La desserte corse sort la tête de l'eau

Après avoir obtenu des engagements de la part du gouvernement concernant la réforme des retraites, la CGT Marins a voté, récemment, la reprise du travail, débloquant les navires de la Méridionale et de la Corsica Linea. Ces deux compagnies, opposées par ailleurs dans un conflit lié au prochain marché public de desserte de la Corse, ont également annoncé la conclusion d'un accord, afin de mener un projet industriel commun.
Selon la chambre de commerce (CCI) de Corse, le coût journalier de la grève s'est élevé à 1,6 million de pertes journalières pour l'île de Beauté.
Selon la chambre de commerce (CCI) de Corse, le coût journalier de la grève s'est élevé à 1,6 million de pertes journalières pour l'île de Beauté. (Crédits : Corsica Linea)

Vingt-et-un jours de paralysie maritime quasi totale et des incertitudes pour deux conflits sociaux qui se sont superposés : la desserte de la Corse et la réforme des retraites. C'était pour cette dernière revendication que les marins CGT bloquaient le port de Marseille, entrant dans le ballet national. L'engagement du secrétaire des Transports a conduit la confédération à voter, samedi, la reprise du travail, rendant progressif le retour à la normal pour la desserte.

Un courrier commun des deux présidents de région, Renaud Muselier et Gilles Simeoni, avait appelé la semaine dernière à la reprise, en agitant le chiffon rouge de l'économie. Selon la chambre de commerce (CCI) de Corse, le coût journalier de la grève s'est élevé à 1,6 million de pertes journalières pour l'île de Beauté. Les services de la préfecture de Corse ont d'ores et déjà indiqué qu'ils soutiendraient les chefs d'entreprise, notamment via une accélération du taux de remboursement de la TVA, le report d'échéances fiscales ou l'étude de plan d'étalement des créances.

La Méridionale et Corsica Linea, soeurs ennemies

Le pavillon de la grève durable et du blocus n'avait pas flotté sur la desserte maritime corse depuis plus de quatre ans et il traduisait aussi la tension réelle entre La Méridionale (ex CMN) et la Corsica Linea (ex SNCM). Anciennement soeurs pour assurer la délégation de service public (DSP), une enveloppe délivrée par la collectivité de Corse (CdC) mobilisant des fonds européens, les deux compagnies ont répondu pendant 25 ans au sein d'un partenariat commun, à la desserte des cinq ports de l'île. Jusqu'à devenir aujourd'hui parfois les meilleures ennemies.

En grève depuis début janvier, les marins STC (syndicat des travailleurs corses) et CFTC paralysaient le trafic entre l'île et le continent en bloquant les navires: ils exigeaient la reprise des discussions et à terme du partenariat entre les deux. Réunis en concile, les dirigeants des deux compagnies ont annoncé par la voix d'un communiqué laconique écrit à quatre mains le 28 janvier, la conclusion d'un « accord de projet industriel pour la réponse à l'appel d'offres pour la concession de service public de la desserte maritime de la Corse du 1er janvier 2021 au 31 décembre 2027. » Le lendemain, les syndicats reprenaient le travail.

Inquiétude persistante

Cet accord, « repose sur la complémentarité » indiquent les compagnies, qui disent en cas de succès préserver « les équilibres économiques et sociaux respectifs ». Le contenu de ce partenariat sera précisé « ultérieurement » et il n'a pas suffi à éteindre totalement une inquiétude qui venait de loin. « La seule solution viable est le partage équitable des deux ports principaux, Bastia et Ajaccio, conformément à l'accord verbal passé en juin 2019 avec la Corsica Linea qui s'engageait à bâtir un projet industriel commun », martelait au plus fort de la grève, Cyril Venouil, délégué syndical STC de la Méridionale, tout en s'inquiétant pour la « casse sociale » qui pourrait attendre les 500 marins de la compagnie marseillaise et les emplois indirects selon lui. « Le risque d'un monopole pourrait aussi se traduire par une augmentation du prix du billet pour le passager », calculait le syndicaliste.

Pascal Trojani, PDG de Corsica Linea, a été peu disert pendant la partie d'échecs qu'a jouée la compagnie en janvier avec la Mériodionale, mais par voie de presse, il avait fait savoir que « l'accord n'avait pas été respecté » et invitait son concurrent à « tenir ses engagements ».

« Le sujet n'est pas de savoir qui va desservir le port A ou le port B, mais comment deux entreprises peuvent utiliser au mieux leur complémentarité pour répondre ensemble à un appel d'offres public et faire la meilleure offre possible », appuyait à sa suite, le directeur général de Corsica Linea, Pierre-Antoine Villanova, qui souhaitait « que le bon sens l'emporte ».

Changement de règles au 1er janvier 2021

Ce bon sens suffira-t-il à emporter l'appel d'offres où une autre compagnie, la Corsica Ferries, plus orientée vers le trafic des passagers que vers le fret, se positionne également? La DSP entend compenser financièrement l'insularité corse en mettant le kilomètre maritime au même tarif que l'autoroute; d'autre part, cette enveloppe soutient le délégataire pendant la basse saison, notamment dans les trois ports secondaires (L'Île-Rousse, Porto-Vecchio et Propriano), sachant que Bastia et Ajaccio pèsent 80 % de l'activité.

Si en 2017, le montant de la DSP était de 78 millions d'euros, les règles changeront au 1er janvier 2021. L'assemblée de Corse majoritairement nationaliste avait fait de la création d'une compagnie régionale maritime son cheval de bataille depuis son accession au pouvoir en 2015. Elle a donc voté en novembre dernier pour que cette desserte s'effectue désormais dans le cadre d'un partenariat public privé, via une Semop (société d'économie mixte à opération unique) dont l'appel d'offres s'ouvrira le 14 février prochain et où la CdC sera majoritaire.

« Le transport maritime est un vecteur stratégique, mais la CdC n'a pas vocation à se substituer au privé et respecte les règles de la concurrence fixées par l'Union européenne; mais il est impératif qu'elle ait la maîtrise de ses choix en matière de desserte maritime », cadre Gilles Simeoni, le président de l'exécutif, qui rappelle que « c'est aux compagnies à s'adapter à la CdC, et non l'inverse. »

Le cahier des charges de la Semop à venir en 2021 délimite une période de 7 ans et entend répondre aux exigences de l'assemblée insulaire : « Le respect du service public dans le cadre des règles européennes, la dimension sociale, l'aspect environnemental ». Pour ce faire, il reste onze mois de réflexion.

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