Crème de Cassis de Dijon : la victoire des producteurs locaux face aux industriels chinois

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(Crédits : Antoine Martel)
Après deux ans de bataille, le syndicat des Fabricants du Cassis de Dijon obtient gain de cause et empêche le dépôt de la marque « Dijon » en Chine. Une victoire pour la protection du nom du territoire en France et à l’international.

Une crème de cassis de Dijon « made in China »... C'est ce qu'a tenté de commercialiser un industriel chinois peu scrupuleux. En juillet 2019, l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) alerte l'organisation d'une demande d'enregistrement, en Chine, de la marque "Dijon", en français et en chinois, par une entreprise de vins et spiritueux chinoise, dont le nom n'a pas été divulgué.

« Ils auraient pu alors écrire "Crème de Cassis Dijon" sur une bouteille d'eau, avec du sucre et de l'arôme, et inonder le marché », explique Claire Briottet, présidente du syndicat des Fabricants du Cassis de Dijon, composé des maisons Gabriel Boudier, Briottet, Lejay-Lagoute et L'Héritier-Guyot.

Une concurrence déloyale face au produit du terroir bourguignon, créé en 1841 par Auguste Denis Lagoute.

« Cela aurait mis à mal 180 ans d'histoire et de travail. Nous nous sommes toujours battus pour défendre notre filière, mais aussi le territoire dijonnais, et avec lui, son rayonnement et l'image de Dijon en tant que marque et destination », souligne Claire Briottet.

Aussi, le Syndicat avait immédiatement décidé de saisir, aux côtés de l'INAO, le China National Intellectual Property Administration, équivalent de l'Institut National de la Propriété Intellectuelle (INPI) en France, afin de former opposition à ce dépôt. Aux termes de près de deux années de procédure, l'institut chinois donne droit aux fabricants dijonnais, reconnaissant que le dépôt d'une marque "Dijon" en Chine serait "susceptible de générer de la confusion et une identification erronée". Le dépôt d'une telle marque est "d'évidence mal intentionnée et laisserait cours à un grand nombre de dépôts de marques similaires", selon la décision de l'administration chinoise, dont La Tribune a obtenu copie. L'industriel chinois a reçu l'interdiction d'exploiter cette marque.

Un procédé de fabrication intact depuis le XIXème

L'apparente « industrialisation » qui peut émaner des chiffres d'affaires des quatre maisons de la filière (70 millions d'euros au total, dont 28 millions à l'export, avec une présence dans plus de 80 pays), comme du nombre de bouteilles de Crème de Cassis de Dijon aujourd'hui vendues à travers le monde (8,5 millions par an), ne doivent pas induire l'observateur en erreur. Le procédé de fabrication du Cassis de Dijon n'a en rien été industrialisé. Il n'a jamais varié. Il est en effet le même aujourd'hui qu'au XIXème siècle, basé sur la macération de baies de cassis dans l'alcool neutre surfin, puis de sucrage à froid. Du choix minutieux des fruits utilisés pour la production (la meilleure variété : le Noir de Bourgogne) en passant par le process, qui a su s'adapter au fil des années aux exigences clés de sécurité et de traçabilité, la fabrication de la Crème de Cassis de Dijon revendique son caractère artisanal, séculaire. « La taille des entreprises, la diversification et l'internationalisation des marchés n'ont ainsi jamais diminué l'exigence de transparence, l'attachement à la tradition et au goût, des acteurs du Cassis de Dijon », assure le syndicat.

En 2013, l'INAO a reconnu le Cassis de Dijon comme une IG (indication géographique ), le premier des cassis en France et en Europe à obtenir ainsi ce signe distinctif officiel de qualité. Il put ainsi répondre aux obligations de la nouvelle réglementation européenne, en l'occurrence d'un nouveau règlement (dit 110/2008) définissant les crèmes de fruits. Cette étape a été essentielle pour le Cassis de Dijon. Elle a notamment été l'occasion de renforcer encore davantage la traçabilité du produit, et son ancrage dijonnais historique.  « Cette victoire permet de sauver la typicité d'un produit au savoir-faire traditionnel », se félicite Claire Briottet. « Mais elle est aussi symbolique, car elle protège le nom du territoire en tant que marque à l'international. »

Les quatres liquoristes dijonnais en quelques chiffres :

-       8,5 millions de bouteilles de Cassis de Dijon prodites par an
= 75 % de la production nationale de Crème de Cassis

-       90% des exportations de Crème de Cassis française

-       s'approvisionnent en baies de cassis 100% françaises

-       les plus gros acheteurs de cassis (fruits) français destinés à la production alimentaire, soit 2500 tonnes de baies de cassis

-       les acheteurs de 2/3 de la production bourguignonne toutes variétés, et notamment du Noir de Bourgogne (80%)

-       70 millions d'euros de CA au total dont 28 millions à l'export, avec une présence dans plus de 80 pays

-       190 emplois directs ; 230 emplois indirects dans les industries régionales (verre, carton, service et imprimerie).

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Commentaires
a écrit le 23/04/2021 à 9:02 :
Cela ne devrait même pas passer devant les tribunaux, nos dirigeants politiques devraient préserver ces productions qui font notre singularité dans cette dictature financière mondiale mais ils sont tellement faibles nos politiciens, tellement soumis.
a écrit le 23/04/2021 à 7:59 :
La chine c est le « far East »...il n y a que des coups a prendre puisque le gouvernement et l’administration torpille l entrée ou l’activité dans ce marché par des tracasseries «  administratives locales » Au fait pourquoi l Europe et les usa ne mettent pas en place ce que font les chinois: obligation de s’ adosser avec un partenaire local qui detiendra la majorité du capital pour pouvoir faire des affaires ou produire sur place et sans compter sur l espionnage industriel de bon aloi ?
Le gâteau chinois est un mythe véhiculer par nos propres industriels pour justifier des délocalisations asiatiques et réimporter en Europe à des prix eux bien occidentaux ... toute la clique d hommes d affaires et de politicards occidentaux nous prennent pour des billes !

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