La sécheresse historique cet été dans le Sud-Ouest a contraint les autorités à puiser massivement dans les réserves d'eau issues des lacs pyrénéens pour maintenir le débit de la Garonne et éviter une baisse drastique des rendements agricoles. Face à "une accélération du réchauffement climatique", le département de la Haute-Garonne multiplie les pistes pour se préparer au scénario d'un fleuve avec un débit naturel réduit de moitié "dès 2035 au lieu de 2050".À Toulouse, la centrale EDF du Bazacle offre une vue imprenable sur la Garonne. Depuis l'ouvrage hydroélectrique, impossible de ne pas remarquer le niveau d'eau extrêmement faible du fleuve. Une caméra installée sur le toit de la centrale permet de suivre en temps réel son débit. Après deux mois caniculaires, la Garonne a atteint ces dernières semaines son seuil le plus bas depuis 60 ans en été. "Le débit est descendu jusqu'à 30 m3 par seconde. Et pourtant, nous avons injecté depuis début juillet jusqu'à 40% de l'eau présente dans la Garonne", relève Jean-Michel Fabre, vice-président du conseil départemental de la Haute-Garonne en charge de la transition écologique.
La moitié des réserves d'eau potable déjà utilisées
Dès le 9 juillet, le Syndicat Mixte d'études et d'aménagement de la Garonne (SMEAG) a commencé à puiser dans les réserves d'eau potable issues des lacs hydroélectriques gérés par EDF dans les Pyrénées.
"25 millions de mètres cubes d'eau ont été mobilisés sur le seul mois de juillet, soit le double de ce qui n'a jamais été utilisé, pointe l'élu. La priorité était de préserver les usages, sans quoi les rendements agricoles auraient été nettement réduits. Certaines cultures étaient plus avancées que d'habitude en raison de la sécheresse et ont eu besoin d'eau plus tôt. Les activités industrielles auraient également été très impactées par des restrictions d'eau."
Mais à partir du mois d'août, la sécheresse s'éternisant, les autorités ont voulu conserver des réserves d'eau potable pour tenir jusqu'à l'automne. D'où le début de restrictions (pas d'arrosage du potager la journée ni de remplissage des piscines). Malgré ces mesures, 39 millions de m3 de réserves d'eau ont été utilisés depuis le début de l'été, soit plus de la moitié du stock disponible.
De quoi donner aux Toulousains un aperçu de la pénurie d'eau qui est à craindre dans les décennies à venir en raison du réchauffement climatique. Une étude prospective réalisée par l'Agence de l'eau Adour-Garonne entre 2011 et 2013 avait révélé qu'en l'absence de mesures fortes d'adaptation et de préservation des ressources naturelles, les débits naturels d'étiage seront en moyenne réduits de moitié pour le bassin de la Garonne à l'horizon 2050.