C'est fait ! Neuf ans après la constitution d'un groupement d'intérêt économique (GIE) entre les ports de Paris, Rouen et Havre, Haropa-Grand port fluvio-maritime est enfin devenu, le 1er juin 2021, un établissement public d'Etat doté de 1,45 milliard d'euros jusqu'en 2027. L'ambition affichée par le Premier ministre Jean Castex est limpide : en faire le « système portuaire maritime et fluvial de premier plan en Europe ». La feuille de route de son président du directoire Stéphane Raison s'avère tout aussi claire : assurer le renouveau industriel de la France, récupérer et reconquérir des parts de marché - Anvers reste considéré comme le ''vrai'' port de Paris - et capter de nouvelles lignes de fret fluviales et maritimes. La moitié du trafic conteneur français passe encore et toujours par les ports étrangers.
Pour une fois, les planètes économiques et politiques semblent en effet alignées. Outre le volontarisme du gouvernement et la volonté affichée par les trois maires Anne Hidalgo, Nicolas Mayer-Rossignol et Edouard Philippe d'avancer de concert, la crise de la Covid-19 est en train d'accélérer des tendances déjà lourdes. L'explosion du e-commerce dans les métropoles pousse les logisticiens à s'installer au plus près de leur client final. Ikea vient par exemple d'annoncer la construction d'un entrepôt de 72.000 m² sur le port de Limay-Porcheville (Yvelines) d'un montant proche de 120 millions d'euros.
Situé à dix kilomètres de Paris intra-muros, au bord des autoroutes A1 et A86 et du réseau ferré national, le port de Gennevilliers constitue un autre exemple emblématique. Y transitent 4 millions de tonnes de marchandises par an dont 800.000 par le rail. Trente mois après l'inauguration d'un entrepôt de deux étages de 20 mètres de haut et de 63.000 mètres carrés, l'infrastructure fluvio-maritime de 400 hectares accueillera, fin 2024-début 2025, un nouvel ensemble. Pour un budget de 150 millions d'euros, l'édifice mesurera 30 mètres de haut, recensera 90.000 m² sur quatre niveaux et accueillera 80 mètres de ponton pour connecter les navires et les véhicules utilitaires. Ces derniers pourront de cette manière rejoindre des barges sur le fleuve si besoin. Aujourd'hui, le terrain est occupé par des bâtiments des années 1950 inoccupés en grande partie et déconventionnés fin 2021.