Souveraineté en santé : donnons-nous les moyens de faire grandir des champions français
Collectif (*)

Photo d'illustration
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L'Europe se trouve à un tournant décisif en matière d'innovation en santé. Si elle n'investit pas massivement dans les biotechnologies, elle poursuivra son décrochage face à ses concurrents internationaux, telles que les États-Unis et à la Chine. Alors qu'en 2023, les États-Unis représentaient 35% du total des investissements dans les biotech et la Chine 12,7%, l'Europe, n'en représentait que 7%. Force est de constater qu'il est très complexe en Europe de convertir une innovation de rupture en succès industrielle : seulement 10% des produits des biotech françaises parviennent à être commercialisés.
Nos biotechs se confrontent à une double limite. La France aurait besoin d'un niveau de financement en « early stage » comparable à celui des États-Unis, ou au moins à celui de nos voisins européens (en Belgique et aux Pays-Bas, les fonds early stage sont de 120 à 150 millions d'euros, contre environ 100 millions d'euros en France). Plus grave, les investissements dans les biotech en phase de démarrage ont marqué une baisse sans précédent de 55 % depuis deux ans.
Au-delà du handicap des montants, nous avons le problème du risque. Les fonds américains investissent tôt dans les biotech, avec 56% de leurs financements au stade préclinique ou en phase. Or, ce chiffre n'est que de 30% en Europe, où il est difficile de trouver des investisseurs avant l'établissement des preuves cliniques, ce qui nécessite plus de temps et d'argent. La devise « high risk, high return » prévaut ainsi bien plus outre-Atlantique que dans la vieille Europe. Et si le rachat des biotech par les grands laboratoires pharmaceutiques semble s'intensifier avec l'expiration de leurs brevets (pertes annuelles estimées à 35 milliards de dollars de 2023 à 2028), ici encore le contexte de gestion du risque tend à pénaliser l'innovation de rupture en limitant tout intérêt réel avant les preuves cliniques.
Ainsi, les biotech européennes n'ont souvent pas d'autre solution que de s'expatrier, laissant leur recherche en Europe pour y conserver les avantages fiscaux et les financements publics. Rappelons le cas BioNTech, champion allemand, l'un des premiers à mettre au point un vaccin contre le Covid, finalement développé par l'américain Pfizer.
Tout ceci conduit à un constat désolant : le financement demeure la première préoccupation des biotech françaises d'après France Biotech, avant la R&D et les essais cliniques. Or, le secteur nécessite de très longs temps de développement (10 à 15 ans d'après le Leem).
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La France est un large financeur de la Recherche publique, mais moins des start-ups, alors que nous excellons dans leur émergence. Les incubateurs font un gros travail de détection, de qualification, puis d'accompagnement sur les premières années, notamment dans l'accès aux financements d'amorçage, privés et publics (notamment par la BPI).
Le bât blesse au stade ultérieur des essais cliniques. Si le déploiement de France 2030 et des Programmes d'Investissement d'Avenir en France, comme la création de l'agence européenne Hera, témoignent d'une prise de conscience, nos efforts institutionnels restent insuffisants. Selon le Global Competitive Index du World Economic Forum, la France est 3e en « notoriété des institutions de recherches », mais 77e en « propension au risque » et 59e en « adoption d'idées disruptives ». Parions que la tension culturelle entre le secteur public et le secteur privé, opposant le métier noble du chercheur à celle d'un startupper faiseur de profit, n'y est pas pour rien. Quel dommage ?
Que faire pour répondre à ces difficultés ? Le financement et l'accompagnement des biotech par de larges fonds privés et publics, et la modernisation de nos processus réglementaires encore réfractaires à l'innovation sont essentiels. Lors des phases cliniques avancées, la solution, nécessairement européenne, doit permettre de mobiliser à bon escient et au bon moment les sources de financement public et privé. Enfin, les exemples de Boston aux États-Unis ou Louvain-la-Neuve en Belgique peuvent nous inspirer pour créer de véritables écosystèmes où les tensions public/privé se dissolvent.
À titre d'exemple, Xenothera est l'une des seules biotech européennes capable de rivaliser avec les goliaths chinois et américains dans le domaine émergent de la xénotransplantation. Issue de l'excellence de la recherche académique, soutenue par France 2030 et par l'Europe, déjà forte de plusieurs anticorps en clinique notamment dans le cancer, l'entreprise est dotée d'un site de production en propre, lui permettant de se positionner dans la production de xénogreffes, ce qui fait d'elle une pépite. Rappelons que des milliers de patients sont en attente de greffes d'organes, domaine où les xénogreffes constituent aujourd'hui un espoir jamais égalé.
La France dispose d'atouts scientifiques, intellectuels, culturels, indéniables et les entrepreneurs y sont nombreux et talentueux. Les prochaines années nous diront si nous saurons relever ce nouveau défi, avec de l'audace et des financements au niveau des enjeux. Mesdames et Messieurs les politiques, à vous de jouer, notre souveraineté et notre indépendance stratégique en dépendent. Nous pouvons prétendre à une Europe qui permette à ses citoyens d'accéder à une santé d'excellence.
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(*) Signataires :
Collectif (*)