L’axe Seine en quête d’un supplément d’âme

Pour Nicolas Sarkozy qui l’avait mis à flot, ce devrait être LE grand projet français du 21ème siècle. Treize ans plus tard, le concept du « grand Paris sur mer » peine à faire rêver au delà d’un petit cercle de convaincus normands et franciliens. Malgré la création d’un établissement portuaire unifié, le concept d’Axe Seine « n’imprime pas », comme disent les millenials.

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Le grand projet de l'axe Seine reste inabouti
Le grand projet de l'axe Seine reste inabouti (Crédits : Antoine Grumbach)

En 2010, lorsque Jacques Attali préfigure sur le papier le Paris sur mer théorisé quelque temps auparavant par l'architecte Antoine Grumbach, il voit grand. Pour « la capitale naturelle de l'Europe continentale », l'économiste prescrit a minima une gouvernance nationale sous la forme d'un « établissement public de la Seine regroupant les Régions, Paris, les communes et l'Etat ». Seule solution selon lui pour permettre à Paris de tenir son rang dans le club restreint des « villes-monde ».

Une décennie plus tard, force est de constater que le projet tel que l'imaginait l'ancien conseiller de François Mitterrand est resté, sinon lettre morte, au moins inabouti. Difficile, pour l'Homme de la rue, de voir dans la création récente de l'établissement portuaire unifié Haropa l'incarnation de la grande ambition maritime française dont il rêvait.

« Le portage politique a manqué au plus haut niveau de l'Etat et on s'est trompé d'échelle en ne considérant que l'espace entre La Défense et Le Havre alors qu'il fallait l'envisager dans un cadre européen », analyse a postériori Bertrand Moineau, lequel avait aidé à l'époque Attali à rédiger cinquante propositions sous le titre « Paris et la mer ». Pour l'associé-fondateur du cabinet 1630 Conseil, entendu au LH Forum, l'aspiration originelle s'est rabougrie par manque de souffle. « Qui sur le plateau de Langres, aux sources de la Seine, s'en soucie ? Où est le désir ? Personne n'a dit aux Français que la mer ce n'était pas que la plage. » « Où s'est égaré le fret ferroviaire ? On ne sait pas », pointe-t-il encore. La voix est douce mais la critique féroce. Alors, coulé l'Axe Seine ?

D'en haut, le niveau est trop bas

Entendus eux aussi au LH Forum, les maires de Rouen et du Havre répondent par la négative, ce qui n'étonnera personne. « Des projets très concrets ont vu le jour dont le plus manifeste est Haropa » tempèrent-ils . Après tout, le fleuve n'a-t-il pas aussi vu réapparaître plus de trente espèces de poissons, ces dernières années. « Une excellente nouvelle qui met le vieux rêve de s'y baigner à portée de main », souligne Edouard Philippe. Message subliminal : ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain et la délégation interministérielle à la vallée de Seine aux orties.

Pour autant, les intéressés souscrivent, au moins en partie, au diagnostic de Bertrand Moineau : le grand Paris jusqu'au Havre joue trop petit bras. « Si on se place à l'échelle de Thomas Pesquet, helicopter view comme disent les anglo-saxons, on est quand même très lents », déplore Nicolas Mayer Rossignol qui cite en exemple les errements de l'éolien marin. Lui voudrait, au contraire, voir dans la vallée de Seine « un modèle de décarbonation. »

Même tonalité chez l'ancien premier ministre qui invite à rehausser le niveau de jeu. « Nous faisons en sorte d'être la porte d'entrée de l'Ïle-de-France, c'est bien mais ce n'est pas assez. Il faut que nous devenions aussi le port de Strasbourg et de Prague ». Allusion au contournement ferroviaire vers l'Est qu'Edouard Philippe préférait au canal Seine Nord, pain béni pour Anvers.

De la même manière, le duo accrédite l'absence d'adhésion des Français à un projet perçu comme circonscrit de part et d'autre du périphérique. « Parce qu'il est vital pour la France, il doit parler autant à Bordeaux qu'à Paris », insiste le maire du Havre. Comment faire ? « On ne fait pas rêver les Français à coup de contrats de plan ou de contrats de transition écologique. Il manque un récit qui pourrait ressembler à une sorte d'Odyssée, théorise son alter ego rouennaisUn supplément d'âme en somme.

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