deficit quon a depuis 40 ans, ca pourra attendre 5 ans de plus'
hollande croyait qu'il allait redistribuer largent ' qui n'est a personne' comme y avait pas il a fait de la dette
c'est plus moral? pas sur
au moins, en afrique, on degage les gens a coups de coupe coupe, pas comme dans les democraties! ca en fait reflechir plus d'un ( avant arrivee du sauveteur suivant qui fera comme son predecesseur)
vous ne changerez pas la morale des gens
relisez le pavillon des cancereux, de soljenytsine, roussanov vaut son pesant d'or question morale ( pour les autres)
a écrit le 16/07/2020 à 9:25 :
"La moralisation des pratiques bancaires internationales ne pourra effectivement être imposée que par une institution neutre ayant un champ d'action global dont une des missions essentielles sera de déterminer si l'aggravation des dettes publiques dans un pays provient de pratiques frauduleuses, ou à cause de la mauvaise gestion de ses dirigeants"

Une véritable révolte que vous prônez là ! Mais indispensable c'est évident le problème majeur c'est que même moi qui aime la recherche des vérités je vous le dis franchement je ne sais pas si je pourrais résister à un pot de vin de un milliard d'euros par exemple, ce que notre oligarchie financière est largement en mesure de verser, et plus encore, les individus aux intérêts impersonnels en dehors de dieu qui ne peut pas être pris au sérieux sont rares dans nos sociétés dans lesquelles nous avons été paramétrés pour produire-et consommer nous injectant dès notre naissance la pensée que pour être heureux il faudrait avoir. Donc trouver des protagonistes neutres en la matière, à part d'autres milliardaires mais dont le premier réflexe serait certainement de préserver leur caste, je ne vois pas.

J'ai bien peur que cette solution, qui aurait du être mise en place dans les années 90 quand le néolibéralisme s'est accéléré, soit dorénavant derrière nous. Il est donc indispensable de mettre en place d'abord et avant tout une solution politique comme une autogestion, intégrant ainsi l'intérêt du plus grand nombre, qui permettrait à terme de régler ce type de problème, gigantesque, celui d'un cercle vicieux que pas grand chose semble pouvoir arrêter. Or un seul homme au sein de la classe politique actuelle pourrait mettre en place un tel système ce serait Ruffin, je ne veux pas lui mettre la pression parce que dans des conditions oligarchiques dramatiques les chances d'échecs seraient plus nombreuses que celles de succès, c'est juste une analyse et en plus Mélenchon veille.

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