Tourisme industriel : le rattrapage à marche forcée du Centre Val de Loire

Le développement des visites d’entreprises, pour l’instant peu présentes en Centre-Val de Loire, constitue une priorité pour la région à l’horizon 2025. Elle voit notamment dans l’émergence d’une filière de tourisme industriel une des clés d’amélioration de l’attractivité du territoire à l’extérieur et de l’aura de certains métiers vis-à-vis des jeunes diplômés. Reste à convaincre les entreprises.
L’ouverture de leurs ateliers (ici celui de la colle Cléopâtre près de Tours) permet notamment aux entreprises de renforcer la proximité avec leurs clients.
L’ouverture de leurs ateliers (ici celui de la colle Cléopâtre près de Tours) permet notamment aux entreprises de renforcer la proximité avec leurs clients. (Crédits : Reuters)

131 entreprises en Centre-Val de Loire ont organisé en 2021 des visites régulières de leur outil industriel ou artisanal. Tiré de l'étude de diagnostic, réalisée par l'association Entreprises & découvertes et rendue publique avant l'été, ce chiffre illustre le retard pris par le territoire sur le tourisme de savoir-faire. A titre de comparaison, en région Sud, la filière compte 450 sociétés engagées dans ce processus, qui ont accueilli trois millions de visiteurs l'année dernière. Également aux premières loges, la Normandie a reçu 700.000 touristes industriels en 2021.

En Centre-Val de Loire, si quelques fleurons du territoire comme les centrales nucléaires de Belleville-sur-Loire (45) et de Chinon (37), le biscuitier l'Atelier Saint Michel, le porcelainier Pillivuyt à Mehun sur Yèvre (37) et la faïencerie de Gien (45), ou encore le chocolatier Max Vauché (45), ont institutionnalisé la visite de leurs locaux, la majorité n'intègre pas ce processus. Faute d'effet d'entraînement de l'exécutif régional, le tourisme de savoir-faire, longtemps jugé non stratégique et non rentable par nombre d'acteurs économiques locaux, reste pour l'instant embryonnaire dans la région.

Les marges de progression sont donc importantes pour cette terre d'industrie et d'agriculture. Vainqueur de l'appel à projets lancé par Bercy en 2021 sur le développement du tourisme d'entreprise à l'échelle de l'Hexagone, l'association Entreprises & découvertes a ainsi identifié au minimum une quarantaine de « pépites » qui pourraient venir enrichir l'offre existante en Centre-Val de Loire. La majorité des entreprises interrogées auraient donné leur accord de principe. Il s'agit notamment du fabricant d'accessoires pour cycles Zefal, basé à Jargeau dans le Loiret, et du producteur de colle Cléopâtre à Ballan Miré en Indre-et-Loire.

Nécessaire professionnalisation

Pour les entreprises, les bénéfices du tourisme de savoir-faire se calculent, d'une part, en termes de notoriété, avec recherche d'image et de rayonnement de la marque auprès du public. La dimension RSE (responsabilité sociétale des entreprises) s'inscrit, d'autre part, via le sentiment de fierté procuré par les visites vis-à-vis des salariés. Enfin, les ventes de produits constituent une troisième source concrète de bénéfice pour les sociétés. « La plupart des habitants de la région, et même du Loiret, ignorent l'existence sur leur territoire de Zefal, l'un des premiers fabricants français d'accessoires pour vélo, déplore le Pdg Aurélien Brunet. De surcroît, nous sommes situés sur le parcours de la Loire à vélo. L'ouverture de notre site au public dans l'avenir permettra également de vendre des accessoires très concrets et fabriqués sur place, que ce soient des bidons, des pompes ou des rétroviseurs ».

« La professionnalisation du tourisme industriel est l'une des conditions sine qua non de sa réussite et de sa pérennité, confirme Anne Aubineau, dirigeante d'Entreprises & découverte. Cela passe par la délégation de personnel formé, ainsi qu'un contenu de visite qualitatif. Pour amortir ces charges supplémentaires, l'entreprise doit parallèlement imaginer un modèle économique rentable ». Autre entreprise de notoriété nationale présente en Centre-Val de Loire, les sirops Monin (148 millions de chiffre d'affaires et 600 salariés en 2021) ont investi plusieurs centaines de milliers d'euros dans un véritable dispositif événementiel pour gagner en réputation. La PME berrichonne vient d'ouvrir en juin sa « villa », un espace dédié dans le centre-ville de Bourges, avec bar de dégustation de cocktails, conférences et visites des ateliers au menu.

Faire connaître les métiers auprès de la jeune génération

Si la filière du tourisme d'entreprise a été peu travaillée jusqu'à présent en Centre-Val de Loire, les cartes sont en train d'être largement rebattue par l'exécutif régional avec le concours d'Entreprises & découverte qui lui fera ses préconisations à l'automne. En plus d'être un accélérateur de notoriété pour le tissu économique régional, le tourisme de savoir-faire revêt une autre vertu essentielle pour la collectivité. « Cette forme de tourisme permet de mieux faire connaître et de valoriser certains métiers auprès des jeunes générations, insiste François Bonneau, président de la région. Un atout pour l'adaptation de l'offre de formation sur le territoire aux besoins des entreprises ». Conscient que la plupart d'entre elles ont des moyens financiers limités, la collectivité s'est engagée à les accompagner en termes de conseil et de subventions pour bâtir leur propre dispositif de tourisme de savoir-faire. La société Cléopâtre compte saisir cette opportunité pour étendre en 2023 les visites scolaires de son outil industriel à proximité de Tours au public adulte. Une boutique d'usine est également en projet sur le site.

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