Gare du Nord: la mairie de Paris appelle à revoir "en urgence" le projet de rénovation
César Armand
César Armand
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Sans surprise, les urbanistes Jean-Louis Subileau et Pierre Veltz, qui avaient paraphé en septembre une tribune dans Le Monde pour dénoncer un projet "inacceptable" et "pharaonique", ainsi que les architectes Anne Mie Depuydt et Caroline Poulin, ont pointé "trop d'incertitudes et de dysfonctionnements prévisibles pour continuer comme si de rien n'était".
N'ayant pas pris position comme ses deux confrères, Caroline Poulin a néanmoins réfuté tout biais dans leur approche commune. "Nous avons travaillé de manière libre et nous ne sommes pas forcément tendres avec la Ville", a répliqué l'architecte.
Plus généralement, estimant que"l'achèvement global du projet pour 2024 étant non-indispensable et d'ores et déjà fortement compromis", les quatre experts ont plaidé pour "un phasage en deux temps": "on définit ce qui est vraiment nécessaire pour les JO et on se donne le temps de remettre calmement sur le métier le reste du projet". De même qu'ils ont préconisé la "mise en place urgente d'une véritable réflexion partenariale entre la Ville, la Région, la SNCF et les autres acteurs des transports".
Dans la soirée, la porteuse du projet StatioNord, co-entreprise composée de Gares & Connexions (SNCF) et de Ceetrus (Auchan), a toutefois fait savoir que "la ville de Paris [avait] bien été associée à toutes les étapes du projet depuis le début des études lancées en 2015". Depuis quatre ans en outre, le projet a fait l'objet de deux concertations, de même que le volet commercial a été validé par la Commission nationale d'aménagement commercial mi-octobre.
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Il n'empêche, Jean-Louis Missika, adjoint d'Anne Hidalgo chargé de l'urbanisme et co-auteur en octobre d'une tribune demandant à "revoir le projet", a appelé à "sortir d'une situation extrêmement dangereuse car bloquée". Dans le même esprit, Alexandra Cordebard, maire (PS) du 10e arrondissement candidate à sa réélection, s'est félicitée d'un diagnostic qui "confirme en partie [leurs] craintes", et notamment son "caractère anti-écologique". Pourtant, dans leurs conclusions, les deux urbanistes et les deux architectes ont écrit, noir sur blanc, qu'ils ont "trop peu abordé les questions environnementales".
Plus généralement, les experts ont proposé la réduction du programme des activités non-ferroviaires, à commencer par la suppression de la salle de spectacle et la diminution significative des surfaces commerciales. Pour rappel, le projet d'agrandissement comporte en effet la création de 10.375 m² d'espaces de loisirs, culturels et sportifs, et la croissance de 5.450 à 18.900 m² pour les commerces.
Le 10 juillet dernier, le Conseil de Paris avait toutefois donné un avis favorable au projet. Hier, Missika a nié l'avoir validé : "C'est un abus de langage. En juillet, la Ville ne soutenait pas ce projet. Quand la SNCF est venue nous voir en disant 'Nous allons rénover la gare du Nord', nous avons eu une attitude bienveillante, mais dès le choix du projet, nous avons fait part de nos réserves" a déclaré l'adjoint d'Anne Hidalgo.
L'élu local aurait même dit au directeur général de Gares & Connexions de l'époque, Patrick Ropert, qu'il jugeait "la taille du centre commercial excessive, l'intermodalité pas suffisamment réfléchie et des flux entrants concentrés sur la partie Est". Contacté par La Tribune, ce dernier ne répond pas.
"La ville de Paris a fait adopter avec ces trois réserves qui n'ont pas été levées", a poursuivi Jean-Louis Missika. Il en oublierait presque que la Ville et Gares & Connexions ont signé, en juillet toujours, une convention débouchant sur la diminution de 1.000 mètres carrés des surfaces commerciales.
Mandatée par la Ville, l'entreprise SMA, spécialisée "dans l'optimisation, l'exploitation et la planification ferroviaire", aboutit aux mêmes recommandations globales. L'adjoint à la maire de Paris a de plus demandé à la direction de la voirie et des déplacements de Paris de réaliser sa propre étude pour nourrir l'enquête publique de la préfecture de région. Interpellé par La Tribune, Jean-Louis Missika a promis de la rendre publique.
De son côté, la présidente (Libres !) de la région francilienne, Valérie Pécresse, a adressé, vendredi dernier, un courrier à la présidente de la commission d'enquête publique de la préfecture de région, Sylviane Dubail.
Dans cette lettre de trois pages, que La Tribune a pu lire, celle qui s'exprime sous sa casquette de patronne d'Île-de-France Mobilités (IDFM) estime que "remettre en cause aujourd'hui ce projet et repartir à zéro serait irresponsable et ferait clairement porter le risque d'une embolie progressive" de la gare du Nord.
Dans le même temps, la présidente du conseil régional y fait part de sa "grande vigilance" quant "aux enjeux des mobilités du quotidien" et témoigne de son "extrême vigilance" sur les flux financiers que pourrait supporter l'autorité organisatrice des transports en Île-de-France IDFM. "En lien direct avec le projet StatioNord (augmentation des redevances d'accès en gare et quais dues à la SNCF) ou induits par celui-ci sur des opérations connexes d'accompagnement", précise Valérie Pécresse.
Quoiqu'il en soit, l'enquête publique de la préfecture de Paris-Île-de-France (PRIF) se termine demain. "Ce délai, volontairement plus long qu'une enquête publique classique, a vocation à permettre tant aux Parisiens qu'au groupe d'experts d'apporter leurs contributions", explique la PRIF à La Tribune.
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Cette commission aura ensuite un mois pour rédiger son rapport, et StatioNord un mois pour y répondre. Puis, elle émettra un avis favorable ou défavorable et en référera au préfet de région Michel Cadot. C'est lui qui détient le pouvoir de délivrer le permis de construire. Dans le contexte des élections municipales des 15 et 22 mars prochains.
César Armand