« Notre action municipale se veut ouverte et pluraliste » (Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse)

Pierrick Merlet

74% des sondés estiment que Jean-Luc Moudenc a un projet pour Toulouse.
Rémi Benoit

Pierrick Merlet

74% des sondés estiment que Jean-Luc Moudenc a un projet pour Toulouse.
Rémi Benoit
« La Tribune » - Le sondage exclusif Ifop pour La Tribune est un véritable satisfecit de votre action municipale menée depuis 2020. Selon l'étude, 77% des sondés approuvent votre politique sur l'ensemble de la ville et 67% à l'échelle de leur quartier. Comment accueillez-vous ces différents résultats ? Êtes-vous surpris par le fait que les électeurs de gauche sont satisfaits de votre travail ?
Jean-Luc Moudenc - L'action municipale menée est très largement approuvée, au-delà des clivages politiques. J'ai toujours dit aux Toulousains que l'action municipale ne doit pas être politisée, ni menée par des logiques partisanes. Notre action se veut ouverte et pluraliste. Ces résultats sont très réconfortants et cela nous conforte dans la direction que nous prenons.
Sujet après sujet, comme la propreté, la sécurité, les transports en commun ou l'attractivité économique, votre action est bien mieux notée que celle de vos homologues à Lyon, Bordeaux, Marseille et Paris. Quelle analyse politique en tirez-vous ?
Je suis un maire de centre droit et je fais mieux sur les sujets sondés à Toulouse, qui est pourtant une ville plus à gauche, que les autres villes citées. Mes collègues sont de gauche dans des villes sociologiquement de gauche comme l'attestent les résultats des cinq villes en question lors des élections nationales. « Normalement », j'aurais dû faire plus mal qu'eux, étant le seul d'une orientation politique différente de celle de la ville.
D'ailleurs, je note que les 75% de taux de satisfaction sur notre politique dédiée aux transports en commun sont un désaveu massif du discours de nos opposants. S'agissant de la circulation (41% de satisfaction, ndlr), il y a toujours et partout dans les grandes villes une majorité d'avis négatifs.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.


L'institut IFOP a interrogé, en exclusivité pour La Tribune, 711 personnes par téléphone, entre le 27 septembre et le 2 octobre.
Les sondés ont aussi été interrogés sur la perception qu'ils ont de vous et 69% se disent satisfaits de votre manière de gérer la ville et votre comportement. Dans le détail, 77% estiment que vous défendez bien les intérêts des Toulousains, autant que vous êtes compétents pour le poste. Aussi, ils sont 67% à vous déclarer présent sur le terrain et 64% à l'écoute des Toulousains, un score très élevé selon l'institut Ifop pour un maire d'une grande ville. Qu'avez-vous changé entre ce mandat et le précédent pour que votre action soit si bien perçue ?
Il y a une différence très importante entre ce mandat et le précédent. Le mandat actuel est marqué par une forte croissance des outils de concertation avec les habitants. Nous avons élargi les commissions de quartiers et nous avons créé le site internet « Je Participe Toulouse ». Nous avons lancé et reconduit le dispositif Mes idées pour mon quartier, qui permet aux habitants de proposer des micro-projets pour leurs quartiers, avant de les soumettre aux votes de la population puis ceux retenus sont financés par un budget participatif. Nous avons fait la même chose avec « Toulouse + fraîche » pour lutter contre les îlots de chaleur. Les Toulousains peuvent donner des idées et participer au débat public. C'est notre grand point d'amélioration sur ce mandat, avec une municipalité davantage à l'écoute.
Quant à ma présence sur le terrain, c'est un point qui me satisfait particulièrement car je vais beaucoup à la rencontre des Toulousains. Cela me tient à coeur mais c'est très prenant et je suis soulagé que cela soit ressenti par les habitants. D'habitude, tous les sondages indiquent que les élus sont jugés insuffisamment à l'écoute des gens et de leurs préoccupations.

Jean-Luc Moudenc est perçu comme honnête par 71% des sondés.
Comment abordez-vous le dernier tiers du mandat ? Au regard du contexte économique et politique national, le gouvernement compte demander un effort financier aux collectivités locales semble-t-il. Est-ce-que cela vous inquiète ? Votre ville étant notamment engagée dans le chantier de la troisième ligne de métro dont le financement a été difficile à boucler.
La troisième ligne de métro avance, dans le calendrier prévu et l'enveloppe prévue. Les interrogations sur le financement sont derrière nous. Par contre, il y a un point sur lequel je suis inquiet. Nous éprouvons des difficultés sur le plan financier au sein de la collectivité en raison de l'amoindrissement de nos recettes, causé par la suppression de la taxe d'habitation et de la CVAE. Sur ces dernières années, cela représente 27 millions d'euros de recettes en moins, malgré une compensation de l'État avec une fraction de TVA. En parallèle, l'État a décidé, sans concerter les collectivités locales, de revaloriser certaines rémunérations de nos personnels. Cela représente 37 millions d'euros de dépenses de fonctionnement supplémentaires à l'année alors que dans le même temps l'État nous demande un effort d'économies de 0,5% par an sur nos dépenses de fonctionnement. Il faut ajouter à cela l'inflation et les surcoûts liés à la hausse des taux d'intérêts ces dernières années et nous arrivons à une situation extrêmement complexe.
Les nouveaux ministres des Finances et des Comptes Publics, et leurs prédécesseurs, ne connaissent pas suffisamment le fonctionnement des collectivités locales. Depuis 50 ans, tous les gouvernements font voter au Parlement des budgets qui ne sont pas à l'équilibre, mais ils interdisent cette pratique aux collectivités locales...
Pour rester sur le sujet des investissements, de nombreux acteurs locaux demandent la construction d'un « grand stade » à Toulouse. La Métropole a beaucoup investi ces dernières années sur le Stadium pour accueillir des événements internationaux malgré une capacité de 32 000 places. Quelle est votre position à ce propos ?
Je suis d'accord pour ouvrir ce dossier, sous la forme d'une réflexion partagée, à condition qu'elle soit la plus objective possible. Pour moi, il ne s'agit pas d'avoir un stade plus grand pour dire que nous avons un stade plus grand. Concrètement, quels événements pourrions-nous accueillir demain et que nous ne pouvons pas accueillir actuellement en raison de la capacité de 32.000 places ? Cela demande un effort d'objectivement et de ne pas être seulement dans une position de principe.
L'autre question, agrandissons-nous le Stadium ou construisons-nous un grand stade ? Sur la première option, l'agrandissement est physiquement possible. Mais jusqu'où nous agrandissons ? 40.000 ? 45.000 ? 50.000 ? Mais la réflexion doit être documentée. Qu-est-ce que nous aurons avec 40 que nous n'avons pas à 32, etc ? La seconde option, qui a été retenue par un certain nombre de grandes villes ces derniers temps, mais là nous parlons d'autre chose. Ce sont des investissements à 600 millions d'euros et 641 millions pour Lille et Lyon, par exemple, avec deux modèles possibles. C'est un modèle privé pour Lyon et un modèle public pour Lille. Il faut que les collectivités aient les moyens de mettre une telle somme sur la table, dans une conjoncture qui est difficile. En ce moment, toutes les collectivités se plaignent de leurs contraintes financières dont il faut être vigilant à ne pas être dans la contradiction en engageant une dépense démesurée.
Par ailleurs, je ne suis pas contre un nouveau grand stade, mais à ce moment-là il faut qu'il y ait un porteur de projet privé qui finance l'essentiel. Aujourd'hui, je n'en connais pas, mais mon bureau est ouvert. Je n'ai pas reçu une seule demande de rendez-vous pour financer un tel projet à l'heure actuelle.
À 18 mois des prochaines élections municipales, comment vous projetez-vous sur ce scrutin ? L'Insoumis François Piquemal souhaite se présenter, par exemple. Il y a eu l'hypothèse Carole Delga pendant un temps. Vous, vous avez annoncé votre intention de vous présenter aussi...
À lire également
Nous sommes désormais sur un paysage politique très mouvant dans notre pays. Qui aurait imaginé début juillet que Michel Barnier serait Premier ministre ? Qui aurait imaginé au début du mois de juin que nous aurions cette Assemblée nationale ? Nous devons être très modeste quand nous faisons des commentaires politiques. Il est impossible de connaître dans quel climat se déroulera le prochain scrutin municipal et je ne m'en préoccupe pas, c'est ma ligne de conduite. Je n'ai pas annoncé ma candidature, j'ai répondu par honnêteté à un journaliste qui m'a demandé si j'avais l'intention d'être candidat en 2026. Mais je n'ai pas ouvert la campagne électorale depuis et je ne suis pas en campagne. Mon équipe et moi sommes pleinement au travail pour les Toulousains et il n'y a aucune raison que nous arrêtions ce travail. Notre challenge est de pousser notre travail pour que toutes les réalisations que nous avons promises et engagées voient le jour.
Pierrick Merlet