Covid-19 : le variant breton va-t-il changer le profil épidémiologique de la Bretagne ?

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Identifié dans un cluster de 71 cas Covid-19 (44 patients, 27 soignants) au centre hospitalier de Lannion en Côtes d'Armor, ce nouveau variant, appelé 20C, confirmé après séquençage, concerne huit premiers patients, âgés avec comorbidités, qui sont décédés.
Identifié dans un cluster de 71 cas Covid-19 (44 patients, 27 soignants) au centre hospitalier de Lannion en Côtes d'Armor, ce nouveau variant, appelé 20C, confirmé après séquençage, concerne huit premiers patients, âgés avec comorbidités, qui sont décédés. (Crédits : Photo by CDC on Unsplash)
Depuis le début de la pandémie, le virus de la Covid-19 circule moins en Bretagne. Seuls 6% des Bretons ont été contaminés selon l’Institut Pasteur. Si le territoire a été épargné, le décès de huit patients à Lannion où a émergé un variant dit breton rebat les cartes et renforce l’incertitude. En se régionalisant, le virus douche aussi les récentes demandes d’élus pour territorialiser les libertés, pas seulement les restrictions. L’ARS Bretagne prévoit d’accélérer la vaccination dans les cinq zones de surveillance.

Est-ce la fin de l'apparente tranquillité de la Bretagne ? Depuis le début de la crise sanitaire, la région semble la plus épargnée, celle où le virus circule le moins. Épargnée mais pas préservée. Le variant britannique du Covid-19 était déjà majoritaire selon Santé Publique France, représentant même 63% des nouveaux cas positifs en Morbihan. L'émergence d'un variant breton, difficilement détectable avec un test PCR nasopharyngé, va-t-elle compliquer le tableau viral en Bretagne ?

Identifié dans un cluster de 71 cas Covid-19 (44 patients, 27 soignants) au centre hospitalier de Lannion en Côtes d'Armor, ce nouveau variant, confirmé après séquençage, concerne huit premiers patients, âgés avec comorbidités, qui sont décédés. L'ARS Bretagne, qui vendredi précisait que ce variant, appelé 20C, n'était « pas plus contagieux ni plus sévère que les autres », a tenu mardi midi une conférence de presse conjointe à ce sujet avec la Préfecture des Côtes d'Armor. L'Agence régionale de santé n'émet « pas de conclusion de sévérité accrue du virus » et n'établit pas à ce stade « de lien de causalité entre ces huit décès et le nouveau variant ». Le 20C a été classé dans la catégorie « à suivre » par les autorités sanitaires et les tests et investigations se poursuivent à Lannion. Au contraire des variants britannique ou sud-africain, ce variant ferait partie de la catégorie surveillée par la communauté scientifique en raison de caractéristiques potentiellement problématiques, mais circulant à moindre échelle.

« Pour le moment, aucune information ne permet d'estimer que la vaccination est moins pertinente pour ce variant. Nous n'avons aucune donnée à ce stade et c'est sur quoi nous allons travailler dans les jours à venir », a précisé Stéphane Mulliez, directeur général de l'ARS Bretagne.

Renforcement des gestes barrières, accélération de la vaccination

Dans l'immédiat, la préfecture des Côtes d'Armor et les autorités de santé ont décidé de renforcer les mesures permettant de freiner la transmission du virus, notamment en accélérant la vaccination et en accentuant les mesures barrières.

A partir de mardi, et jusqu'au 7 avril au moins, le port du masque devient obligatoire sur l'ensemble du département pour tous les habitants à partir de 11 ans.

La campagne de vaccination va s'accélérer avec la mise en place d'un centre éphémère de vaccination à Ploemeur-Bodou, où 1.000 doses seront administrées chaque jour. Les huit autres centres vont aussi monter en puissance. 800 doses supplémentaires, issus des laboratoire Pfizer et Moderna, seront par ailleurs acheminées pour les soignants de l'hôpital de Lannion. Afin de limiter les rassemblements, la vente d'alcool est interdite sur la voie publique de même que « l'utilisation de musique amplifiée ».  Les vide-greniers, brocantes, braderies et déballages sont également interdits.

Mardi, le préfet du Finistère a lui aussi pris un arrêté de port du masque généralisé et de mesures restrictives pour les habitants des 26 communes de Morlaix Communauté, où le taux d'incidence est en hausse.

Cinq agglomérations et communautés de communes bretonnes sont actuellement placées sous surveillance (Lannion, Morlaix, Guimgamp-Paimpol, Leff-Armor et Saint-Brieuc).

Le taux d'incidence régional repart à la hausse

Tous les prélèvements positifs au coronavirus dans ces zones seront adressés à l'Institut Pasteur pour séquençage et recherche du variant. L'ARS déclenche aussi une étude au niveau national afin d'évaluer la circulation du mutant breton.

Lundi soir, la préfecture de Bretagne avait signalé que le taux d'incidence régional et l'activité hospitalière repartaient à la hausse avec une recrudescence en Finistère et en Côtes d'Armor. Son point sanitaire faisait état de 1.621 cas positifs supplémentaires au cours des dernières 72h sur un total de 93.625 cas, et d'un taux d'incidence de 132 cas pour 100.000 et 5,5% de taux de positivité. Le taux d'incidence est en hausse de 9,2 % en Côtes d'Armor (131 pour 100.000) et de plus de 11 % dans les trois autres départements (74 en Finistère, 184,6 en Ille-et-Vilaine). Dimanche soir, 412.000 vaccinations avaient été administrées dont 123.704 en deuxième injection. Pour autant, une étude publiée par l'Institut Pasteur le 24 février estimait que moins de 6% des Bretons (8% des 20-29 ans) avaient été contaminés par le virus depuis le début de la pandémie.

 La territorialisation des mesures repoussée sine die ?

Ces dernières semaines, des élus ainsi que des épidémiologistes arguaient d'une moindre circulation du virus et du faible taux d'incidence en Bretagne pour demander au gouvernement d'opter pour une levée du couvre-feu à 18 heures en Bretagne et des mesures de restriction plus régionalisées.

Le 25 février, Marc Le Fur, député LR des Côtes d'Armor trouvait logique « que dans les territoires où le taux d'incidence est plus faible, le couvre-feu soit décalé à 19 ou 20 heures. Les gens considèrent cet enfermement à 18 heures insupportable. C'est ce qu'on appelle la différenciation entre les territoires. » Même démarche du député LREM du Finistère Didier Le Gac qui s'en était ouvert au Premier ministre Jean Castex.

Outre le recul du couvre-feu à 20 heures, Ronan Loas, maire de Ploemeur dans le Morbihan et vice-président de la métropole de Lorient voyait plus loin. « Pourquoi ne pas expérimenter la réouverture de certaines terrasses de bars, de restaurants, de lieux culturels... Si on veut que les gens acceptent des règles dures et strictes, il faut aussi que l'on soit capable de renvoyer un peu liberté par moment » avait-t-il tweeté fin février.

L'évolution de la situation épidémique en Bretagne et les doutes concernant le mutant 20C vont sans doute doucher ces velléités et faire perdurer, au minimum, le couvre-feu à 18 heures.

Entre le « stop and go » actuel choisi par le gouvernement, qui le pousse à réagir aux évènements plutôt qu'à les anticiper, et les tenants d'une approche zéro Covid, misant sur le tryptique « tester, isoler, vacciner », comme en Australie et dans les pays asiatiques, le débat n'a en revanche pas fini de faire rage au niveau national.

« La France est entrée dans une forme de troisième vague avec les variants », a d'ailleurs annoncé Jean Castex, mardi à l'Assemblée nationale. Seul le virus est en passe de se régionaliser.

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Commentaires
a écrit le 17/03/2021 à 8:39 :
De la Chine à la Bretagne... ah ben la voilà enfin la "relocalisation" ! Moi qui croyait que ce n'était qu'une imposture de plus hein... ^^
Réponse de le 17/03/2021 à 9:41 :
Ils ont réussi un coup de force : trouver un variant breton indétectable par les tests covid. Le breton serait donc un malade qui s'ignore... LOL
J'en conclu qu'il faudrait arrêter les tests en france pour soulager les hôpitaux, car moins de tests signifie moins de malades...
a écrit le 16/03/2021 à 21:55 :
Vu que 90% des populations ne sont pas scientifiques : pourquoi devrions-nous croire aux articles dans les médias ?
Quelles sont les sources d’informations crédibles à notre époque ?
Ce n’est pas parce qu’un médias l’écrit que c’est vrai , a vous de prouver que c’est vrai, en étant confiner les populations ne peuvent pas enquêter sur la véracité des publications sur les médias , qui ne nous dis pas que ce n’est pas de la manipulation collective pour un but précis ?
Réponse de le 17/03/2021 à 12:04 :
Comment pouvez vous dire que la population doit enquêter en a t elle le temps les compétences les outils ?
Non par contre confronter différentes sources d infos et les synthétiser pour se faire une opinion voire un avis oui à condition d en accepte la démarche intellectuelle et sans a priori ... les infos sur le le net dans les journaux la télé etc ( a condition de les lire et d écouter bien sur)...
a écrit le 16/03/2021 à 19:28 :
Ahhhh !! On a enfin notre variant officiel, bien de chez nous. Et en plus, il n'est pas national mais régional !! Donc, potentiellement, une quinzaine de variants. C'est ça aussi le génie français !
Réponse de le 16/03/2021 à 21:21 :
Étrange ce nom de Variant "breton" ona l'africain (continent), puis les Brésilien Italien et Anglais (pays) et en France toujours dans son petit monde de bisounours nous parle d'un virus breton? Pourquoi pas Français ?
Réponse de le 30/03/2021 à 13:11 :
L' existe des sous variant brésilien, us etc..
Cela ira in fine avec des rameaux locaux et unipersonnel ( recombinant ).

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