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Togo : avec l'escalade de la violence, l'opposition persiste et en appelle à la France

Photo de Mounir El Figuigui

Emmanuel Atcha

Publié le 20 octobre 2017 à 15:38 - Mis à jour le 20 octobre 2017 à 15:38

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Le bilan du second jour des manifestations de cette semaine dans le pays oppose les acteurs politiques togolais. Si les autorités ne parlent que de personnes interpellées, l'opposition, elle, évoque le nombre de trois morts et se remobilise pour ce vendredi 20 octobre 2017. Pendant ce temps, cette dernière a dit s'en remettre à la France pour le départ du président togolais.

La violence est encore au rendez-vous ce jeudi 19 octobre au Togo lors des manifestations de l'opposition. Mettant en action militaires, gendarmes, policiers, miliciens et civils, plusieurs sources ont pu constater l'escalade de la violence dans le pays, surtout dans la capitale, où un peu partout, les jeunes ont affronté, avec des cailloux, des corps habillés ou des miliciens armés.

Dans son bilan officiel présenté à la fin de la journée, le ministre de la Sécurité et de la protection civile, le colonel Damehame Yark, a déclaré qu'il n'y a pas eu de perte en vies humaines, ni de blessés, mais seulement six personnes interpellées. Un bilan fortement contesté par l'opposition.

D'après les déclarations de Brigitte Adjamagbo Johnson, la coordinatrice de la coalition des quatorze partis de l'opposition, la journée ce jeudi a été aussi sanglante que celle du mercredi, faisant «trois morts, 44 personnes blessées par balles réelles tirées de pistolets silencieux ou par balles en caoutchouc et 55 arrestations». Adjamagbo Johnson a expliqué que les forces de sécurité et de défense se sont encore positionnées aux points de départ prévus, «accompagnées de milices très mobiles».

«Pendant que les jeunes essayaient de se défendre contre les milices, il y avait des forces de l'ordre et de défense qui s'acharnaient contre eux et les empêchaient de donner la réplique», a indiqué Adjamagbo Johnson.

Adjamagbo Johnson a ajouté que Sokodé, Bafilo et Tchamba sont toujours en état de siège et les habitants ont encore reçu la visite des forces de l'ordre chez eux à la maison. De quoi agacer le colonel Yark.

Le ministre de la Sécurité, pour qui d'ailleurs il n'y avait pas de milice, mais plutôt des «groupes d'auto-défense», a confié qu'il ne croit pas aux chiffres de l'opposition.

«Je ne sais pas de quelle source l'opposition a ces données. Je ne sais pas et je ne crois pas. Qu'on nous dise dans quel hôpital les morts ont été enregistrés et nous allons vérifier. Il faut comprendre cette campagne : les gens sont allergiques au fait qu'il n'y ait pas de morts. Je rends grâce à Dieu, il n'y a pas eu de morts», a indiqué le colonel Yark.

Le ministre de la Communication, Guy Madje Lorenzo, n'a pas hésité à appuyer ce dernier en accusant l'opposition «d'exacerber les passions». «Aujourd'hui, personne ne gagne à faire la comptabilité des blessés et des morts», a-t-il ajouté.

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L'opposition persiste en appelant à une nouvelle manifestation

Pour la coalition de l'opposition, la pression sur le gouvernement devrait être maintenue afin qu'il cède. Après les manifestations réprimées à la fois par les forces de l'ordre et de sécurité et les milices organisées, la Coalition a appelé les militants à encore sortir massivement, ce vendredi 20 octobre, pour contester le pouvoir. «Nous lançons un appel à l'opposition pour qu'elle résiste et le mot d'ordre reste valable pour demain. Nous continuerons à manifester avec les points de départ et les itinéraires prévus», a déclaré hier la coordinatrice de la coalition de l'opposition, à l'endroit des populations. Mais ce matin, comme hier, les ronds-points étaient pris très tôt et dans certains quartiers de Lomé, les bastonnades dans les maisons ont continué. Certains travailleurs ont même été relâchés avant de retourner chez eux. Mais malgré le climat délétère qui règne, des jeunes décidés continuent de résister.

«Seul le chef d'Etat français manque à l'appel»

Après deux mois de lutte acharnée pour demander le départ du président togolais Faure Gnassingbé, l'opposition a fait appel au chef d'Etat français, Emmanuel Macron. D'après Tikpi Atchadam, leader du Parti national panafricain, si tous les chefs d'Etat de la sous-région ouest-africaine qui ont des relations bilatérales avec le chef de l'Etat togolais, Faure Gnassingbé, font des pieds et des mains pour résoudre la crise au Togo et que cela n'aboutit à rien, il y a un seul président dont le mot manque à l'appel. Pour Atchadam, il s'agit du président français.

«C'est tout le peuple togolais qui attend le geste de la France, parce que tout le monde croit en la France. Les Togolais sont en train de défendre les mêmes valeurs défendues par la France. Les Togolais attendent un mot de la France pour les soutenir», a déclaré Tikpi Atchadam qui ajoutera que la France a sa manière d'appréciation et agira le moment opportun.

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«Le pays de la liberté et de la démocratie ne va pas attendre que la liberté et les droits de l'homme soient bafoués dans un pays comme le Togo et nous y croyons fermement», complétera le président du PNP, considéré comme le héros de la nouvelle orientation de la lutte depuis le 19 août 2017.

Pourtant, quelques minutes plus tôt, la France réagissait en condamnant les violences et appelant les acteurs politiques à entamer un dialogue.

C'est à travers le Quai d'Orsay que la France a réagi à la situation au Togo. Lors d'un point de presse, le ministre français des Affaires étrangères a déclaré :

«La France suit avec préoccupation la situation au Togo... Nous condamnons fermement les violences récentes qui ont fait plusieurs victimes [et] appelons les parties à l'apaisement et à entamer un dialogue».

Entre temps ce matin, les membres de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), boycottée par l'opposition, ont prêté serment devant la Cour suprême.

Emmanuel Atcha

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