Grand Paris : un millefeuille ingouvernable ?

Définitivement actée dans la loi NOTRe, la gouvernance du Grand Paris ne fait pas l'unanimité. Certains pensent que le modèle choisi, qui multiplie les strates, ne fera que renforcer les disparités entre territoires.
Mathias Thépot

3 mn

Quelle cohérence dans la gouvernance du Grand Paris ?
Quelle cohérence dans la gouvernance du Grand Paris ? (Crédits : Décideurs en région)

Sous la pression de certains élus, le gouvernement a intégré un amendement dans la loi NOTRe maintenant sous une nouvelle forme les grandes intercommunalités franciliennes de la première couronne. La loi Maptam de 2014 prévoyait pourtant leur disparition, ainsi que le transfert de leurs ressources de leurs compétences à la métropole du Grand Paris, qui verra le jour le 1er janvier 2016. Mais au final, 12 territoires différents, sorte de nouvelles intercommunalités ayant leurs compétences propres, regrouperont les 124 communes de la première couronne - Paris intramuros comptant pour un seul territoire.

Bref, la loi acte une métropole à trois échelons (métropole, territoires, communes), sans oublier la région Ile-de-France, qui reste étroitement associée à la mise en œuvre du Grand Paris Express. Une multiplication des strates qui inquiète nombre d'experts. « Comment peut-on donner la compétence des transports à une entité, et l'urbanisme à une autre entité, alors tout cela se recoupe sur un même périmètre ? », s'indignait le géographe Jacques Lévy, lors d'une conférence de l'atelier international du Grand Paris (AIGP).

"Crime contre l'urbanité"

Trop de fragmentation débouche, selon lui, à davantage de ségrégation sociale. « Cela renforce les politiques clientélistes », explique-t-il. « Par le passé, les communes de la ceinture rouge (ensemble des villes à mairies communistes) ont par exemple eu tendance à attirer les populations démunies sur leur territoire, et à l'inverse les communes les plus riches ont attiré les ménages les plus aisés. Il y a ainsi eu une complicité objective d'échange de populations entre ces territoires, qui, à mon sens, confine au crime de l'urbanité ! », s'indigne-t-il.

Et si le géographe ne voit pas l'intérêt de supprimer l'échelon communal, qui assure notamment un rôle de cohésion social de proximité, la fragmentation de la première couronne en douze territoires risque, selon lui, de renforcer ce phénomène de polarisation des populations. D'autant que beaucoup avancent que ces territoires se sont structurés sur des considérations purement politiciennes, au détriment parfois de la cohérence en matière d'urbanisme et d'économie. En fait, « plus on s'écarte du centre de Paris, plus on retrouve des sous-ensembles socio-homogènes, donc avec peu de diversité », s'inquiète Jacques Lévy. Or, « il faut absolument garder ces solidarités qui font la force de la société francilienne ! », milite-t-il aussi.

Multipolarité

Le périmètre de la métropole, qui ne prend en compte que les communes de la première couronne, interpelle également. Restreint, il n'intègre par exemple ni le pôle de recherche et de développement économique de Saclay, ni les aéroports. De facto, la région Ile-de-France reste donc prépondérante en matière de développement économique.

Du reste, pour ne pas délaisser les communes de la grande couronne, il a été acté la création d'établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) de plus de 200.000 habitants, qui seront donc répartis sur la grande couronne francilienne. Ils seront censés jouer un rôle de contrepoids économique à la métropole, favorisant une "multipolarité" au sein de la région Ile-de-France, qui représente tout de même plus du quart du PIB national.

La gouvernance de la métropole sera donc éminemment complexe. Les strates intermédiaires seront multiples. Et l'idée initiale qui consistait à créer une grande métropole mondiale possédant toutes les compétences afin d'assurer avec cohérence le développement de la région, est bien loin.

Mathias Thépot

3 mn

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Commentaires 13
à écrit le 26/08/2015 à 13:38
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Quelle tristesse, ce pays est irréformable ... fraternité ? cela fait bien rire .. tous ces micros élus qui s'accrochent à leurs sièges ... où est l'intérêt général ??

à écrit le 26/08/2015 à 8:33
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et ...on ose rigoler des grecs ... " moi president " à bien fait de plaider leur cause ( la cause des grecs ) : il va bientot avoir besoin de " clemence " pour la France !

à écrit le 25/08/2015 à 18:33
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Encore une couche au mille feuille : Le Président Sarkozy et ses équipes l'avait conçu et mise au point sous forme de simplification, avec une véritable mixité sociale d'ensemble. Idem, pour la Réforme territoriale mise au point et abrogée par " Moi...

le 25/08/2015 à 19:44
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L'ena ou ...?

à écrit le 25/08/2015 à 14:45
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Les " politicards" sont indécrottables, incapables de dépasser leurs petits égos, soucieux de conserver leurs fromages, toujours se protéger contre un retournement de majorité..... Bref l'intérêt public c'est pour les autres, leur seul,souci c'est le...

à écrit le 25/08/2015 à 14:00
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On nous parle d’une politique de l’offre, n’est-ce pas de l’esbrouffe ? On parle d’un grand Paris, c’est pour augmenter le nombre de fonctionnaires ? Les attaques terroristes ne montrent-elles pas la défaillance de l’Etat français en matière de sécur...

à écrit le 25/08/2015 à 10:07
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Il faudrait commencer par poser la question de savoir quel avenir pour Paris et son agglomération à l'horizon de 20 à 30 ans .Pour cela il faudrait faire preuve d'originalité en sortant des schémas tout formatés . En prenant en compte l'impacte d'in...

le 26/08/2015 à 14:02
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Effectivement vous posez de vraies questions, mais les énarques sont-ils capables de sortir de schémas tout faits et périmés ? Il est grand temps de penser avec un peu de vision long terme. Quant à la concentration parisienne, c'est une aberration qu...

à écrit le 25/08/2015 à 8:02
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Il faut écrire “Grand pari”, sans “s”. On ne gère pas bien une zone surpeuplée et trop dense de 11.5 millions d’habitants.

le 26/08/2015 à 8:38
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? Tokyo ? new york ? séoul ? Londres ? Le Caire ? Lagos....on continue la liste ???

à écrit le 25/08/2015 à 7:58
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Il bien garder des fromages pour chaque homme politique en place d'où l'impossibilité de suppression des échelons territoriaux.

à écrit le 25/08/2015 à 7:44
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Le Grand Paris est une aberration administrative et une désastre financier en vue. Il fallait renforcer la région Ile de France mais pas créer un échelon administratif de plus...En France on sait créer de nouvelles couches mais pas en supprimer.

le 25/08/2015 à 10:34
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Il faut surtout supprimer les departements d'ile de france et mettre en place l'association entre la métropole de paris et la région ile de france sous une méme "banniere". Avec pour les élus métropolitains, un droit de vote double quand cela concer...

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