Transition alimentaire : sortir de l'impasse réglementaire pour inventer l'alimentation de demain
Clément Santander

Photo d'illustration
DR
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Mis en péril par le changement climatique, notre système alimentaire va devoir changer pour permettre de nourrir 10 milliards d'humains et répondre au besoin d'augmenter la production mondiale de protéines de 50% d'ici 2050 (FAO). Face à cet enjeu, la création de systèmes alimentaires alternatifs paraît vitale pour assurer la sécurité alimentaire future, tout en réduisant l'impact environnemental de notre alimentation. Pour soutenir cette innovation, il est toutefois crucial de mettre en place des cadres législatifs favorables.
Parmi les révolutions alimentaires, la plus évidente est celle qui nous invite aujourd'hui à manger différemment, autrement dit, à « verdir notre assiette » afin de consommer plus de protéines primaires (de plantes). Cela permet de réduire, pour notre propre foyer, cet indicateur clé qu'est le FCR (Feed Conversion Ratio), soit le nombre de protéines consommées de bout en bout de notre propre chaîne alimentaire nécessaire à la métabolisation de nos propres protéines. Cette démarche est indispensable, malgré le développement de solutions telles que les substituts à la viande, comme les steaks végétaux - qui peinent à convaincre, transformant nos habitudes de consommation et nous éloignant souvent de notre précieuse culture du « bien manger ».
Les innovations technologiques comme les fermes verticales, les protéines alternatives telles que les champignons, les algues, celles issues de la fermentation, les protéines de culture (viande) et/ou encore les protéines d'insectes présentent toutes de grandes promesses, mais leur avenir est à écrire. Chacune de ces innovations participe d'une réelle volonté de résilience et de décarboner plus encore notre production de denrées et d'ingrédients, de réduire notre FCR, et aussi de compléter, à terme, les efforts de notre agriculture pour satisfaire nos exigences de volumes, tout en satisfaisant les exigences réglementaires de qualité et environnementales, tout en maintenant les coûts pour rester compétitif.
Pour l'ensemble des secteurs agroalimentaires français, le besoin en investissement relatif à la substitution des combustibles fossiles et à l'efficacité énergétique est estimé au plus haut à 16 milliards pour atteindre la neutralité carbone de la filière IAA d'ici 2050. Une part des investissements nécessaires au développement de filières alternatives qui vont devoir être soutenus par les pouvoirs publics.
L'avenir de notre sécurité alimentaire, de notre économie et de notre environnement repose sur notre capacité à encourager et à soutenir les avancées technologiques, en particulier les nouvelles approches dans l'agriculture et l'alimentation. Pour permettre à ces filières innovantes de se développer, il est nécessaire de mettre en place des cadres législatifs européens et nationaux favorables.
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À l'heure actuelle, ceux-ci contraignent davantage qu'ils n'incitent et ne protègent. Pourquoi tuer les innovations développées sur notre territoire au nom du seul principe de précaution ?
Prenons l'exemple de la filière de la viande de culture dont l'objectif est de décarboner notre assiette en limitant notre FCR, réduire la souffrance animale, augmenter de manière industrielle la production de protéines et résister par le haut en proposant des produits gustativement qualitatifs.
De récents projets de loi, comme celui déposé en France en décembre 2023, cherchent à bannir la production, la commercialisation et même l'export de produits issus de la filière, et à mettre à mal plus largement ce type de projets innovants. Ces potentielles réglementations sont autant d'épées de Damoclès planant au-dessus de nos start-ups et des investisseurs qui jusqu'ici les suivaient. Ce qui prévaut au sein de l'UE en la matière aujourd'hui c'est le parcours réglementaire « novel food », qui s'applique pour pouvoir qualifier un nouvel aliment (insectes, viande de culture, etc.). Ce dispositif réglementaire est très lourd et long, notamment dans la durée des tests à réaliser pour compléter un dossier. Il est aussi et surtout en devenir puisqu'à ce jour, aucun dossier n'est parvenu jusqu'au bout de la procédure dans le domaine de la viande de culture.
Pour ne pas être une fois de plus distancés, notamment par des pays comme Singapour, les États-Unis ou l'Australie, qui ont tous publié des directives précises en la matière, dotons-nous également de réglementations claires et efficaces. En réduisant l'incertitude et en nous prémunissant contre des revirements réglementaires arbitraires, nous favoriserons la création d'un environnement plus propice à l'innovation, à l'investissement et in fine à l'industrialisation.
Face au défi alimentaire mondial sans précédent, notre réponse doit être résolument audacieuse et visionnaire. Les entreprises et les décideurs politiques doivent non seulement soutenir une agriculture saine et durable, mais également encourager les innovations émergentes dans ce secteur. Il est crucial d'adopter des cadres législatifs qui, loin de limiter l'innovation, sauront catalyser le progrès technique pour des bénéfices écologiques et de sécurité alimentaire tangibles. En saisissant les avancées technologiques et en établissant des réglementations progressistes, nous pouvons relever ce défi global et positionner nos entreprises à l'avant-garde de l'industrie alimentaire durable. Le moment est venu de transformer notre approche et d'investir dans un avenir où innovation et durabilité vont de pair.
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(1) Clément Santander est Partner au sein du cabinet stratégique Arthur D. Little et membre de la Practice Performance. Spécialiste de l'excellence opérationnelle, il accompagne les entreprises dans l'optimisation des opérations l'anticipation et la maîtrise des risques, que ce soit en contexte de forte croissance ou de réorganisation stratégique. Passionné par l'influence des innovations technologiques sur la croissance des entreprises, il applique particulièrement son expertise aux opérations dans le secteur de l'Agrifood Tech.
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