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Brexit : les secteurs clefs pour les Hauts-de-France

Gaëtane Deljurie, à Lille

Publié le 02 janvier 2018 à 07:00

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La « task force » régionale mise en place suite au Brexit a identifié des secteurs clefs sur lesquels la région des Hauts de France aurait intérêt à se positionner pour bénéficier de façon positive des effets du Brexit : les secteurs financiers, l’automobile et les industries créatives.

Toujours voir le verre à moitié plein. Alors que tout le monde regrettait que l'Agence européenne du médicament n'atterrisse finalement pas à Lille, Grégory Sanson, à la tête du réseau 'Lille place tertiaire' fédérant les acteurs régionaux de la finance (et par ailleurs directeur financier du groupe Bonduelle), a accueilli comme une très bonne nouvelle l'arrivée de l'agence bancaire à Paris.

Comme les entreprises britanniques risquent de dire adieu au passeport européen permettant à une société d'exercer ses activités dans toute l'Union européenne, une partie de la finance britannique devrait être obligée de migrer.

« Nous sommes tout à fait capables de capter les activités financières de back-office puisque nous avons de la disponibilité foncière, des bureaux pas trop chers, de la main-d'œuvre formée et un écosystème dense sur ce créneau », explique celui qui fédère les acteurs du monde de la finance à Lille.

Avec le Brexit, la « task force » régionale, mise en place pour « vendre » la région aux entreprises britanniques susceptibles de vouloir mettre un pied en Europe sans trop s'éloigner de Londres, a repris un peu le même principe : positionner clairement la région Hauts-de-France sur les secteurs où elle aurait le plus à y gagner.

Une étude de la CCI datant de juin dernier, a confirmé les intuitions : au-delà du secteur financier, la filière de l'automobile et celle des industries créatives pourraient être tentées de passer la Manche pour plus de facilités.

L'automobile impactée par la crise des migrants

En matière d'automobile, la possibilité d'un relèvement des tarifs douaniers à 10 % plane: lié à une livre-sterling faible, cela devrait logiquement augmenter le coût des matières importées. Là encore, « la région va présenter des avantages certains, au vu de sa proximité géographique : la région compte de nombreux constructeurs et équipementiers dans le Nord et le Pas-de-Calais, certains en train de « compacter » leurs sites, sans oublier les nombreux centres de recherche basés en ex-Picardie », note Sylvie Duchassaing, de la direction des études à la CCI Hauts-de-France.

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D'autant que des liens existent déjà entre les acteurs régionaux et britanniques « comme, par exemple, entre la Française de Mécanique qui a assemblé des moteurs pour BMW/Mini ou encore la présence de l'alliance Renault-Nissan ou PSA/Ford sur les moteurs diesel », souligne  Jean-Paul Mulot, représentant permanent des Hauts-de-France en Grande-Bretagne. La région joue là son atout majeur : sa position géographique, Calais-Douvres étant le chemin le plus court, là où passe toute la supply chain « rapide » : la filière automobile est aussi particulièrement dépendante de l'Union européenne.

Les migrants et la multiplication des contrôles avaient dramatiquement allongé les temps de transit. Quand on sait qu'Honda fait transiter 850.000 pièces détachées via des centaines de camions tous les jours par la Manche et que certaines usines britanniques ont à peine 24 heures de stock d'avance, une rupture d'approvisionnement peut avoir des conséquences graves.

« L'usine de Mini à Oxford était à deux doigts du chômage technique en raison de la crise migratoire : les pièces venant d'Allemagne transitaient par Calais-Douvres, un axe plus rapide que les ports néerlandais et belges. Tout l'enjeu économique était d'assurer et de garantir la fluidité », poursuit le représentant permanent des Hauts-de-France en Grande-Bretagne.

Avec de nombreuses rencontres politiques franco-britanniques à la clef comme le sommet franco-britannique d'Amiens en mars 2016 ou les visites de Xavier Bertrand aux ministres britanniques.

Ce qui est valable pour les pièces automobiles l'est évidemment pour le retail, l'e-commerce et l'agroalimentaire : ce n'est pas un hasard si Amazon a choisi les Hauts-de-France. D'autres grands groupes comme La Redoute, Décathlon ou Bonduelle n'ont pas de filiales en Angleterre. A eux, seuls ils envoient des centaines de millions de conteneurs outre-Manche.

Situation particulière pour les industries créatives

Pour les industries créatives, à savoir les jeux vidéos et l'industrie du cinéma et de la télévision, la situation est un peu différente. Beaucoup de questions restent en suspens : l'Angleterre pourra-t-elle encore attirer des talents étrangers comme avant ? Continuera-t-elle à exporter la moitié de leur production vers l'Europe aussi facilement ? Et surtout, les entreprises bénéficieront-elles encore de l'accès aux fonds européens ? Les projets de Creative Europe ou Horizon 2020 avaient par exemple apporté une manne financière non négligeable ces dernières années.

Dans l'étude de la CCI des Hauts-de-France, deux autres secteurs porteurs ont été mis en lumière : la chimie et l'agroalimentaire. La chimie au sens large (parfums, cosmétiques, produits chimiques ou d'entretien) décroche la première place de l'export régional outre-Manche. Idem pour l'agroalimentaire avec une balance déficitaire, ce qui fait dire à la CCI que les groupes internationaux pourraient là encore privilégier la région des Hauts-de-France comme porte d'entrée du marché britannique.

Si Lille a perdu la possibilité, avec sa défaite à la candidature pour l'Agence européenne du Médicament, d'attirer les magnas du domaine pharmaceutique, « nous travaillons beaucoup avec Eurasanté, qui s'est récemment déplacée par exemple à Birmingham pour présenter le pôle que les personnes outre-Manche ne connaissent pas toujours, dans le cadre d'un colloque en direction des Indiens (très présents au UK) », note  Jean-Paul Mulot.

L'aéronautique, future filière majeure ?

Last but not least, la filière aéronautique (qui pourrait être exemptée de douane) : les principales localisations britanniques se situent dans le Sud-Est (Derby, Bristol, Hucknall, Barnoldswick, Burnley ou Inchinnan) et les composants fabriqués au Royaume-Uni sont essentiels pour l'ensemble de la filière aéronautique européenne et pour Airbus en particulier.

« Il existe une probabilité élevée que les futurs investissements se réalisent désormais uniquement sur le continent européen au détriment du Royaume-Uni », souligne l'étude de la CCI des Hauts-de-France. Et comme Airbus pourrait privilégier l'Hexagone pour se relocaliser, la région pense là encore avoir une carte à jouer.

D'après Jean-Paul Mulot représentant permanent des Hauts-de-France en Grande-Bretagne, les demandes d'implantations se multiplient :

« Cela va de la petite structure qui compte créer trois à cinq emplois à l'implantation d'un back office comptable pour une enseigne de vélos qui compte ouvrir une succursale à Paris en passant par une société de croisières fluviales qui souhaite développer son activité en France. »

Bref, on est loin encore des grosses implantations même s'il se murmure qu'une bonne nouvelle est attendue pour 2018. Une chose est sûre : les ambitions pourraient se débloquer quand les entreprises sauront exactement comment les accords en matière de droits de douanes et d'échanges commerciaux seront négociés.

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En 2016, la région des Hauts de France a exporté 4,3 milliards d'euros vers Royaume-Uni (part de 9,4% à l'échelle des Hauts-de-France), important 2,5 milliards d'euros du Royaume-Uni (4,4%) soit une balance excédentaire d'1,8 milliard d'euros. Après la Belgique et l'Allemagne, l'Angleterre est le 3e client des Hauts-de-Frances en matière d'exportations et l'UK était aussi le 7e pays fournisseur de la région.

Gaëtane Deljurie, à Lille

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