LA TRIBUNE - Vous avez défendu, pendant de nombreux mois, le Crédit Impôt Recherche et le statut de Jeune entreprise innovante, plaidant pour éviter les coups de rabot envisagés par le Budget 2025. Le vote de la motion de censure qui a fait tomber le gouvernement Barnier ne constitue-t-il pas une aubaine pour l'écosystème et la possibilité pour vous de repartir au combat pour défendre ces deux statuts ?
PAUL MIDY - Je n'irais pas jusqu'à dire qu'il s'agit d'une aubaine. Les députés qui ont voté la censure sont irresponsables, c'est un saut dans l'inconnu et potentiellement une mauvaise chose pour la France. Mais nous allons faire en sorte de trouver le chemin et éviter le plus possible les impacts économiques. Dans l'immédiat, les dispositifs de soutien à l'innovation vont être tous reconduits mais attention le processus budgétaire n'est pas fini, et un nouveau budget sera débattu en début d'année. Je compte me battre jusqu'au bout pour faire en sorte que la copie budgétaire soit la meilleure possible, que l'on conserve tout ce qui fonctionne et que l'on améliore ce qui fonctionne moins bien. Ce qui fonctionne, c'est le crédit impôt recherche, le crédit impôt innovation, le dispositif jeune entreprise innovante. Il faut faire attention aux idées de rabot qui peuvent être émises par les plus budgétaires d'entre nous. Lorsqu'on fait un rabot en limitant le nombre de start-up éligibles au statut JEI, on ne limite pas un petit peu l'avantage, on sort des milliers d'entreprises du jour au lendemain de tout le dispositif, des réductions de charges patronales et de soutien à l'investissement avec les incitations fiscales. L'autre risque - et je commence à l'observer - c'est de penser que le CIR, c'est fini. La conséquence est que de nombreuses entreprises préparent des business plans pour 2025, sans le crédit impôt recherche. Une telle situation illustre le danger d'une gestion budgétaire à courte vue : une réduction de dépenses mineure, sans réel impact sur l'équilibre financier national, peut engendrer des conséquences négatives disproportionnées. En cherchant une économie marginale, on risque de décourager les acteurs économiques essentiels à l'emploi et à l'innovation, compromettant ainsi les moteurs de la croissance et de la compétitivité française.