"Fusionner Eurométropole de Strasbourg et département ne serait pas une bonne idée"

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Le rayonnement de Strasbourg profite à toute l'Alsace, mais le département ne peut plus y participer de la même manière. (Frédéric Bierry, le nouveau président (UMP) du conseil départemental du Bas-Rhin)
"Le rayonnement de Strasbourg profite à toute l'Alsace, mais le département ne peut plus y participer de la même manière." (Frédéric Bierry, le nouveau président (UMP) du conseil départemental du Bas-Rhin) (Crédits : Olivier Mirguet)
Frédéric Bierry, le nouveau président (UMP) du conseil départemental du Bas-Rhin, répond aux accusations de la gauche strasbourgeoise qui reproche à sa collectivité de ne plus vouloir co-financer les grands projets de l'agglomération.

La Tribune - Le prochain contrat triennal Strasbourg Ville Européenne sera adopté dimanche entre l'Etat et les collectivités locales. Il apportera 147 millions de financements pour aider la ville d'assurer ses fonctions d'accueil des institutions internationales. Pour la première fois depuis les années 1980, votre collectivité n'y participe pas. Pourquoi ?

Frédéric Bierry - Le territoire de l'Eurométropole de Strasbourg n'est pas le seul concerné par notre réduction de voilure. Le conseil départemental subit une triple peine. Cette année, il y a une baisse de 20 millions d'euros sur nos dotations. Dans le même temps, la dépense sociale va augmenter de 10 % parce qu'il y aura de plus en plus de bénéficiaires du RSA, de personnes âgées et de handicapés. L'Etat ne compensera pas cette évolution. L'Etat nous doit déjà un milliard d'euros, en cumul depuis 2008. Nous ne les verrons jamais ! On a tous intérêt à ce que la métropole soit attractive. Le rayonnement de Strasbourg profite à toute l'Alsace, mais le département ne peut plus y participer de la même manière.

Les élus socialistes de l'Eurométropole reprochent au conseil départemental et à sa majorité UMP de jouer une carte politique...

C'est faux. On est dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint. Le social représente 60 % de notre budget. L'investissement du département a fondu. Il est passé de 200 millions d'euros en 2013 à 148 millions cette année. Dans certains secteurs ruraux du Bas-Rhin, nous arrivons en fin de contrat de projets sans savoir ce qu'il y aura derrière. Il n'y a plus de moyens.

Robert Herrmann, président socialiste de l'Eurométropole, veut réfléchir avec vous à une mutualisation des moyens du département et de l'agglomération sur le territoire étendu de Strasbourg. Etes-vous prêt à fusionner les collectivités, sur le modèle lyonnais ?

Si on le faisait, on ne parlerait pas de fusion, mais de diffusion. Ce ne serait pas une bonne idée. Dans le Rhône, ils ont fait le choix de créer deux départements là où il n'y en avait qu'un. La métropole a pris toutes les compétences départementales et on a créé un petit département rural. Je pense au contraire qu'on a besoin, à Strasbourg, d'un partenariat renforcé entre le rural et l'urbain. La vocation principale de la métropole, c'est l'innovation, le rayonnement, le développement économique, l'attractivité.

L'idée de la fusion, c'est d'abord une économie de moyens. Pourrait-on réduire les doublons dans les services centraux ?

Si l'Eurométropole veut tout étreindre, elle le fera mal. Nous sommes prêts à intervenir en soutien sur tout ce qui fera son rayonnement. Ce soutien ne pourra plus être financier. Il va s'organiser différemment. Si on séparait le territoire de l'agglomération, on devrait créer deux services d'incendie et de secours, deux maisons départementales des personnes handicapées. En cloisonnant. Où est l'économie ? L'Eurométropole dispose déjà de la délégation sur nos moyens consacrés à l'insertion. Reste la protection de l'enfance, le handicap, les personnes âgées : l'agglomération devrait élaborer une toute nouvelle politique sociale. Cette politique, nous la maîtrisons.

Si la loi sur la Nouvelle organisation territoriale de la République (loi NOTRe) confirme le rôle d'animation économique de l'Eurométropole, comment allez-vous gérer les moyens des agences de développement en Alsace ?

Si les élus de l'Eurométropole voulaient créer une autre agence de développement, ils feraient erreur. Le Bas-Rhin dispose depuis plus de soixante ans, avec l'Adira, d'un outil efficace. A l'échelle de l'Alsace, la coordination s'est améliorée entre notre agence départementale, son homologie dans le Haut-Rhin et l'agence d'attractivité qui intervient au niveau de la région. D'autres évolutions sont nécessaires. Les agences sont au service d'une politique, et non l'inverse.

En Alsace, l'UMP a été vent debout contre la carte de la réforme territoriale qui fusionne la région avec la Lorraine et Champagne-Ardenne. Dans le même temps, les régionalistes ont joué sur la confusion entre l'identité régionale, la culture et la politique culturelle. Serait-il pertinent de fusionner les deux départements alsaciens, Bas-Rhin et Haut-Rhin ?

Je suis d'accord avec les régionalistes d'Unser Land sur un point : il faut davantage de proximité. Mais nos concitoyens en ont marre des propositions institutionnelles. Ils l'ont exprimé avec leurs votes pour les partis extrêmes au mois de mars. Mon objectif, c'est de mutualiser l'action et de renforcer les partenariats avec le département du Haut-Rhin. Si cela devient naturel pour les habitants, on pourra aller plus loin.

L'aéroport de Strasbourg, concurrencé par le TGV et par les aéroports voisins en Allemagne et en Suisse, a été menacé de disparition. Il doit sa survie à l'intervention des collectivités, qui ont débloqué 3 millions d'euros pour baisser les taxes et les redevances. Entendez-vous rester au tour de table ?

A la marge du contrat triennal, le département du Bas-Rhin continuera de co-financer la baisse des taxes aéroportuaires. Depuis deux ans, l'aéroport de Strasbourg renoue avec une dynamique positive. Easyjet et Volotea se sont installés sur la plate-forme. D'autres infrastructures de transport, que nous entendons co-financer, peuvent contribuer à l'accessibilité de la capitale régionale. Le projet de transport routier en site propre à l'ouest de l'agglomération strasbourgeoise figure parmi mes priorités.

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Commentaires
a écrit le 08/06/2015 à 17:24 :
"Ils l'ont exprimé avec leurs votes pour LES partis extrêmes au mois de mars"

Il parle de qui là ? FN et ... ? Front de Gauche ? Alsace d'Abord ?
a écrit le 29/04/2015 à 13:34 :
En droit commun, un mariage forcé, cela s'appelle un viol !
On notera le parti-pris du journaliste : défendre notre identité, nos institutions (Conseil Régional) et le peu d'autonomie qu'il nous reste comme le fait Unser Land, c'est ..."jouer sur la confusion" !!!
Des propos qui rappellent ceux de Marylise Lebranchu : "Il ne faut pas confondre : la région est un outil institutionnel, pas un outil de reconnaissance culturel ou historique".
Comme si une communauté pouvait subsister et défendre son identité linguistique et culturelle sans être maître de son destin, noyée et minorisée dans une autre groupe linguistique dominant et dominateur...
La France est donc le seul pays au monde où les régions sont censées ...ne surtout rien représenter, et en aucun cas des identités régionales !!!
Mais qu'attendent ces indécrotables chauvins jacobins (pléonasme) pour proposer cette solution miraculeuse à l'encontre des minorités régionales francophones à l'étranger : dialectophones Québécois, patoisants acadiens, Wallons, Romands, Valdotains etc.
Faire disparaître la province particulièrement emmerdante et bien trop revendicatrice du Québec en la noyant de force dans une mégalo-province anglophone du Canada ?
Ainsi minorisés, privés de leurs institutions politiques et de leur autonomie régionale, les Québécois deviendraient alors aussi impuissants, méprisés et piétinés que ne le sont les minorités linguistiques régionales de France.
Michel Rocard : "La France s'est créée par la destruction de cinq cultures : bretonne, occitane, alsacienne, corse et flamande. Nous sommes la seule nation européenne qui soit la création militaire d'un Etat non homogène". En effet, quel aveu, quel crime !
Manuel Valls : "le peuple alsacien n'existe pas" ! C'est du négationnisme !
a écrit le 29/04/2015 à 11:49 :
Mais oui, dès qu'il s'agit de réduire les dépenses de l'Etat obèse, c'est forcément une mauvaise idée, on ne va scier la branche sur laquelle sont tous assis (on devrait dire accrochés) nos hommes politiques.
On ne veut pas de fusion illusoire, on veut la suppression pure et simple de toutes les structures qui ne servent à rien, sinon à nous pomper notre argent et notre énergie.
a écrit le 29/04/2015 à 10:08 :
Il faut diminuer les impots, les gens en ont marre des dépenses publiques inutiles.
a écrit le 29/04/2015 à 9:35 :
Il y aurait moins d'elus donc c'est forcement une mauvaise idee pour les elus...

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