Réforme territoriale : « Il n’y a pas de corrélation entre la taille de la région et son attractivité »
Marie Lyan
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Interrogé sur le bilan de la fusion des régions comme Auvergne Rhône-Alpes issues de la loi NOTRe, le géographe et démographe Gérard-François Dumont se dit assez "sceptique" sur la dénomination de régions comme le Grand-Est, "qui ne veulent rien dire....
ECLAIRAGE (3/3). Cinq ans après la création des grandes régions, quel est le mode d'emploi ? Spécialiste des nouvelles logiques migratoires, le géographe et démographe français, Gérard-François Dumont, qui enseigne à l’Institut de géographie et d’aménagement de la Sorbonne, revient avec la Tribune sur le rôle et la constitution de ces grandes régions comme Auvergne Rhône-Alpes, nées de la réforme territoriale. Mais aussi sur les origines des défis qu'elles rencontrent aujourd'hui.
LA TRIBUNE - Les élections régionales de 2021 marquent aussi les cinq ans de la fusion des 22 régions françaises, passées au nombre de 13. A-t-on réellement assisté à l'émergence d'une d'identité commune à ces grandes régions, comme Auvergne-Rhône-Alpes ?
GERARD FRANCOIS-DUMONT - Cette question est en effet fondamentale, dans la mesure où, pour que les citoyens puissent s'investir sur un territoire, que ce soit des acteurs économiques, associatifs, etc, l'expérience prouve qu'il faut qu'ils aiment et s'approprient ce territoire. Sinon, ils ont un comportement plus passif.
On voit aussi que toute grande réussite territoriale est liée plus profondément à des aspects qualitatifs que quantitatifs.
Dès lors, comment parvenir à définir une identité au sein d'une grande région, compte-tenu de la dimension très vaste de ce territoire, plus grand par définition, mais surtout, d'un héritage identitaire très diversifié ? Comment ressentir une identité commune entre le Puy-de-Dôme et la Savoie ou l'Ain ?
En ce sens, le nom de la future région est-il déterminant pour la suite ?
Lorsque la question du nom s'est posée, l'initiative prise, dans le cas d'Auvergne Rhône-Alpes, et qui était notamment de conserver et accoler les deux noms était probablement bonne, car elle correspond à la conservation de l'identité de l'Auvergne, nom historique à valoriser, et c'est la même chose avec Rhône-Alpes.
D'ailleurs, on voit plus largement que les deux tiers des grandes régions nouvellement créées ont choisi de reprendre un nom ayant une signification historique, qui donne du sens à leur territoire. Pour la même raison, je suis assez sceptique sur la dénomination de régions comme le Grand-Est, qui ne veulent rien dire.
Que peuvent-elles signifier dans le contexte de l'Europe, ou encore des autres continents avec lesquels elles ont pourtant des échanges ? Pour tirer son épingle du jeu à ce niveau et créer une région qui a du sens, il faut pouvoir être en mesure de faire valoir ses identités historiques ou des logiques géographiques.
Newsletter
Ma Tribune
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.