Synthesis Of Nanohybrids (SON) la pépite bourguignonne qui vise le top mondial des "nanoparticules fonctionnalisées"

Issue des travaux de trois chercheurs chimistes de l’Université de Bourgogne, la startup bourguignonne propose une technologie innovante de nanoparticules bifonctionnelles. En médecine, la présence de deux fonctions chimiques à la surface permet par exemple de greffer une molécule thérapeutique et une molécule qui cible l'organe. Cette pépite qui s'adresse tant aux entreprises pharmaceutiques qu'à celles de la chimie fine, est accompagnée par Sayens (une Satt, ou société d'accélération de transfert de technologie) qui l'aide à transformer leurs recherches en technologies commercialisables.

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Les trois chercheurs de l'Université de Bourgogne Jérémy Paris (à gauche), Pierre-Emmanuel Doulain (à droite) et Richard Decréau (non présent sur la photo) ont cofondé la startup Synthesis of Nanohybrids (SON).
Les trois chercheurs de l'Université de Bourgogne Jérémy Paris (à gauche), Pierre-Emmanuel Doulain (à droite) et Richard Decréau (non présent sur la photo) ont cofondé la startup Synthesis of Nanohybrids (SON). (Crédits : SON)

« Des chercheurs qui cherchent, on en trouve. Des chercheurs qui trouvent, on en cherche. » On se souvient de la mémorable boutade attribuée au général de Gaulle à propos du CNRS en 1965... Et justement, détecter les recherches prometteuses et les transformer en innovations technologiques commercialisables, c'est exactement la mission de Sayens, société d'accélération de transfert de technologie (Satt). Dernière trouvaille en date réalisée par cette filiale de l'Université de Bourgogne : Synthesis Of Nanohybrids (SON), créée par trois chercheurs chimistes de cet établissement.

La jeune pousse dijonnaise a été créée fin 2020, mais Sayens avait détecté le projet dès 2018. Au vu des résultats prometteurs et de la volonté des chercheurs de transformer leurs recherches jusqu'au stade de la commercialisation et de la création d'entreprise, elle s'est investie dans un programme de maturation pour lever les verrous technologiques et réglementaires, en développant une solution protégée par un brevet. La Satt Sayens est ensuite devenue actionnaire en apportant ce brevet au capital.

« C'est une modalité courante dans les Satt. Cela permet aux startups de démarrer sans avoir à décaisser de la trésorerie pour pouvoir exploiter un brevet. Leur démarrage est ainsi facilité car elles bénéficient de fonds propres qui lui permettent ensuite de lever des fonds auprès des investisseurs », explique Catherine Guillemin, présidente de Sayens.

Après avoir participé au capital de SinterMat (décembre 2018), Wittym (mars 2020) et EpiLAB (février 2021), SON est la quatrième startup issue de résultats de recherche de l'Université de Bourgogne à laquelle Sayens prend part, avec une participation à hauteur de 400.000 euros pour renforcer son développement.

Catherine Guillemin explique que son intérêt pour cette pépite nanotechnologique et son engagement à ses côtés s'inscrit dans le long terme:

« La startup SON est l'exemple type de valorisation de technologie réussie pour tout chercheur souhaitant devenir entrepreneur. La participation de Sayens au capital de la startup souligne notre investissement à long terme pour faire émerger, aux côtés de notre actionnaire l'Université de Bourgogne, les pépites de la recherche publique de notre territoire. L'innovation technologique proposée par SON répond à un réel besoin sur le marché et nous restons à ses côtés pour soutenir son ancrage scientifique, ainsi que son développement. »

Des nanoparticules utilisées comme vecteur en médecine

Pour présenter l'activité de Synthesis Of Nanohybrids (SON) qu'il a confondée, Jérémy Paris, docteur en chimie spécialisé en nanotechnologies, PDG, commence par expliquer ce qu'est une « nanoparticule ». « Une nanoparticule, c'est une particule à l'échelle nanométrique. Pour vous représenter l'échelle, imaginez la différence de taille entre la Terre et une orange. »

Ces nanoparticules sont utilisées comme vecteur pour servir la médecine. Les chercheurs de SON ont inventé une nanoparticule avec deux fonctions chimiques à la surface, permettant à la fois de greffer, par exemple, une molécule thérapeutique et une molécule qui cible l'organe.

« Cette nouvelle génération est rendue possible grâce à notre double innovation. D'une part, une innovation de procédé, qui permet la construction de lots de nanoparticules reproductibles, pures et hautement caractérisées répondant aux normes de l'industrie pharmaceutique. Et d'autre part, une innovation de produits : les nanoparticules bi-fonctionnelles brevetées, qui ont pour intérêt de présenter deux fonctions chimiques à leur propre surface, contrairement à celles qui existent actuellement sur le marché et qui n'en possèdent qu'une seule. L'intérêt de la double fonction réside dans la possibilité de combiner différentes modalités de lectures en imagerie, comme en thérapie », explique Pierre-Emmanuel Doulain, co-fondateur et CTO de SON.

SON vise les entreprises pharmaceutiques et la chimie fine

Ces nanomatériaux nouvelle génération s'adressent, d'une part aux entreprises pharmaceutiques, dans le cadre du développement de nouveaux traitements (anti-cancéreux, notamment pour le cancer du cerveau, ou en radiothérapie classique car certaines nanoparticules sont radiosensibilisantes et permettent d'amplifier les rayons X) ; ils s'adressent, d'autre part, aux industriels de la chimie fine pour qui les nanocatalyseurs sont essentiels.

Pour mémoire, les catalyseurs sont utilisés pour accélérer les réactions chimiques, gagner en rendement et en sélectivité. Ce sont souvent des métaux rares comme le palladium (Pd), le rhodium (Rh), le platine (Pt), etc.

Réduction des coûts, des déchets et de l'empreinte écologique

Autre intérêt de ces nanomatériaux : la réduction de la production de déchets et leur impact sur les ressources naturelles. Les nanocatalyseurs développés peuvent être réutilisés dans plusieurs cycles catalytiques.

La startup a montré en laboratoire qu'il est possible de les utiliser jusqu'à 10 fois, ce qui réduit la quantité requise de métaux rares. Par ailleurs, ces nanocatalyseurs sont magnétiques : ils sont faciles à récupérer et nécessitent peu de solvant, contrairement à la catalyse d'aujourd'hui.

Un marché européen à 5 milliards d'euros

« Nous visons un très grand marché car notre but est de remplacer la catalyse actuelle. En Europe, cela représente déjà un chiffre d'affaires d'environ 5 milliards d'euros par an », confie Jérémy Paris.

En fonction de l'application, ce ne sont pas les mêmes zones géographiques qui seront visées. « Sur la partie catalyse, nous ne pouvons pas nous contenter du marché européen, la majeure partie se situe en Asie. Pour le développement de produits de santé, il faut viser l'Amérique du nord, en parallèle de l'Europe », poursuit-il.

Le jeune chercheur entrepreneur ne cache pas ses ambitions et envisage de devenir le leader mondial des nanoparticules fonctionnalisées.

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