FUKUSHIMA, DIX ANS APRES - Épisode 7/7. Tout au long de la semaine, La Tribune publie une série d'articles à l'occasion du dixième anniversaire de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Aujourd'hui, la rédaction pose ses valises dans le Grand Est. Sept mois après l'arrêt de la centrale nucléaire alsacienne, des élus déplorent le retard des projets de réindustrialisation sur le territoire de Fessenheim. Les terrains prévus pour une nouvelle zone d'activités font l'objet de contraintes environnementales inattendues.Découplée du réseau depuis le 30 juin 2020, la centrale nucléaire de Fessenheim est entrée dans une longue phase de démantèlement. Le combustible sera évacué progressivement jusqu'en 2023. Le démontage des installations devrait se poursuivre pendant quinze à vingt ans. Le projet de technocentre EDF, une installation expérimentale de décontamination par fusion qui doit permettre de recycler des pièces dites faiblement radioactives, n'a pas reçu le feu vert de l'exploitant et des autorités. Il pourrait employer 150 salariés à Fessenheim. "La rentabilité d'un tel projet semble délicate à atteindre", a déjà prévenu la Cour des comptes dans son rapport sur l'arrêt et le démantèlement des installations nucléaires, transmis en février 2020 à la commission des finances du Sénat.
220 hectares réduits à 80 hectares
A Fessenheim et dans les environs, les élus locaux s'impatientent. La centrale nucléaire, en service depuis 1977, n'apporte plus de garantie de prospérité. "Notre territoire va perdre 2000 emplois directs, indirects et induits", a calculé Gérard Hug, président de la Communauté de communes Pays Rhin-Brisach. Les projets de reconversion industrielle ne se feront pas sur le site de la centrale, indisponible pendant plusieurs décennies, mais sur des terrains situés au nord entre Fessenheim et le port fluvial de Colmar-Neuf-Brisach.
Le développement de cette zone d'activités appelée EcoRhéna a été confié à un nouveau syndicat mixte "ouvert", en remplacement de la chambre de commerce dont la concession était arrivée à terme sur la zone du port rhénan. Des études sur le dimensionnement ont été engagées sur la base de 220 hectares en 2019. Elles n'ont pas encore abouti. Ces surfaces à aménager correspondraient à des délaissés de la construction du grand canal d'Alsace dans les années 1950. "Le retard est lié à des problématiques floristiques et faunistiques", affirme Gérard Hug. "Ils ont trouvé de l'ADN de crapaud, alors ils ont tout bloqué", résume moins subtilement Raphaël Schellenberger, député (LR) de la 4ème circonscription du Haut-Rhin. Furieux, il ne cesse de déplorer l'arrêt de la centrale, "conséquence d'une promesse électorale de François Hollande faite aux Verts au moment de la campagne présidentielle en 2012".