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Politique - La Tribune MontpellierRéforme territoriale - La Tribune Montpellier

Pourquoi le rachat d'Arianespace par Airbus n'est pas vraiment urgent

Michel Cabirol

Publié le 13 avril 2015 à 16:23 - Mis à jour le 13 avril 2015 à 16:28

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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La vente de la participation du CNES dans Arianespace au profit de la société commune entre Airbus et Safran, Airbus Safran Launchers, pose toute une série de problèmes. Il parait urgent de prendre son temps pour décider ou pas de poursuivre cette opération.

Selon nos informations, l'État et Airbus Safran Launchers (ASL) sont entrés dans une phase de négociations pour déterminer combien coûte la participation de 34,68 % détenue par le CNES dans le capital d'Arianespace. "Tout le travail de méthodologie a été fait, il faut que l'on se mette maintenant d'accord sur un prix de vente", assure-t-on à "La Tribune". La négociation pourrait se terminer très rapidement, avant le début de l'été, si du moins ASL est prêt à y mettre le prix, assure-t-on. Soit avant l'arrivée du futur directeur général de l'Agence spatiale européenne (ESA), Johann-Dietrich Woerner, qui serait extrêmement réservé par cette opération.

SpaceX vaut 10 milliards de dollars. Et Arianespace?

"ASL a compris que Arianespace ne valait pas zéro euro", fait-on remarquer. Ce qui n'a pas été sans mal au début des discussions, selon des sources concordantes. C'est le coeur du dossier pour les industriels. Toutefois, on comprendrait mal que ASL mette la main sur la participation du CNES, donc de l'Etat, dans Arianespace, leader mondial dans la commercialisation et l'exploitation des systèmes de lancement spatiaux, sans bourse déliée.

Et ce d'autant que le challenger américain d'Arianespace, SpaceX a été valorisé 10 milliards de dollars. En janvier dernier, le géant américain d'internet Google et le fonds d'investissement Fidelity ont investi un milliard de dollars environ dans SpaceX, la société de transport spatial du milliardaire américain Elon Musk... pour une participation se situant juste en-dessous de 10%.

Le juge de paix sera bien sûr la commission des participations et des transferts (CPT), qui donnera son avis sur l'opération. Et pourquoi pas aussi la commission européenne, qui pourrait se saisir du dossier en raison de possibles problèmes de concurrence.

Pourquoi ne pas attendre 2016

Sur le plan technique, le processus de vente avance bon train. Sur le plan politique, la décision a été prise en France en juillet 2014. Les actionnaires minoritaires d'Arianespace (Allemagne, Italie, Belgique, Espagne...), sont en revanche un peu plus circonspects sur l'urgence d'une telle opération. Il semblerait qu'il soit plus important pour les industriels de régler d'abord le financement d'Ariane 6, comme l'avait révélé La Tribune. D'autant que l'Allemagne est très remontée par le refus d'Airbus et de Safran de tenir ses engagements en matière de financement. Au sein de l'Etat, on travaille sur un cadre de gouvernance, qui respecte les actionnaires minoritaires. "Nous prenons en compte ces préoccupations. C'est en bonne voie", explique-t-on à La Tribune.

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En outre, la question de la vente de la participation du CNES dans Arianespace pourrait logiquement attendre 2016, année de la prochaine conférence ministérielle de l'Agence spatiale européenne (ESA), qui prendra la décision de sécuriser définitivement Ariane 6 et donc de lancer le programme. D'autant que le futur lanceur européen n'est pas encore commercialisé et surtout les performances d'Ariane 6 sont encore loin d'être stabilisées. "C'est comme si un magasin vendait aujourd'hui un objet qui sera produit dans dix ans, résume un industriel. Il n'y aucune raison de se précipiter".

Par ailleurs, cette opération n'apporte pratiquement aucune économie, selon une étude réalisée par le cabinet Roland Berger pour le compte de l'ESA. Une analyse des interfaces entre Arianespace et Airbus avait révélé qu'il "n'y a rien à gagner" entre le deux sociétés, affirme-t-on à La Tribune. En revanche, les personnels d'Arianespace craignent d'être surtout la variable d'ajustement dans l'actuelle restructuration d'Airbus.

Enfin, Arianespace, en dépit de l'arrivée sur le marché de SpaceX, reste très compétitive. La société européenne a remporté dix contrats de lancement avant même la fin du premier trimestre 2015. Soit déjà un de plus que par rapport à toute l'année 2014. Pourquoi changer une organisation qui gagne et qui a porté Arianespace à la première place mondiale ?

Quels dangers ?

Céder Arianespace à ASL n'est pas aussi anodin qu'il n'y parait et l'opération comporte de nombreuses conséquences qui pourraient s'avérer dangereuses à terme. Notamment pour Arianespace, aujourd'hui leader mondial dans son domaine. Les constructeurs de satellites rivaux d'Airbus (Loral, Thales, OHB, Boeing...) sont inquiets, très inquiets pour certains d'entre eux par cette opération. "Ce serait une erreur majeure", affirme l'un d'entre eux. Car pour préparer une mission de lancement, Arianespace pénètre très loin dans l'intimité du savoir-faire des fabricants de satellites.

La mainmise d'Arianespace par Airbus pourrait en gêner certains et les faire fuir vers la concurrence. "Il y aura une muraille de Chine entre les deux sociétés", assure toutefois une source proche du dossier. Mais on touche-là à la confiance d'un client vis-à-vis de son fournisseur. Ce qui est indéfinissable...

En outre, les rivaux d'Airbus s'interrogent sur de possibles distorsions de concurrence que peut occasionner cette opération. "Airbus peut bénéficier d'informations privilégiées sur le plan technique auprès d'Arianespace, ce qui peut lui permettre d'optimiser ses satellites et lui donner un avantage concurrentiel dans un appel d'offre auprès des opérateurs", explique-t-on à La Tribune. Notamment à l'occasion d'appels d'offre lié portant sur l'achat couplé satellite plus lancement.

Enfin, selon des rivaux d'Airbus, Arianespace pourrait octroyer des créneaux de lancements privilégiés à sa maison-mère. Que ce soit vrai ou pas, il y aura toujours un doute dans les esprits. Ce qui n'est jamais bon dans les affaires. "Avec un boulet au pied, Arianespace sera moins agile commercialement", analyse un industriel. Chez Thales Alenia Space (TAS), qui était prêt à déposer un dossier à la commission européenne, on estime que "Airbus a compris nos préoccupations et que des mesures seront prises en vue de répondre à nos inquiétudes".

Pour Ariane 6, le Centre spatial guyanais sera-t-il gratuit?

C'est de bonne guerre, les industriels demandent la gratuité du Centre spatial guyanais (CSG) pour garantir les prix du lanceur. En dépit des demandes réitérées de la direction de la société de lancement, cela lui a toujours été refusé. Arianespace paie environ entre 50 et 150 millions d'euros par an pour bénéficier des installations du CSG. "Les conditions exigées par ASL pour l'exploitation des lanceurs se traduirait par des supports financiers étatiques 2 à 2,5 supérieurs à ce que perçoit aujourd'hui Arianespace", souligne un bon connaisseur du dossier.

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C'est une vieille revendication des industriels. En juillet dernier, ils avaient déjà demandé aux États de prendre à leur charge le maintien en condition opérationnelle du CSG. Aussi les demandes d'ASL augmentent le support financier des pouvoirs publics plutôt que de les alléger.

Michel Cabirol

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