Axe Seine : les dessous de la visite d'Édouard Philippe à Mantes-la-Jolie

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De gauche à droite: Raphaël Cognet, maire de Mantes-la-Jolie et Édouard Philippe, maire du Havre  le 16 mars 2021.
De gauche à droite: Raphaël Cognet, maire de Mantes-la-Jolie et Édouard Philippe, maire du Havre le 16 mars 2021. (Crédits : Compte Twitter de Raphaël Cognet)
Invité à Mantes-la-Jolie (Yvelines) mardi par le maire (LR) Raphaël Cognet, l'ex-Premier ministre d'Emmanuel Macron veut « travailler sérieusement » sur l'axe Le Havre-Rouen-Paris, à commencer par le sujet « des investissements colossaux liés à l'hydrogène ».

De quoi parlent deux maires de deux régions différentes quand ils se rencontrent au bord de la Seine qui borde leurs communes respectives ? Du fleuve, et précisément de l'axe « Paris, Rouen, Le Havre [qui] ne sont qu'une même ville dont la Seine est la grande rue », comme le décrivait Napoléon Ier dès 1802.

De la création de valeur économique

A l'initiative du rendez-vous, le maire (LR) de Mantes-la-Jolie, Raphaël Cognet, qui a reçu, ce 16 mars 2021 dans sa ville, le maire (ex-LR) du Havre, Édouard Philippe. Le premier, 41 ans, est président de la communauté urbaine de Grand Paris Seine & Oise (73 communes des Yvelines, 410.000 habitants). Le second, ex-Premier ministre de 50 ans, préside, lui, Havre Seine Métropole, communauté urbaine de 54 communes de 270.000 habitants en Seine-Maritime.

« Pour nos communautés urbaines, l'Axe Seine est un facteur d'unité. Avec Édouard Philippe, nous abordons ce sujet sous l'angle de la création de valeur économique de Paris au Havre », explique Raphaël Cognet. «Tout le monde a par exemple conscience que la compétence du tourisme, ça se pilote à cette échelle », ajoute le maire de Mantes-la-Jolie (Yvelines).

Du Havre à Paris, il n'existe en effet pas moins de onze intercommunalités franciliennes et normandes qui peuvent se saisir de cette question. « Nous avons intérêt à travailler tous ensemble sur le tourisme et le développement économique », insiste le président de Grand Paris Seine & Oise. Dans son exécutif intercommunal, il compte d'ailleurs un conseiller délégué à l'Axe Seine en la personne de Yann Perron, maire (sans étiquette) de Gargenville.

« Il faut arrêter de raisonner Le Havre, Achères et Limay (des ports yvelinois, Ndlr). C'est un sujet d'abord francilien et havrais : il s'agit pour la ville de Paris, la métropole du Grand Paris et la région Île-de-France d'avoir un accès à la mer, comme Londres et Séoul », poursuit Raphaël Cognet.

Des « investissements colossaux liés à l'hydrogène »

Dans le contexte où les ports du Havre, Rouen et Paris vont fusionner au 1er juin 2021 dans l'établissement public Haropa, « c'est urgent que nous nous posions la question entre élus », martèle le maire de Mantes-la-Jolie. « Nous ne sommes pas obligés de créer une nouvelle structure pour voir la communauté de projets, mais nous pouvons nous allier entre régions, départements, intercommunalités et l'Etat », dit-il.

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Avec Édouard Philippe, s'ils n'ont pas encore d'agenda « précis », ils veulent « y travailler sérieusement de par [leur] communauté de vues », assure le président de Grand Paris Seine & Oise. Parmi les priorités évoquées : « les investissements colossaux liés à l'hydrogène ». Cela n'a rien d'étonnant. Déjà le 11 février dernier, les maires de Paris, Rouen et Le Havre avaient réfléchi tout haut à la création d'une société d'économie mixte qui pourrait porter les projets liés aux énergies renouvelables dont ceux relatifs à cette énergie.

L'ex-Premier ministre d'Emmanuel Macron et les édiles socialistes avaient également évoqué la dépollution des friches, la mobilité décarbonée des passagers et des marchandises, les circuits courts alimentaires, la culture, le patrimoine ou encore la réalisation d'une étude portant sur les conséquences du réchauffement climatique à l'échelle de la vallée de Seine.

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Un sujet politique de croissance et d'emplois

Outre la Seine aval au cœur de leurs préoccupations communes, la Seine amont constituera, elle, « le deuxième étage de la fusée ». Les sujets de l'eau, du transport et de l'écologie « ont du sens si l'on va de la source à la Manche », déclare Raphaël Cognet. « C'est un sujet national qui peut apporter croissance et emplois », conclut-il.

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Il ne croit pas si bien dire. Selon le délégué interministériel à la Vallée de la Seine, le préfet François Philizot, la logistique fluviale représente par exemple 460.000 emplois, dont 90.000 en Normandie. D'autant que la Seine s'affirme déjà comme un lieu de loisirs que de développement économique : 80% des passagers transportés et 52% des marchandises du réseau fluvial français y transitent déjà. Les chambres de commerce et d'industrie d'Île-de-France et de Normandie l'ont bien compris et ont créé dès 2011 l'association Paris Seine Normandie.

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Reste que, pour Édouard Philippe et Raphaël Cognet, embarquer tous les élus franciliens et normands ne se fera pas sans heurt. Depuis que le trio Paris-Le Havre-Rouen a pris l'habitude de se rencontrer, les présidents de région Île-de-France et Normandie se sentent exclus. Et encore plus à trois mois des élections départementales et régionales. Sans parler de l'élection présidentielle de 2022 à laquelle Anne Hidalgo et Valérie Pécresse pensent matin, midi et soir, sans jamais déclarer ouvertement leur candidature.

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