Europa City  : quelle sera l'utilité du débat public  ?

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Le débat public sur l’opportunité du projet Europa City se déroulera entre le 15 mars et le 30 juin.
Le débat public sur l’opportunité du projet Europa City se déroulera entre le 15 mars et le 30 juin. (Crédits : DR)
Le projet du groupe Auchan Europacity, qui s'étendra sur 80 hectares va être soumis au débat public à partir du 15 mars. Les sujets relatifs à l'emploi et à l'environnement devraient être ardemment débattus. Mais rien n'assure que les griefs des riverains seront pris en considération.

Une étape importante pour le mégaprojet de 3,1 milliards d'euros du groupe Auchan, Europa City, va s'engager à partir du 15 mars. Il va en effet être soumis au débat public jusqu'au 30 juin, soit une quinzaine de réunions avec les habitants les plus concernés par l'émergence du projet, dont le lancement de la phase de construction est prévue pour 2019 et l'ouverture pour 2024. Et à une semaine du début des débats, il y a fort à parier que les discussions seront animées. En effet, Europa City, qui s'étalera sur 80 des 300 hectares du triangle de Gonesse (Val d'Oise), entre les aéroports du Bourget et de Roissy, pourrait de fait révolutionner complètement l'écosystème du territoire.

230.000 mètres carrés de surfaces commerciales

Le projet prévoit ainsi d'accueillir 30 millions de visiteurs par an, dont 6 millions de touristes, et comportera, entre autres, un parc à thèmes, un parc aquatique, des commerces, 2.700 chambres d'hôtels, un cirque et même... des pistes de ski ! Il intègrera aussi 230.000 mètres carrés de surfaces commerciales -un peu moins d'un tiers du projet- ainsi qu'une dimension culturelle : le village sera doté d'un grand hall d'exposition, d'une salle de concerts d'entre 3.000 et 5.000 places, et de lieux de vie nocturne (bars, restaurants et boîtes de nuit). Autant d'activités qui vont donc diamétralement modifier la perception de ce territoire jusqu'ici composé uniquement de terres agricoles.

Faire preuve de pédagogie

La filiale du groupe Auchan qui gère le projet Europa City, dirigé par Christophe Dalstein, compte sur le débat public pour faire preuve de « pédagogie » afin d'expliquer les points positifs du projet aux habitants vivant dans les alentours. Très structurées par la commission nationale du débat public (CNDP), les discussions devraient du reste se concentrer sur deux grandes thématiques : l'emploi et l'environnement qui, selon un sondage Ifop réalisé pour la CNDP sur les préoccupations des habitants relatives au projet Europa City, ont été cités par respectivement 79 % et 50 % des personnes interrogées. Incontestablement, ce sont sur ces deux points que les débats seront les plus houleux, car au-delà d'être très concernant pour les habitants, ce sont aussi les deux principaux sujets de discorde.

Création de 11.800 emplois, mais...

D'une part en matière d'emploi, la direction d'Europa City argue qu'en phase d'exploitation, le projet créera 11.800 emplois directs, dont une grande partie pour les habitants vivants dans les communes limitrophes, qui pour certaines sont durement affectées par le chômage des jeunes. A l'inverse, des riverains craignent que l'arrivée de ce projet monstre fasse concurrence aux commerces de proximité déjà implantés, et les pousse vers la faillite.

D'autre part, concernant le sujet de l'environnement, l'urbanisation des 300 hectares de terres agricoles du triangle de Gonesse - dont 80 pour le seul projet Europa City - est pointée du doigt. La portée de ce projet revêt même une portée symbolique, puisque ces terres agricoles se situent à quelques encablures du Bourget, lieu où s'est déroulée la COP 21 en décembre dernier. Conscient des enjeux, la direction d'Europa City s'est fixée, en réponse, des objectifs environnementaux ambitieux mettant l'accent sur la « gestion économe et intelligente du site en matière d'énergie, d'eau, de déchets et de mobilité ».

Europa City a toutes les chances de voir le jour

Les sujets du débat sont donc posés, mais force est de constater le projet Europa City a d'ores et déjà plusieurs temps d'avance sur ses opposants. D'abord, et cet avantage est loin d'être négligeable, le projet a le soutien de Matignon, très investi dans le développement de la métropole capitale, qui a récemment confirmé qu'Europa City était « un exemple de projet emblématique du Grand Paris ». Ainsi, le préfet de la région Île-de-France, Jean-François Carenco, un personnage très influent dans le développement de la métropole, soutient le projet de manière inconditionnelle.

Par ailleurs, Europa City a passé un accord avec l'Etablissement public d'aménagement Plaine de France pour la cession du foncier du triangle de Gonesse. En outre, dans le cadre du Schéma directeur de la région Île-de-France (Sdrif), la région a donné son aval par deux fois en 2008 et en 2013, à l'urbanisation du triangle de Gonesse à des fins de développement économique.

Auchan finance la gare de Gonesse

Au regard de ces soutiens de poids, il y a de fortes chances que le projet prenne forme. D'autant que la filiale immobilière du groupe Auchan finance d'une part la totalité de la campagne de sensibilisation de l'opinion publique au projet, et d'autre part une partie de la construction de la gare de Gonesse, l'une des 68 nouvelles gares du Grand Paris. Une spécificité. Cette gare marquera l'un des arrêts de la future ligne 17 du métro du Grand Paris. Or, sans cette nouvelle gare, de l'aveu même de Christophe Dalstein, Europa City ne pourrait pas voir le jour. Les engagements du géant de la grande distribution vis à vis des pouvoirs publics sont donc de taille. Difficile dans ce cadre de déstabiliser le projet.

Quelle utilité pour le débat public ?

Mais quelle sera alors l'utilité du débat public ? Autrement dit, dans quelle mesure l'avis des riverains qui s'exprimeront lors des différentes réunions de la CNDP sera pris en compte ? Si du côté d'Europa City, on assure que l'on écoutera les remarques des citoyens afin d'amender le projet, la CNDP n'aura toutefois pas de pouvoir contraignant vis à vis du maître d'ouvrage privé. Cette institution se considère en effet comme "un greffier éclairée" qui ne donne pas d'avis, seulement des recommandations.

Du reste, les débats qui seront retranscrits par la Commission pourront être invoqués plus tard dans la procédure administrative, qui devrait durer jusqu'à 2018. Concrètement, si in fine un juge administratif est saisi en contentieux au motif que la participation citoyenne aurait été considérée « de manière insuffisante » par le porteur du projet, alors il pourra se tourner vers les comptes-rendus de la commission nationale du débat public pour étayer sa décision.

Susciter l'adhésion collective

Enfin, si Europa City s'implique autant dans la communication sur le débat public, c'est aussi pour étouffer l'émergence de mouvements qui s'opposeraient farouchement au projet.  Le but est aussi de réduire le champ d'action de ceux qui souhaiteraient créer une adhésion négative au projet. « L'émergence des nouveaux modes de communication directe, via les réseaux sociaux, oblige à anticiper les mouvement d'opinion », juge un observateur avisé du tissu économique francilien. « Pour les grands projets d'aménagements qui modifient l'éco-système, il est donc naturel que les opérateurs se mettent en contact avec l'opinion publique pour créer une adhésion positive », ajoute-t-il. Une stratégie qui pourrait s'avérer payante.

>>> Voir aussi l'intervention du Préfet d'Île-de-France, Jean-François Carenco, sur les difficultés du projet Europa City (Hub du Grand Paris La Tribune - 7/03/2016)

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Commentaires
a écrit le 10/03/2016 à 13:50 :
Une taxe de 25% sur les importation suffirait à rendre caduc ces projets qui ne visent qu'à paupériser les populations locales. Auchan fait partie du Cartel qui gère le commerce national. Ce cartel n'a pour but que notre asservissement à son bénéfice. Les pouvoirs publiques qui soutiennent ce projet sont très simplement corrompus, avec de l'argent versé de la main à la main dans les paradis fiscaux. C'est simple. La campagne de Auchan est faite comme celle d'un superpac américain. Nous voyons la corruption du débat par une entreprise française. Ce n'est pas beau à voir. Enfin, ce projet reste totalement nul en terme de création de richesse, sauf pour ses promoteurs, et comme toujours au détriment des petits commerces voisin. Sur le plan environnemental comme sur le plan commercial, rien ne justifie ces imbécillités. Cela n'améliorera aucunement la vie des riverains. Je pense qu'il va falloir prendre le mors au dent. Nous n'aimons pas ces gens.
a écrit le 10/03/2016 à 9:49 :
Oui certes, mais avec quel financement : état, région, département, commune ou privé ?!
quelqu'un peut-il éclairer le béotien naïf que je suis ?
merci.
Réponse de le 11/03/2016 à 9:23 :
Chacun fait ce qu'il veut de son argent , et si AUCHAN veut balancer 3,1 Milliards d'€uros de travaux pharaoniques , ça le regarde !!!
De quoi je me mêle , puisque pour une fois ce ne sont pas les fonds publics qui sont sollicités ????!!!!!!!!

On est tellement habitué au vol de l'Etat par les grands patrons, que pour une fois qu'il n'y a pas de vol des deniers publics , tout le monde crie au feu !!!!!!!!!!!!!!
a écrit le 10/03/2016 à 9:48 :
L'offre commerciale est déjà pléthorique sur le secteur avec O'parinor, Parinor2 et Aéroville qui peinent à trouver leur équilibre.

Je ne suis donc pas convaincu que le projet pharaonique soit rentable et il risque plutôt d'aboutir à des friches commerciales remplaçant des terres cultivables. Pas sûr que les localités accueillantes y trouvent leur compte en matière de redevances foncières une fois déduits les coûts écologiques et en matière de qualité de vie.
Réponse de le 10/03/2016 à 16:41 :
Moi j'attends avec impatience le saccage de ces bonnes terres agricoles inestimables (comme toute terre fertile) et la piste de ski qui prendra leur place.
Réponse de le 11/03/2016 à 9:27 :
Chacun fait ce qu'il veut de son argent , et si AUCHAN veut balancer 3,1 Milliards d'€uros de travaux pharaoniques , ça le regarde !!! De quoi je me mêle , puisque pour une fois ce ne sont pas les fonds publics qui sont sollicités ????!!!!!!!! On est tellement habitué au vol de l'Etat par les grands patrons, que pour une fois qu'il n'y a pas de vol des deniers publics , tout le monde crie au feu !!!!!!!!!!!!!!
Vous prétendez faire un diagnostic et vous finissez par un classique " PAS SUR " , alors laissez ceux qui sont sûrs de gaspiller leur argent , le gaspiller !!! rien ne se perd , rien ne se crée , tout change de mains !!!
a écrit le 10/03/2016 à 9:12 :
Encore une façade démocratique, on laisse parler tout le monde et au final c'est l'actionnaire milliardaire et son copain le politicien qui décident.

Merci pour cet article.
Réponse de le 11/03/2016 à 9:19 :
Et alors ...???
Tout le monde est complice du Capitalisme , y compris les donneurs de leçons !

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