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Privatisation de Toulouse-Blagnac : l'aéroport peut-il vraiment accueillir 18 millions de passagers ?

Photo de Gael Cérez

Gael Cérez

Publié le 18 décembre 2014 à 15:09 - Mis à jour le 27 janvier 2015 à 15:23

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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18 millions de passagers à l'aéroport de Toulouse à l'horizon 2030, c'est l'objectif industriel présenté par le consortium Symbiose, "pressenti" par l'État pour racheter ses parts dans la société ATB. Un chiffre qui fédère les opposants à la privatisation, qui vont déposer un recours devant le Conseil d'État, demain vendredi à Paris. Cet objectif de fréquentation relance également la question d'un second aéroport dans la région toulousaine.

Bien qu'on ne connaisse pas à l'heure actuelle la teneur du projet industriel de Symbiose, on sait que le consortium chinois compte augmenter le nombre de passagers à l'horizon 2030 en passant de 7,5 à 18 millions. "Une véritable ambition industrielle" dont s'est réjouit Emmanuel Macron, le ministre de l'Économie. Mais cette ambition est-elle réalisable ? Se pose d'abord la question de l'accueil des 11 millions de passagers supplémentaires. "Les repreneurs chinois proposent d'ajouter 50 000 m2 couverts supplémentaires pour absorber l'augmentation de la fréquentation, c'est largement insuffisant", estime Bernard Keller, le maire de Blagnac. Qui par ailleurs, paiera ces investissements importants ? Il est bien trop tôt pour le dire.

Pour le président du Ceser, les structures actuelles ne permettent pas un tel accroissement : "18 millions de passagers, c'est presque Orly, rappelle Jean-Louis Chauzy. Toulouse est un aéroport d'agglomération dont les deux pistes sont utilisées pour les passagers, le fret, Airbus et ATR. Il y a des marges pour accroître la fréquentation mais pas suffisamment." D'après nos informations, la saturation de l'aéroport est prévue aux alentours de 12 à 14 millions de passagers.

"Le temps du mépris est terminé"

Si l'infrastructure actuelle n'est pas suffisante, il faut donc l'agrandir ou construire un nouvel aéroport. La première perspective alarme les riverains et certains élus. "Imaginer qu'on puisse doubler ou tripler le nombre de passagers nous met très en colère", affirme Chantal Beer-Demander, la présidente du collectif contre les nuisances aériennes de l'agglomération toulousaine. "Attention à ce que cette privatisation ne soit pas l'arbre qui cache la forêt, et en l'occurrence la construction d'un nouvel aéroport", s'inquiète quant à lui Didier Cujives, conseiller régional et ancien porte-parole de l'opposition au projet de second aéroport (en 2003). Cette privatisation est adossée à un projet de hub dont Midi-Pyrénées n'a pas besoin. Plutôt que de concentrer 18 millions de passagers à Toulouse, mieux vaudrait densifier les aéroports de Carcassonne, Rodez et Tarbes."

Agrandir ou construire, deux solutions balayées par le président du Ceser. "Si l'on méprise la population et les riverains, alors c'est faisable. Mais le temps du mépris est terminé. Aucune collectivité n'a été élue cette année pour appliquer une telle politique, déclare Jean-Louis Chauzy. Qui plus est, entre un second aéroport et l'arrivée du TGV à Toulouse, c'est le TGV qui l'a emporté." Traduction : les collectivités n'auront pas les moyens de financer les deux infrastructures et l'arbitrage a privilégié le train. Et de marteler : "Les objectifs de Symbiose ne peuvent se réaliser qu'au détriment des riverains, d'Airbus et d'ATR".

Un recours contre la privatisation

Remontés contre les implications de la privatisation de l'aéroport, les riverains, justement, vont déposer vendredi un recours devant le conseil d'État, comme nous l'annoncions en exclusivité jeudi 11 décembre. Étudié par Maître Christophe Lèguevaques, le dossier est porté par un collectif rassemblant associations de riverains, élus écologistes et socialistes, représentant du Parti de gauche et syndicalistes. Une coalition hétéroclite aux motivations parfois contradictoires mais dont l'objectif est clair : empêcher la privatisation de la société de gestion de l'aéroport de Toulouse-Blagnac.

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"Nous déposons un recours pour excès de pouvoir, en raison d'irrégularités de procédure et de non respect de la loi, expose Christophe Lèguevaques. Nous saisissons également en référé le Conseil d'État pour éviter la signature des actes de cession par le gouvernement. Nous espérons être convoqués avant le 24 décembre par le Conseil d'État.

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L'avocat toulousain, inscrit au barreau de Paris, annonce ne pas manquer d'arguments pour étayer le recours. Outre les conséquences sur la santé des riverains en cas d'augmentation du trafic aérien -"un atterrissage toutes les 8 minutes la nuit à Toulouse contre 20 vols de 22h à 6h actuellement" - Maître Lèguevaques met en avant les 308 M€ de l'offre chinoise dont "la disproportion doit alerter".

Sur le plan du droit, l'avocat affirme que "les lois, les règlements et le cahier des charges n'ont pas été respectés". "Les principes de transparence et d'égalité entre les candidats n'ont pas été respectés, précise-t-il. Certains candidats paient des impôts en France alors que d'autres sont domiciliés dans des paradis fiscaux. Il leur est donc plus facile de faire une offre avantageuse".
En outre, "la clause d'honorabilité empêche qu'une société condamnée par la justice puisse candidater. La SNC Lavalin a été radiée pour 10 ans par la Banque Mondiale pour des faits de corruption. Sa candidature n'était pas légale."

L'intégralité du recours sera consultable en ligne vendredi après sont dépôt au Conseil d'État à Paris.

Gael Cérez

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