Fessenheim : la doyenne des centrales nucléaires françaises définitivement débranchée

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Peu avant 23h00 lundi, une vingtaine de salariés se sont donné rendez-vous sur le parking devant la centrale, mise en service en 1977, pour être présents au moment de son arrêt définitif.
Peu avant 23h00 lundi, une vingtaine de salariés se sont donné rendez-vous sur le parking devant la centrale, mise en service en 1977, pour être présents au moment de son arrêt définitif. (Crédits : Reuters)
Après 43 ans de service, la centrale nucléaire alsacienne de Fessenheim a été mise à l'arrêt dans la nuit de lundi à mardi, suscitant colère et tristesse chez les salariés, et allégresse du côté des antinucléaires.

Fessenheim, la doyenne des centrales nucléaires françaises, ne produira plus d'électricité: le second réacteur a été débranché du réseau électrique national lundi soir à 23h00, un crépuscule célébré comme une victoire par les antinucléaire mais vécu comme un crève-coeur par les salariés et les habitants.

Lire aussi : La centrale de Fessenheim vit ses dernières heures : un crève-coeur pour les salariés, une victoire pour les antinucléaires

"Il y a eu beaucoup d'émotion de la part des équipes de Fessenheim, et sur l'ensemble du parc nucléaire", a souligné une porte-parole d'EDF à l'AFP.

Peu avant 23h00 lundi, une vingtaine de salariés se sont donné rendez-vous sur le parking devant la centrale, mise en service en 1977, pour être présents au moment de son arrêt définitif. L'occasion d'émouvantes photos de groupe devant les portes de l'enceinte.

Philippe Formery regrette un "gâchis", évoque sa "rage", avec les larmes qui lui montent aux yeux. Il faisait partie de l'équipe qui a débranché le premier réacteur le 22 février.

Lire aussi : Réveil douloureux à Fessenheim après l'arrêt définitif du réacteur n°1

"Avant, c'était vraiment de la colère, maintenant c'est de la tristesse", abonde Sébastien Reyne, qui travaille à la centrale depuis 1996 et fait partie de l'équipe de 60 personnes qui s'occupera du démantèlement. "J'avais besoin de venir, de vivre ces derniers moments" entre collègues.

Sur la clôture de l'enceinte sont toujours accrochées des banderoles de protestation contre la fermeture, clamant "Fessenheim la sacrifiée !" ou "La fermeture anticipée est une faute historique".

Des défenseurs de l'énergie nucléaire ont également manifesté à Paris en début de soirée devant le siège de Greenpeace.

La fermeture de la centrale de Fessenheim, installée en bordure du Rhin, près de l'Allemagne et de la Suisse, intervient comme un point final après des années de remous, de débats et de reports de son arrêt.

Ses deux réacteurs à eau pressurisée d'une puissance de 900 mégawatts (MW) chacun produisaient en moyenne 11 milliards de kilowattheure (kWh) chaque année, soit 70% de la consommation d'électricité d'une région comme l'Alsace.

Lire aussi : Fessenheim : l'arrêt définitif le 29 juin de la centrale nucléaire pourrait fragiliser la France l'hiver prochain

"Une étape, pas un aboutissement"

Plus tôt dans l'après-midi, des antinucléaires ont quant à eux organisé une sortie sur un bateau naviguant sur le Rhin, à la frontière entre la France et l'Allemagne. Un lieu "symbole de l'amitié franco-allemande dans la lutte contre les centrales nucléaires", selon André Hatz, président de Stop Fessenheim.

"C'est enfin la fermeture de cette centrale qu'on attendait depuis si longtemps. Pour autant on a un peu le triomphe sobre parce que c'est une étape, il y a encore 56 autres réacteurs à fermer. Il faut continuer à se battre", a déclaré Charlotte Mijeon, porte-parole de Sortir du Nucléaire.

Ayant décidé de ne pas se rendre à Fessenheim même, pour "ne pas faire de la provocation", une centaine de militants antinucléaires français et allemands se sont ensuite rejoints en fin d'après-midi sur un pont surplombant le Rhin, exactement à la frontière. Ils ont jeté dans le fleuve une bouée remplie de paillettes dorées, symbole de l'énergie nucléaire jetée à l'eau.

"Nous y sommes arrivés, le deuxième réacteur de Fessenheim ferme aujourd'hui, c'est l'aboutissement de 50 ans de lutte commune entre Français et Allemands pour protéger notre cadre de vie", a déclaré au porte-voix Suzie Rousselot de Stop Fessenheim, sous les applaudissements.

Le démantèlement de la centrale s'annonce à présent très long : 15 ans sont prévus pour démonter les deux réacteurs, à commencer par l'évacuation du combustible hautement radioactif, qui s'achèvera au mieux en 2023.

Le démantèlement proprement dit, inédit en France à cette échelle, devrait débuter à l'horizon 2025 et durer au moins jusqu'en 2040.

Trou d'air économique

Victoire pour les antinucléaire français, allemands et suisses, cette fermeture suscite au contraire la colère des salariés de la centrale et de la plupart des 2.500 habitants de la commune.

Seuls soixante salariés EDF conduiront son démantèlement vers 2024. Fin 2017, ils étaient encore 750, ainsi que 300 prestataires.

Quant aux habitants de ce village autrefois modeste, ils ont vécu pendant des décennies grâce aux importantes retombées économiques et fiscales de cette installation et craignent un grand trou d'air économique : aucun projet n'est officiellement arrêté pour l'après-Fessenheim.

Lire aussi : Fessenheim cherche encore la voie de l'après-atome

Fermer la centrale, alors qu'elle "est en bon état de marche et a passé tous les tests de sécurité", est "absurde et incompréhensible", regrette ainsi le maire Claude Brender.

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Commentaires
a écrit le 30/06/2020 à 22:33 :
Le gachis : elle avait été remise à neuf, et pouvait continuer 30 ans.

Décision politique et populiste imposée par Hulot pour " accepter " d'etre ministre,
le meme, à l'origine des gilets jaunes ( Surtaxe carbur ) et de l'abandon de NDDL
a écrit le 30/06/2020 à 18:47 :
C'est à pleurer tellement c'est nul! Après ça, M. Macron peut parader avec son sourire Colgate devant la convention de formatés dans les jardins de l'Elysée en faisant semblant d'oublier la débandade de son parti lors des municipales!
a écrit le 30/06/2020 à 13:17 :
Y a pu quà installer 200 éoliennes à Paris, 200 à Bordeaux et 200 à Lyon, pour compenser.......
a écrit le 30/06/2020 à 10:31 :
Victoire à la pyrrhus pour les écolos: fermeture d'une vieille centrale nucléaire qui ne sera pas remplacée par un EPR en panne, mais avec des voisins compatissants comme les allemands qui nous fourniront éventuellement en électricité pendant l'hiver grâce à leurs centrales charbon, gaz ou fioul. Nous en ferons autant avec Cordemais (44) qui sera augmentée pour une production plus importante en gaz. Quant aux éoliennes comme dirait GERRA, nous allons les "enterrer" car elles gâchent le paysage.....VERT bien sur.
a écrit le 30/06/2020 à 10:08 :
Déclasser cette centrale vielle de 46 ans est une chose ordinaire pour de la technologie, il me semble nécessaire d'organiser l’après de ces quelque 58 réacteurs du premier programme. Le retard de l'EPR est lui préoccupant..
a écrit le 30/06/2020 à 9:45 :
"15 ans sont prévus pour démonter les deux réacteurs" voire 50, qui a estimé 15 ? Plus ça sera étalé moins ça coûtera cher aux clients d'EDF (c'est bien nous qui paie tout au final), on ne sais pas (pas encore) faire sur ce type de réacteurs, déjà le graphite/gaz ça traine, dure, dure. Une fois le combustible enlevé et parti ailleurs après refroidissement en piscine, ça peut attendre 2100.
A quand un EPR à la place ? :-)
A-t-on calculé l'énergie électrique nécessaire le jour où on sera tous passés aux pompes à chaleur en abandonnant nos chaudières gaz et fuel (le bois c'est 'écolo' en CO2, tant que des arbres repoussent) ? Ça consomme ces engins !
a écrit le 30/06/2020 à 8:55 :
Si on élimine du débat les pro-nucléaires et les anti-nucléaires nous devrions avancer enfin dans ce débat sans fin.

Bon ensuite bien entendu il faudra se méfier de ceux qui feront semblant d'être objectifs, des plus aliénés donc, afin de continuer à chercher à nous imposer leurs improductives fixettes binaires.
Réponse de le 01/07/2020 à 7:54 :
Ca ne s'arrange pas pour citoyen, de pire en pire.

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