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Grand Paris : comment le territoire de Disney compte assurer sa mutation

Photo de Mathias Thépot

Mathias Thépot

Publié le 02 avril 2016 à 08:00 - Mis à jour le 02 avril 2016 à 16:39

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le territoire Val d'Europe, où s'est établi le parc Disneyland, fait figure d'ovni en Île-de-France. Il s'est appuyé ces 30 dernières années sur la présence du géant des parcs de loisirs pour asseoir son développement économique. Mais désormais, les 5 communes constituant cette zone tentent de s'émanciper.

Il y a 30 ans, les cinq communes du territoire Val d'Europe (Bailly-Romainvilliers, Chessy, Coupvray, Magny-le-Hongre, Serris et Villeneuve-le-Comte) situées au nord de la Seine-et-Marne (77) étaient des petits villages de campagne peuplés de seulement quelques centaines d'habitants. Près de trois décennies plus tard, elles en comptent au total 35.000, accueillent 30.000 emplois et 2.300 entreprises ! Cette croissance est la conséquence de l'implantation du parc Disneyland, dont les développements ont profondément changé le paysage de ce territoire francilien. « Il y a 30 ans, les élus venaient presque en tracteur pour le conseil municipal après avoir moissonné leurs champs ! », se souvient Arnaud de Belenet, désormais maire de Bailly-Romainvilliers et président du syndicat d'agglomération nouvelle (SAN) du Val d'Europe.

Accord Etat-Disney

Tout cela a changé lorsqu'en 1987, l'Etat proposa, pour convaincre Disney de s'implanter en Île-de-France, de signer une convention avec la région, le département de la Seine-et-Marne, la RATP et l'établissement public d'aménagement EPAMARNE-EPAFRANCE. La puissance publique s'est ainsi engagée à octroyer un droit de commercialisation prioritaire du foncier à Euro Disney sur les deux tiers du territoire Val d'Europe, avec des conditions tarifaires préférentielles. Ainsi, il a été acté que jusqu'en 2030, le groupe acquerrait toujours les terrains à leurs prix de 1987. « Sur le foncier, il n'y a pas de sujet de préoccupation », confirme sobrement Francis Borezée, vice-président du développement immobilier et touristique d'Euro Disney.

Ce mécanisme permet donc au géant des parcs de loisirs de générer en Île-de-France des plus-values immobilières substantielles sur les opérations d'aménagement auxquelles il participe. Plus globalement, la convention engage les secteurs privés et publics à développer en partenariat le territoire Val d'Europe jusqu'en 2030. Seule la gestion des villes et de leurs habitants restent une prérogative exclusive de l'intercommunalité.

Disney, l'élément historique moteur de développements

De fait, au regard du déséquilibre initial de taille avec les 5 petites communes, Euro Disney a pris en charge une part substantielle du développement du territoire. Val d'Europe est donc rapidement devenu un « cluster touristique » qui accueille 15 millions de visiteurs par an, ce qui en fait la destination la plus prisée d'Île-de-France avec Paris intramuros et Versailles, mais aussi le cinquième pôle hôtelier en France avec 8.500 chambres. On pourrait aussi ajouter les 6,5 millions de visiteurs des centres commerciaux de la « Vallée Village », située au sud du territoire au niveau de l'une des deux stations de RER A qu'il compte. L'autre étant interconnectée à un « hub TGV » relié à l'aéroport de Roissy Charles-De-Gaulle.

Rapprocher les emplois et les logements

Forts de ces atouts, les acteurs privés et publics comptent désormais ancrer la position de Val d'Europe en tant que pôle économique francilien. Pour ce faire, il leur faut en premier lieu améliorer les liens entre emplois et logements. En effet pour l'instant, les habitants du Val d'Europe travaillent principalement à l'extérieure du territoire : dans les aéroports - Roissy est notamment très bien desservi par les transports -, à Marne-la-Vallée et bien sûr à Paris.

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En parallèle, pour inciter les populations travaillant sur le territoire à y habiter, l'intercommunalité tente de reprendre la main sur les politiques d'aménagement. « Il y a depuis quelques années une réelle montée en puissance des élus sur ce territoire. Ils influent beaucoup plus que par le passé sur les orientations données à l'aménagement », note Arnaud de Belenet.

Un territoire très jeune

Les élus font face à un défi de taille : assurer une bonne qualité de vie à leur population qui est en moyenne très jeune, ce qui nécessite des dépenses importantes en matière d'équipements (écoles, crèches, culture etc.). Ainsi 65 % des dépenses de fonctionnement de l'intercommunalité sont à destination des populations de moins de 18 ans, note Arnaud de Belenet.

Pour ce faire, le SAN Val d'Europe doit donc se financer. Et même si l'intercommunalité bénéficie d'importantes rentrées fiscales payées par les entreprises implantées, elle fait aussi face à la tendance baissière des ressources des collectivités locales françaises, du fait de la réduction de la dotation globale de fonctionnement (DGF). Avec cependant une particularité : le partenariat historique entre l'Etat et Disney rend plus difficile la hausse de la fiscalité locale des entreprises pour les cinq communes. Un sujet de discorde entre acteurs publics et privés, d'autant que - comme expliqué plus haut - c'est bien Disney qui récolte directement les plus-values foncières des opérations, et non la collectivité.

Attirer des entreprises

La solution à ce problème serait donc d'attirer davantage d'entreprises. Pour cela il faut notamment construire. Et au regard du foncier disponible, le potentiel de développement existe : "seule" la moitié des 2.230 hectares de foncier concernés par la convention « Etat-Disney » a jusqu'ici été urbanisée. La nouvelle phase de développement du territoire Val d'Europe enclenchée en 2014 prévoit ainsi la construction de plusieurs milliers de logements sociaux, intermédiaires et libres, mais surtout de plus de 200.000 mètres carrés de bureaux et de commerces. En outre, les acteurs publics et privés ont pour objectif de développer un vrai pôle universitaire et d'accueillir entre 3.000 et 4.000 étudiants dans les prochaines années.

S'intégrer dans les Grand Paris

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Ainsi, le Val d'Europe pourrait définitivement devenir un des « centres de gravité » francilien, nécessaire au développement métropolitain. « Il faut que le Grand Paris se dote d'une forte polarité économique, sans qu'il y ait pour autant une hégémonie de tel ou tel lieu », estime Francis Borezée. « Si nous arrivons à développer six ou sept pôles, alors je pense que nous aurons gagné », ajoute-t-il. Sans pour autant oublier de développer les synergies. Par exemple en matière de tourisme, le but serait de « favoriser les échanges pour faire en sorte qu'il y ait un package touristique Versailles-Paris intramuros-Disneyland », explique aussi Francis Borezée. De quoi vendre au monde le Grand Paris comme un seul et même territoire.

______

>>> Entretien avec Francis Borezée - Euro Disney
(propos recueillis par Laurent Lequien)

Mathias Thépot

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