Vins de Bourgogne : 50% de la récolte perdue à cause du gel

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(Crédits : Philippe Hiest)
Les vignerons bourguignons commencent à réaliser les premières estimations de perte suite à l’épisode de gel exceptionnel qui s’est déroulé début avril et qui a touché l’ensemble du vignoble.

Derrière le spectacle magnifique des vignes illuminées par les bougies se cache une triste réalité... Le travail de toute une année, réduit à néant. « Je suis abasourdi ! En trente ans d'exploitation, je n'ai jamais connu cela ! », avoue Thiébault Huber, président de la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne (CAVB). En 2016, la Côte Chalonnaise et le Mâconnais avaient été épargnés et les températures n'étaient pas tombées aussi bas que cette année, avec parfois des -7 ou -8 degrés. Cette fois, toute la Bourgogne a été touchée par le gel : du Chablis au Grand Auxerrois jusqu'au Mâconnais.

« Qu'il y ait des épisodes de gel en avril, rien de surprenant. Le souci, ce sont les températures estivales de la dernière semaine de mars qui ont fait éclore les bourgeons », explique Thiébault Huber.

Les Chardonnay et Aligoté, plus en avance, semblent avoir été beaucoup plus touchés que les Pinot Noir. « La destruction à l'intérieur des parcelles peut aller de 20 % à 80 % des bourgeons, voire même 100 % dans quelques secteurs », remarque le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB). Ce constat est assez grave et certaines situations risquent d'être compliquées à titre personnel.

« Souvent, ce sont les bas coteaux qui sont le plus sensibles au gel et où on met les moyens techniques pour éviter les dégâts. Or cette année, le gel a pris la totalité de nos parcelles. On ne pouvait pas lutter partout. Mettre des bougies a un coût. Cela représente 3.500 euros par nuit, sans la main d'œuvre ! », confie Pierre Arcelain, viticulteur à Pommard (Domaine Michel Arcelain).

Toutefois, le jeune vigneron reste optimiste car les parcelles n'étaient pas toutes au même stade de bourgeonnement. « Les dessus de coteaux avaient vraiment commencé à pousser. Là, nous avons perdu 90 voire 100% de notre récolte », estime-il. Alors qu'en bas de coteaux où les Bourgogne n'avaient pas tous débourré, les pertes devraient se situer autour de 40 à 50%.

« Notre espoir réside dans la résilience de la vigne et dans le fait que les bourgeons encore en coton peuvent avoir été épargnés », souligne le BIVB. Il y a assez de vins de Bourgogne pour répondre à la demande, après trois récoltes correctes (un peu plus d'1,5 million d'hectolitres en moyenne). De nombreuses appellations en blanc bénéficient également d'un VCI (Volume Compensatoire Individuel) qui permettra de limiter en partie les pertes du millésime 2021.

bougie dans les vignes

Un milliard d'euros d'aides débloqué

Même si la Bourgogne est l'une des régions qui s'en sort le mieux dans cette crise sanitaire, la région a été l'une des plus touchées avec le val-de-Loire et la Côte du Rhône. « Sur les dix derniers millésimes, seules deux récoltes ont été normales », constate Thiébault Huber qui exploite un domaine de 30.000 hectares. « Nous avons très peu de stock. Et nos trésoreries se tendent. Sans compter que nous avons subi treize mois de taxe Trump qui a diminué de 25% nos exportations aux États-Unis », note le viticulteur qui a perdu 80% de sa récolte de blanc et la moitié de sa surface de rouge.  Ce dernier est inquiet pour 2022 et espère un soutien du gouvernement à la hauteur des dégâts.

Le 17 avril dernier le Premier ministre, Jean Castex, débloquait un milliard d'euros d'aides pour venir en aides aux agriculteurs, (viticulteurs, arboriculteurs, betteraviers notamment). « Nous venons de vivre la pire catastrophe agronomique du début du XXIe siècle », déclarait-il. Les aides seront versées en trois temps. Les plus urgentes, en cours de déploiement, consistent en reports de charges et en réduction du montant de la taxe sur le foncier bâti pour les zones les plus touchées. Un fonds d'urgence est aussi créé. Dans un deuxième temps, le gouvernement devrait couvrir jusqu'à 40 % des pertes des exploitations non assurées, alors que seuls un tiers des viticulteurs sont assurés.

Le réchauffement climatique en cause

Des solutions pour l'avenir

Les aides gouvernementales pourront peut-être panser les plaies de cette année mais il est urgent d'agir à long terme. Le réchauffement climatique est la principale cause de ces fortes différences de températures (25 degrés d'écart en une semaine). À l'avenir, les viticulteurs devront trouver des solutions durables pour s'adapter. « On sait pertinemment que, d'un point de vue écologique, ce n'est pas ce qui se fait de mieux mais quand il s'agit de sauver une récolte, nous sommes prêts à faire des sacrifices », témoigne Guillaume Janiaut-Rousseau, viticulteur à Chaux (Domaine des Loups). Les températures sont descendues très bas, jusqu'à -7 ou - 8 degrés. Tous les moyens utilisés pour réchauffer la terre - bougies, aspersions d'eau, éoliennes et même hélicoptères pour les domaines les plus prestigieux - ont été presque vains. Ces techniques peuvent avoir un impact lorsque les températures restent proches de zéro, mais pas avec une telle différence. « Nous espérons à terme que les interprofessions et le gouvernement mettront en place des moyens de lutte collective, à la fois respectueux de l'environnement et efficaces pour sauver une récolte », poursuit Guillaume Janiaut-Rousseau.

Parmi les mesures structurelles annoncées par le gouvernement, une enveloppe destinée aux aléas climatiques voit son montant doublé à 140 millions d'euros, le soutien financier à la recherche publique sur les aléas climatiques est aussi accru. Thiébault Huber propose quelques pistes : « Je crois en la recherche et développement sur des variétés de plans de Pinot noir et Chardonnay plus tardifs, ainsi que sur des moyens de protection plus écoresponsables. »

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Commentaires
a écrit le 25/04/2021 à 10:07 :
Il faut lire "Terres rares" de Jean Tuan chez C.L.C. Editions. L'auteur sous forme de fiction policière évoque comment de prestigieux domaines viticoles français sont achetés par de riches chinois. Disponible en librairie et via les sites de vente sur internet. Lecture jubilatoire !
a écrit le 25/04/2021 à 8:33 :
Quand on voit le prix de certaines bouteilles on a du mal à prendre peine pour ceux qui les vendent surtout que la qualité et le prout prout sont largement surévalué. Malheureusemenr comme en Champagne ou dans le Bordelais les plus pénalisés seront comme d'habitude les petits producteurs
a écrit le 24/04/2021 à 18:52 :
Heureusement qu'ils avaient créé une caisse de solidarité intempéries lors des années fastes !.........non ?
a écrit le 24/04/2021 à 17:37 :
Les annees de bon recoltes les acriculteurs vendrent leurs produits sans declarer les revenus, dans les annees de maigres des recolts ils reclament (encore plus) des subventions.
Plus a l'heure de retrait, avec un patrimoine millionaire, ils veulent egalement l'argent du contribuable.
Bon business et bon metier.
a écrit le 24/04/2021 à 12:23 :
Ce sont les terres agricoles qui sont la cause principale des bulles de chaleur en fin de printemps/été sous lesquelles on suffoque !

La France est une mosaïque agricole depuis des siècles, ces terres ont remplacé d'immense forets qui absorbaient la lumière sans réémettre de la chaleur.

ils ont contribués à l'élèvation globale des températures, ce faux départ printanier est un retour à l'envoyeur !

Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes.

Ces terres ocres se comportent comme le bitume des villes, tout ça pour l'agriculture intensive et manger de la meerde monsanto tous les jours.

Des mégapoles bétonnées et bitumées entourées de terres agricoles le plus souvent ocres...

Personne ne dira la vérité, car agriculteur c'est difficile...ce n'est pas vrai pour les grands céréaliers qui occupent la majorité des terres et sont dans des machines très modernes et climatisées.

On a eut quelques cas de champs qui prenaient feu, du jamais vu en France !
Réponse de le 24/04/2021 à 19:56 :
Tout le monde, ou presque.., sait que les surfaces de forêts augmentent et ce depuis 1800.. il suffirait, quand on a des doutes (le doute qualifie l'esprit scientifique, ou la simple curiosité si vous n'êtes pas concerné par les sciences) de taper "forêt en France" sur un des grands sites d'info qui commence par Wiki pour éviter d'écrire plus de 20 lignes sans raison. J'espère vous rendre service.. PS. je ne permets de vous faire cette aimable remarque que compte tenu de votre "pseudo".
a écrit le 24/04/2021 à 11:32 :
Les prix vont sûrement augmenter et comme ce vin est déjà cher pour une qualité surévaluée, il y a longtemps que je me suis tourné vers d'autres horizons vinicoles.
Ce qui est valable pour le Bourgogne l'est tout autant pour le Bordeaux.
Réponse de le 24/04/2021 à 17:15 :
Bien raison .Il suffit de descendre de quelques dizaines de kilomètres pour trouver son bonheur entre Vienne et Avignon le long du Rhone , voire d'aller en Minervois ou Gascogne .
Réponse de le 25/04/2021 à 9:42 :
@ Léon
C'est aussi mon terrain de chasse privilégié 👍
a écrit le 24/04/2021 à 10:44 :
Voila une bien triste nouvelle. Decidement, ca va bien mal sous le regne du petit monarque.
Ce n'est pas la piquette du Gard et autres vins du Languedoc qui seraient impactes.
La, on parle de vins nobles de qualite.
Merdoum crevam.
a écrit le 24/04/2021 à 9:36 :
"Qu'il y ait des épisodes de gel en avril, rien de surprenant. Le souci, ce sont les températures estivales de la dernière semaine de mars qui ont fait éclore les bourgeons"

Ca fait des années maintenant que nous connaissons des vagues de chaleurs en février et mars. Bienvenu en UERSS, empire prévu pour durer mille ans mais vu sa mentalité agro-industrielle ce serait étonnant.

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