Crème de Cassis de Dijon : la victoire des producteurs locaux face aux industriels chinois
Amandine Ibled
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Photo d'illustration
Antoine Martel
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Une crème de cassis de Dijon « made in China »... C'est ce qu'a tenté de commercialiser un industriel chinois peu scrupuleux. En juillet 2019, l'Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) alerte l'organisation d'une demande d'enregistrement, en Chine, de la marque "Dijon", en français et en chinois, par une entreprise de vins et spiritueux chinoise, dont le nom n'a pas été divulgué.
Une concurrence déloyale face au produit du terroir bourguignon, créé en 1841 par Auguste Denis Lagoute.
Aussi, le Syndicat avait immédiatement décidé de saisir, aux côtés de l'INAO, le China National Intellectual Property Administration, équivalent de l'Institut National de la Propriété Intellectuelle (INPI) en France, afin de former opposition à ce dépôt. Aux termes de près de deux années de procédure, l'institut chinois donne droit aux fabricants dijonnais, reconnaissant que le dépôt d'une marque "Dijon" en Chine serait "susceptible de générer de la confusion et une identification erronée". Le dépôt d'une telle marque est "d'évidence mal intentionnée et laisserait cours à un grand nombre de dépôts de marques similaires", selon la décision de l'administration chinoise, dont La Tribune a obtenu copie. L'industriel chinois a reçu l'interdiction d'exploiter cette marque.
L'apparente « industrialisation » qui peut émaner des chiffres d'affaires des quatre maisons de la filière (70 millions d'euros au total, dont 28 millions à l'export, avec une présence dans plus de 80 pays), comme du nombre de bouteilles de Crème de Cassis de Dijon aujourd'hui vendues à travers le monde (8,5 millions par an), ne doivent pas induire l'observateur en erreur. Le procédé de fabrication du Cassis de Dijon n'a en rien été industrialisé. Il n'a jamais varié. Il est en effet le même aujourd'hui qu'au XIXème siècle, basé sur la macération de baies de cassis dans l'alcool neutre surfin, puis de sucrage à froid. Du choix minutieux des fruits utilisés pour la production (la meilleure variété : le Noir de Bourgogne) en passant par le process, qui a su s'adapter au fil des années aux exigences clés de sécurité et de traçabilité, la fabrication de la Crème de Cassis de Dijon revendique son caractère artisanal, séculaire. « La taille des entreprises, la diversification et l'internationalisation des marchés n'ont ainsi jamais diminué l'exigence de transparence, l'attachement à la tradition et au goût, des acteurs du Cassis de Dijon », assure le syndicat.
Amandine Ibled