Grand Paris : une métropole à deux vitesses ?

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Comment endiguer le risque de gentrification de la métropole ?
Comment endiguer le risque de gentrification de la métropole ? (Crédits : Reuters)
Les objectifs de développement économique du Grand Paris impliquent une gentrification de la métropole et une polarisation des emplois. D'un côté, les jobs à haute valeur ajoutée, de l'autre les précaires. La gouvernance de la métropole pourra-t-elle lutter contre ces phénomènes ?

Le développement économique des territoires du Grand Paris est l'un des actes fondateurs de la mise en œuvre de la métropole. Mais le risque adjacent à cet objectif est d'attirer uniquement les emplois à forte valeur ajoutée, bien rémunérés, et d'accentuer ainsi un phénomène d'embourgeoisement au sein de la métropole, chassant les revenus les plus modestes. « Nous vivons une période qui se matérialise par une tendance puissante pour une société à deux vitesses, et qui implique de vraies difficultés », s'inquiète Pierre Veltz, PDG de l'établissement public Paris Saclay.

Ce phénomène est bien connu des économistes et ne concerne pas que l'agglomération parisienne. « Dans beaucoup de "villes mondes", un processus de désindustrialisation s'est enclenché depuis plusieurs décennies, et a été remplacé par une vague de tertiarisation », explique Philippe Askenazy, chercheur au CNRS-Ecole d'économie de Paris. « La disparition des emplois industriels a engendré une polarisation sur le marché du travail avec d'un côté les emplois à très haute valeur ajoutée, et de l'autre des emplois de service » que l'on peut définir comme de la main d'œuvre précaire, explique l'économiste.

On oublie le capital humain

Dont acte. Mais la gouvernance du Grand Paris doit-elle se résoudre à subir cette tendance, qui concrètement n'implique pas de hausse du niveau de vie des populations modestes résidentes ? « Si le Grand Paris est réellement porteur de création de richesses, il faudra que tout le monde puisse en bénéficier », prévient Philippe Askenazy. Or, peu de choses ont pour l'instant été faites pour contrer ce processus de gentrification de la metropole. « Les aspects résidentiels et éducatifs sont très peu analysés dans leur globalité, en comparaison avec les problématiques de transports, d'activité économique, d'implantation de bureaux etc... On oublie le capital humain ! », regrette Philippe Askenazy,

Pour introduire de la mixité, l'arme du logement social pourra toujours être brandie, certes. Mais se limiter au seul sujet du logement, sans penser les services publics qui accompagnent l'implantation des populations, ne fera que retarder l'échéance. Assurément le problème ne pourra se résoudre qu'au niveau d'une gouvernance métropolitaine cohérente, qui organise l'urbanisme et la répartition des moyens pour limiter la création de ghettos. Sur ce point fondamental, rien n'est encore décidé. Du reste, la métropole a encore du temps devant elle pour se structurer.

Des emplois violemment percutés

Faute de solutions à court et moyen terme, la réponse se trouverait dans les politiques d'éducation. Car s'il n'y a pas de problème majeur en ce qui concerne les emplois hautement qualifiés, « les emplois moyennement qualifiés sont très violemment percutés, et le seront au moins autant à l'avenir, notamment par l'informatique et la robotique », redoute Pierre Veltz. Ainsi « il y a un point où, quelles que soient les anticipations, tout le monde s'accorde : les entreprises demanderont en proportion de plus en plus de salariés qualifiés », ajoute Philippe Askenazy.

Si l'on anticipe de manière pragmatique les futurs besoins des entreprises franciliennes, il faudra donc que la métropole investisse massivement sur l'éducation et la jeunesse. Afin aussi de rattraper le retard pris sur certains de nos voisins européens : « par classe d'âge, la Grande-Bretagne possède par exemple entre 5 % et 10 % plus de jeunes étudiants à l'Université qu'en France », explique Philippe Askenazy.

Pour Pierre Veltz, plus pessimiste - l'école en France est selon lui « gravement malade »- « Il faudra aussi que les entreprises aient le courage d'embaucher des jeunes qui n'ont pas de diplôme, mais qui ont toutes les compétences requises pour exercer certains métiers »... Ou comment prôner une révolution des mentalités.

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Commentaires
a écrit le 26/08/2015 à 10:50 :
Le diagnostic est posé: "La disparition des emplois industriels a entraîné une polarisation entre emplois à haute valeur ajoutée d'un côté et emplois de services précaires de l'autre."
Le bon sens voudrait que pour combattre ce phénomène, on tente de réindustrialiser le pays, mais non, la solution préconisée est "la mixité" sociale. En quoi cela va-t-il générer de meilleurs emplois ? En quoi cela va-t-il permettre de réindustrialiser la région parisienne ? En quoi cela va-t-il contribuer à résorber le fléau du chômage ? Evidemment, en rien. Entre le diagnostic -fondé- et la conclusion -ridicule-, il n'y a aucun rapport.
Réponse de le 30/08/2015 à 6:45 :
Y a aucune mixité sociale, si vous regardez en vrai, les inégalités augmentent en france : pauvres de plus en plus pauvres et riches de plus en plus riches...le blabla de mixité, c'est du blabla politique;
a écrit le 25/08/2015 à 20:28 :
Les fonctionnaires de l’éducation à quoi servent-ils si ce n’est produire des illettrés ?
a écrit le 25/08/2015 à 15:33 :
Le grand paris serait un strate d’administration de plus, si l’Etat relance par circulaire administrative la croissance et l’emploi, ne devrait-on examiner les artisans qui font du travail illégal. La finance, on entend parler de banksters, produirait des madoffs, n’est-elle pas un danger pour la société alors qu’on parle de bulles. Ne fait-on pas dans le bêtisme économique alors qu’on entend plus y a de monnaie plus y a de croissance, n’a-t-il pas aussi détruit l’existence de millions de gens ? Ne devrait-on indemniser les chômeurs et les employés précaires qui n’ont pas de garantie de retraite ? On nous sort qu’il faudrait des réseaux pour trouver du travail, existe-t-il un système parallèle, on parle d’emplois cachés. Un Etat qui ne fait rien ça sert à quoi ? On parle des jeunes avec les termes de Tanguys, on parle de génération pigeon, pourquoi ne pas parler du boomer comme d’un petit bourreau du genre humain ? Si l’Etat relance l’économie, le chômage n’est-il pas supérieur aux autres pays ? On parle de réseaux pour trouver du travail, on pourrait imaginer un réseau diplômé ?
a écrit le 24/08/2015 à 11:47 :
"objectif de développement économique..." Si nos grands décideurs avaient un minimum d'imagination et qu'ils n'aient pas l'esprit formaté ils commenceraient pas poser la question différemment à savoir "comment imaginez vous la vie à l'horizon 2030 ? en terme de travail, d'habitat, de déplacements , quelle sera l'état de l'environnement, de la santé ....
Pour ma part je vois Paris avec un tiers de voitures en moins en circulation et uniquement électriques ou hybrides, des milliers de vélos ,les tours de la défense en friche désertées par les salariés qui travailleront de leurs domiciles, moins de trafic rer , pollution en baisse y compris sonore ,moins de pathologies liées aux nuisances , au stress ...
Côté économique un pôle scientifique à Saclay, intellectuel autour de l'ENS et médical sur Paris .....et adieu tour triangle et autres aberrations architecturales .
a écrit le 24/08/2015 à 11:39 :
Pour eviter la Gheottisation, il faut commencer par stopper l'immigration.
Réponse de le 24/08/2015 à 11:50 :
ghettoisation, le mot le dit lui même.. C'est la pauvreté qu il faut stopper.

l immigration sert uniquement à pouvoir les postes que les français ne veulent pas.

le jour où les français travailleront, il n'y aura plus d immigration
a écrit le 24/08/2015 à 11:20 :
L'idée même du Grand Paris est une aberration sociologique, alors que nos régions auraient besoin de décentralisation massive d’administration qui à l'époque du numérique en temps réel, n'ont plus besoin d'être à Paris. Mais les énarques veillent au grain pour rester près du chef, et pouvoir mettre leurs enfants dans les meilleurs écoles. En Amérique, les grandes écoles prestigieuses ne sont pas dans la capitale , ce qui ne pose aucun problème.
a écrit le 24/08/2015 à 10:49 :
"Il faudra aussi que les entreprises aient le courage d'embaucher des jeunes qui n'ont pas de diplôme, mais qui ont toutes les compétences requises pour exercer certains métiers"
Sachant que la France est spécifiquement connu pour indexer les salaires sur le diplôme et non sur les compétences ou sur l'investissement personnel, c'est très, très, très mal barré.
a écrit le 24/08/2015 à 9:35 :
En termes pompeux, l'article explique que Paris va devenir Londres, ce qui est plausible.
a écrit le 24/08/2015 à 9:01 :
Ce snobisme bobo d'analyse visant TOUJOURS à diviser pour appuyer des logiques soi disant de haut niveau. C'est la nouvelle mode du socialisme. Aucune créativité pour améliorer l'économie française. Changez de job et allez vivre quelques années à l'étranger pour acquérir des valeurs humaines

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