UberPop doit survivre, voici comment

 |   |  657  mots
(Crédits : DR)
Face à la demande de mobilité UberPop est indispensable, mais la concurrence ne peut être loyale que si tous les chauffeurs sont soumis au mêmes contraintes sociales et fiscales. Laissons les UberPop devenir des VTC low cost, ils paieront alors charges et impôts

Le succès d'UberPop s'explique simplement : la formation pour devenir chauffeur de VTC (véhicule de tourisme avec chauffeur) est 2,5 fois plus longue que celle de conducteur de poids-lourd. L'offre de VTC en France est bloquée par d'absurdes barrières à l'entrée quand la demande n'est pas satisfaite. Levons les barrières inutiles et les conducteurs - chauffeurs UberPop entreront dans l'économie fiscalisée, socialisée, normalisée.

Pour conduire un VTC, il faut suivre 250 heures de formation à 6 000€ et avoir un véhicule de plus de 114 chevaux et 4,5 mètres de long. Pour être chauffeur de taxi, le prix moyen de la licence explose en France à 97 000€. Face à ces deux marchés réglementés, il suffit d'un simple permis B pour transporter sa famille, son voisin, ou un inconnu rencontré sur une application. La différence entre covoiturage et VTC ? Le droit de gagner de l'argent. La différence entre VTC et taxi ? Le droit de pratiquer la maraude, d'utiliser les voies de bus, le stationnement réservé, les bornes d'appel.

Le monopole des taxis sur la maraude se justifie

Le monopole des taxis sur la maraude est parfaitement justifié économiquement. Depuis son trottoir, le client, qui monte dans le premier taxi venu, ne peut pas négocier le prix ou choisir le chauffeur. Les tarifs sont donc administrés et les chauffeurs sélectionnés. L'existence d'une licence, en revanche, est injustifiée pour la réservation sur smartphone. Le client choisit alors entre plusieurs chauffeurs selon le prix proposé et les notations précédentes. Économiquement, la licence ne doit exister que pour la maraude physique.

En acquérant cette licence, le chauffeur de taxi achète (ou gagne) le droit de pratiquer la maraude et d'utiliser certaines infrastructures. Comme un commerçant s'endette pour son fond de commerce, le chauffeur artisan a investi sur un outil de travail. Quand une innovation technologique (le commerce en ligne face à la boutique) vient concurrencer son activité sans contester son titre de propriété (le fond de commerce), l'État n'en a que faire. Le droit exclusif des taxis à marauder n'est pas remis en cause par UberPop, les VTC ou l'Etat. Dès lors, aucune raison d'indemniser l'artisan - investisseur qui subit une mutation des modes de consommation. Quand la voiture sans chauffeur rendra caduc le permis de conduire, l'État n'indemnisera pas les moniteurs d'auto-école.

L'économie du partage met en lumière les normes inutiles

En réalité, le problème économique posé par UberPop est plus large qu'une classique tension entre investissement passé et innovation présente. Les plateformes d'économie du partage comme AirBnb, Blablacar ou UberPop permettent à des particuliers de fournir des services monétisés. Le particulier producteur entre alors en concurrence avec des acteurs traditionnels (hôteliers, transports en commun, VTC, taxis) sans payer de charges sociales et sans respecter les mêmes normes. L'économie du partage agit de fait comme un révélateur réglementaire : les particuliers s'engouffrent dans la liberté d'entreprendre et mettent en lumière les normes inutiles. On peut conduire un inconnu dans une voiture de moins de 114 chevaux. Un système d'auto-sélection se met ensuite en place : si le service est de mauvaise qualité, le conducteur sera mal noté et n'aura plus d'activité.

Que les chauffeurs UberPop deviennent des VTC low cost

La persistance de notre modèle social et la loyauté de la concurrence dépendent de la convergence des obligations fiscales, sociales et normatives entre les conducteurs UberPop, les chauffeurs de VTC, et l'activité de réservation des taxis. Pour éviter que les chauffeurs d'UberPop n'agissent à côté du marché, allégeons ces absurdes barrières à l'entrée. Laissons les devenir en toute légalité des VTC low cost avec leur véhicule personnel et leur permis B. Ils créeront de l'emploi et payeront leurs charges et impôts avec joie.

Charles-Antoine Schwerer, économiste chez Asterès

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 01/07/2015 à 16:59 :
Enfin un avis sensé, clair et juste sur toute cette affaire. Oui, le monopole sur la maraude se justifie, sinon demain des milliers de chauffeurs rouleront au pas sur les Champs-Elysées et bloqueront tout le trafic. Oui, à cause du smartphone, ce monopole a beaucoup moins de valeur qu'avant. Non, nous n'avons pas à rembourser ou récompenser ceux qui ont spéculé CONTRE le progrès technique. Oui, il y a une demande sur le VTC low cost qui doit être satisfaite dans le respect de la législation sociale en vigueur.
a écrit le 01/07/2015 à 11:41 :
Il y a beaucoup de confusion sur ce sujet des VTC & UberPop vs. taxis aussi bien chez l'auteur de l'article que chez les lecteurs qui commentent.
1/ Il ne faut pas confondre économie du partage (qui est une évolution sociologique) avec économie numérique. Blablacar n'a rien à voir avec AirBnB ou Uber - même si une plate forme de réservation par internet est utilisée dans les deux cas - dans la mesure où il n'y a pas de gain attendu dans le covoiturage.
2/ Uber et ses concurrentes se sont développées en prenant de vitesse une profession qui n'a pas vu, ou pas voulu voir, les avantages que le numérique offre au consommateur: géolocalisation, paiement en ligne, notation des prestataires.
3/ Les taxis ont organisé pendant des années le maintien du numerus clausus à un niveau devenu insupportable pour le consommateur, ils le paient maintenant. Il n'y a pas de "licence" de taxi, il y a un autorisation administrative délivrée gratuitement que les taxis ont transformée en rente. C'est comme si les particuliers faisaient commerce de leur autorisation de stationnement résidentiel et que l'Etat laisse faire.
4/ C'est vrai ces normes sont dépassées. Je vis et ai vécu dans des pays où il y a différents types de taxi, des petits, des grands et des moyens, à des prix différents mais aussi aisément identifiables car tous peints aux couleurs des compagnies qui les exploitent ou à celles des centrales de réservation auxquels ils adhèrent (ça non plus les taxis français n'en veulent pas). Imposer 4,5m de longueur et 114cv n'a pas de sens, pour des déplacements urbains jusqu'à trois passagers une petite citadine à moteur thermique ou électrique est bien suffisante. Avoir plusieurs tailles de VTC et de taxis permettrait de réduire la pollution, les bouchons et d'avoir une offre diversifiée en prix et prestations.
5/ Bien entendu tous les prestataires doivent être égaux devant la loi en termes d'imposition, d'assurance et d'obligation de formation. Cependant exiger 250h de formation pour un chauffeur de VTC est démesuré, effectivement un permis PL ou TC demande moins d'heures et coûte moins cher.
a écrit le 30/06/2015 à 20:48 :
C'est ce qu'on appelle de la masturbation intellectuelle.
a écrit le 30/06/2015 à 20:28 :
Vous avez raison la machine est en route.
Le service uberpop va devenir ubercompact pro, des ex chauffeurs uberpop passant la capacité, (loti) 4 semaines de formations pour 1000€ .
Avec un statut SARL ou Sasu est voilà les Vtc low cost, voiture sans restriction sauf moins de 7 ans.
a écrit le 30/06/2015 à 16:58 :
La naiveté de l'auteur de l'article laisse pantois...
Le principe même de Uber est de ne pas employer de personnel. De laisser chacun de leurs chauffeurs travailler "en indépendants"... pour ne surtout pas avoir à payer de charges sociales. Les clients de ce service sont livrés à eux-mêmes et à leurs rêves de société nouvelle et branchée... mais quand les choses tournent mal, il n'y a plus personne. Le chauffeur n'est pas assuré, il n'y a personne qui réponde chez Uber, et de toute façon, qui lit les éventuels commentaires sur chaque chauffeur ?
Pour faire brancher, on appelle cela l'économie du partage... quelle plaisanterie. Le partage, c'est quand il y a un équilibre. Ici, le chauffeur garde les miettes. Et Uber renvoie tous les bénéfices aux Bermudes et au Delaware sans payer ni charges sociales, ni impôts nulle part. Quelle modernité, en effet.
L'auteur parle de mettre en avant les normes inutiles. Mais ici la norme inutile, c'est de payer des charges sociales et des impôts ? D'assurer son véhicule pour le transport professionnel de passagers ? Tous ces frais que n'ont pas les chauffeurs Uber... Quel progrès, en effet...
Imaginer comme le fait l'auteur que les chauffeurs UberPop vont se fiscaliser ou vont payer des charges sociales de façon volontaire est vraiment naif.
La société que nous prépare le possible développement d'Uber n'est pas réjouissante. Fin du lien social. Vous ne parlez plus qu'à une "appli". Fin des Etats qui ne collectent plus d'impôts. Tout est remonté au Delaware. Chaque citoyen devient "auto-entrepreneur", c'est à dire esclave des temps modernes, ramassant le miettes, avec la différence que son "patron" est en Californie et qu'il ne le verra jamais... Quel progrès.
Réponse de le 01/07/2015 à 1:15 :
+ 1000 rien n a rajouter.
Réponse de le 01/07/2015 à 10:36 :
Question : les taxis, qui n'ont jamais de lecteur de carte bleue et donc qui ne se font payer qu'en liquide, déclarent 100% de leurs revenus ? Etes-vous naïf au point de penser qu'ils le font? La traçabilité des revenus me parait beaucoup plus aisée avec les paiements CB des Uber & UberPop qu'avec les paiements en liquide des taxis.
Lorsque l'auteur parle de normes, je comprends qu'il parle des 250 heures de formation et des voitures de 114 chevaux et 4,5m de long. Est-ce bien nécessaire pour conduire lorsque vous avez déjà le permis ? C'est par ailleurs totalement en phase avec les efforts pour diminuer notre empreinte écologique sur cette planète.
Question assurance, il ne devrait pas être trop compliqué aux compagnies d'assurance d'étendre la garantie (contre paiement). Quant à la domiciliation des entreprises sur le sol français, là aussi, l'Etat peut se permettre (et doit) de l'imposer aux sociétés de VTC et VTCPop - et paradoxalement - beaucoup plus facilement qu'aux taxis...
Derrière c'est un choix de société, soit on laisse les gens s'en sortir, soit on les laisse dans un assistanat qui doit bien arranger quelques partis ou hommes politiques, mais avec un niveau de dette (+51,6 Milliard € en 3 mois) de 97,5% de notre PIB... ça ne pourra de toutes manières pas durer beaucoup plus longtemps. Je ne parle pas même pas de la suggestion lue plus bas de racheter les licences (solution au bas mot à 10 ou 12 Milliard €...). Dans ce cas pourquoi ne pas indemniser tous les commerçants qui ont fait faillite et n'ont pas réussi à revendre leur fond de commerce...
Réponse de le 02/07/2015 à 11:55 :
>> "La traçabilité des revenus me parait beaucoup plus aisée avec les paiements CB des Uber & UberPop qu'avec les paiements en liquide des taxis".

Vous faites preuve d’une objectivité bien superficielle avec des idées toutes faites et sans originalité colportées par tous les anti-taxis primaires.

Selon vous, le dispositif homologué par la préfecture de Paris (et celle des autres départements) appelé "taximètre ou horodateur" compte pour du beurre ou sert faire  joli au-dessus du tableau de bord!

Les propriétaires et les sociétés de taxis qui emploient des chauffeurs salariés pour rentabiliser leurs taxis n’auraient aucun contrôle sur ces derniers si les taximètres, tels des caisses enregistreuses, ne collectaient pas toutes les transactions, les courses et les temps de pause de la journée.

Le débat est tout autre:
Voulons nous préserver notre système protection sociale financé par la collecte des impôts, taxes et cotisations sociales ou souhaitons un monde du travail en miettes, de micro-travail ou de travail semi-amateur basé sur une économie du partage des restes sans aucune protection sociale?

En attendant je refuse que mes impôts servent à financer les minimas sociaux et la protection sociale dont bénéficient les "taxis mini-jobbeurs délinquants" de Uber.

10.000$: C’est le montant annuel qu’Uber devrait débourser aux États-Unis par chauffeur s’ils étaient requalifiés en employés. Si vous êtes fiers et heureux de les payer à sa place, grand bien vous fasse.
a écrit le 30/06/2015 à 16:57 :
Excellent argumentaire je suis d'accord à 100%. Je souhaiterais qu'un forum s'installe avec pétition possible pour le schéma que vous proposez. Je suis certain qu'une très vaste majorité des usagers seraient d'accord avec vous.
Pour info j'habite en banlieue prend très souvent l'avion CDG ou Orly, cela fait plus de 10 que je n'utilise qu'un VTC, qui me connait sait ou j'habite pour une course tarifée à l'avance, avec un service impeccable, attente à la la sortie des voyageurs. Les taxis à Paris ne font pas leur services, et d'une manière générale les Numerus Clausus sont une aberattion que ce soit pour le medical ou para médical, Notaires ou huissiers, taxis et autres professions où la concurrence est annihilée.
a écrit le 30/06/2015 à 16:27 :
Il faut racheter les licences des taxis et permettre a tout le monde de faire taxi en créant sa société et s'inscrivant au registre des artisans ou des professions libérales avec toutes les contraintes que ça comporte
a écrit le 30/06/2015 à 16:05 :
Merci pour cette analyse. Je suis d'accord à 100% avec vous. Il faut définir un statut pour les vtc low-costs.

Je vous félicite aussi pour votre courage car vous allez maintenant être la cible des taxis, et vous risquez d'être poursuivi pour incitation à l'usage de taxis clandestins.

Et méfiez-vous aussi des dénonciations anonymes.

Ah mais non je faisais un cauchemar on est en France pays des libertés.
a écrit le 30/06/2015 à 15:44 :
Nous pouvons critiquer UberPop, intenter une action en justice, explorer son business model. Il n'a rien d'illégal. Ce qui se passe avec la mise en examen des dirigeants est alors un abus d'état. Ce seront les seuls dirigeants mis en prison, pratique qui ne touche plus les pires arnaques telle celles d'Areva par exemple. Il est assez honteux qu'un Président de la république ait le pouvoir de diffamer et d'embastiller sans raison. La justice se prononcera.
a écrit le 30/06/2015 à 14:53 :
Effectivement, si les UberPop deviennent des UberX donc des VTC (auto-entrepreneurs) cela serait plus juste. Il y aurait des obligations et un minimum de charges.

Et puis, cela permettrait de garder le choix entre un taxi et un VTC.

De plus, les VTC permettent aux taxis de se remettre en question, d'évoluer, de s'adapter. Il faut de la concurrence si celle-ci est "saine". En effet, les taxis se sont "endormis" avec leur monopole. Il y a eu trop d'abus. Ils ont malheureusement trop souvent oublié que rien n'est jamais acquis. La société évolue, les pratiques aussi.
a écrit le 30/06/2015 à 14:28 :
Argumentaire bidon ! Je pense qu'il faut interdire UberPop, simplement. Laure
a écrit le 30/06/2015 à 13:03 :
Votre article est certes intéressant mais on peut considéré que le statut d’auto-entrepreneur correspond bien à l'activité uberpop. On pourrait même ajouter si on est mauvaise langue que les chauffeur uberpop ou VTC ne peuvent faire de course "au black" puisque tout passe par internet.
Bref pour moi la solution est déjà là mais bizarrement ce qui s'applique pour un plombier ou un électricien ne pourrait pas s’appliquer aux Taxis c'est pourquoi je ne comprend pas l'action du gouvernement.
Réponse de le 30/06/2015 à 15:44 :
surtout que cela a déjà été debattu au Senat !
http://www.senat.fr/questions/base/2009/qSEQ090408188.html
Réponse de le 01/07/2015 à 5:19 :
Enfin un commentaire censé. Effectivement les chauffeurs UberPop paient DEJA des charges et impôts comme autoentrepreneurs! Elles sont d'ailleurs très élevées!!
Et Uber est une plateforme de réservation qui ne touche qu'une commission.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :